Points clés
Le marché des enchères pour Pierre-Auguste Renoir témoigne d'une vigueur exceptionnelle concernant ses chefs-d'œuvre impressionnistes des années 1870, son record de 42 millions de livres sterling ayant été établi par « Au Moulin de la Galette » (1876) en 1990. Si ses scènes emblématiques de la vie sociale parisienne atteignent les prix les plus élevés, ses portraits et ses scènes de plein air enregistrent régulièrement des résultats solides, sept de ses dix meilleures adjudications dépassant les 9 millions de livres sterling. Ses œuvres les plus cotées illustrent sa maîtrise de la lumière, de la couleur et de la dimension humaine ; les collectionneurs privilégient tout particulièrement les peintures issues de sa période charnière, alors que l'impressionnisme était en train de se définir. Les ventes récentes attestent d'une appréciation constante pour la virtuosité technique et la résonance émotionnelle de Renoir, quatre de ses meilleurs résultats ayant été obtenus depuis 2000.
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) demeure l’une des figures les plus célébrées de l’impressionnisme, renommé pour sa palette lumineuse et ses représentations intimes de la vie moderne. Après avoir débuté sa carrière en tant que peintre sur porcelaine, Renoir a développé son style caractéristique aux côtés de Claude Monet, saisissant l’atmosphère sociale vibrante de Paris avec une fraîcheur sans précédent. Son marché aux enchères reflète une appréciation constante pour ses peintures joyeuses de loisirs, ses portraits féminins et ses paysages. Si ses peintures à l’huile uniques atteignent les prix les plus élevés, ses estampes en édition limitée et ses dessins conservent un attrait soutenu auprès des collectionneurs sensibles à sa maîtrise du rendu de la lumière et de la beauté humaine.
£42.0M for Au Moulin de la Galette
($71,000,000)

Le record actuel d’enchères pour Renoir a été établi lors de la vente de « Au Moulin de la Galette » (1876) chez Sotheby’s New York en mai 1990. Cette toile est une version plus petite du chef-d’œuvre conservé aujourd’hui au musée d’Orsay, saisissant l’atmosphère vibrante du célèbre jardin dansant de Montmartre. Elle illustre à la fois les jeux de lumière mouchetée et les scènes sociales parisiennes animées pour lesquels Renoir est reconnu. Sa maîtrise réside dans sa capacité à imprégner des interactions humaines formelles, complexes et stratifiées, d’une légèreté et d’une palette chromatique qui semblent naturelles et spontanées. La provenance exceptionnelle de l’œuvre inclut John Hay Whitney, ancien ambassadeur des États-Unis au Royaume-Uni, dont la collection était considérée comme l’une des plus prestigieuses entre des mains privées. Whitney a acquis le tableau en 1929 pour 165 000 dollars — l’équivalent d’environ 3 300 000 dollars aujourd’hui —, mais sa vente en 1990 à l’homme d’affaires japonais Ryoei Saito a constitué un véritable tournant pour le marché de l’art, battant à l’époque tous les records pour une œuvre impressionniste.
£17.2M for « Berthe Morisot et sa fille, Julie Manet »
($21,000,000)

Ce double portrait a été adjugé chez Christie's New York en mai 2022. Il représente Berthe Morisot, amie proche de Renoir et figure de proue de l'impressionnisme, accompagnée de sa fille (dont le père était Eugène, le frère d'Édouard Manet), dans une composition intimiste qui souligne l'habileté exceptionnelle de Renoir à saisir la personnalité de ses sujets à travers le portrait. Réalisée cinq ans après le décès d'Eugène Manet, l'œuvre témoigne de l'amitié étroite liant les deux artistes durant le veuvage de Morisot. Ce tableau fut offert à Berthe, avant d'être transmis à Julie après la disparition de sa mère. En 2022, l'intérêt des collectionneurs pour cette œuvre ne tient pas seulement à sa signification personnelle pour l'artiste ou à son riche historique d'expositions en Europe, aux États-Unis et en Asie, mais également à la démonstration manifeste d'une touche plus affirmée et d'une palette plus riche, caractéristiques de la maturité de Renoir.
£13.1M for « Dans les roses »
($21,000,000)

Dans les roses (1882) a atteint ce résultat impressionnant chez Sotheby's New York en mai 2003 et compte parmi les portraits de jardin les plus aboutis de Renoir. L'œuvre représente Madame Marie Henriette Valentine Billet Clapisson, commandée par son époux, l'agent de change parisien Louis Léon Clapisson. Toutefois, ni Renoir ni Clapisson n'étant satisfaits de ce portrait initial, une seconde tentative fut entreprise l'année suivante, cette fois avec une composition et une palette chromatique bien plus formelles. La toile fut réalisée peu après les voyages de Renoir en Italie, qui ont favorisé une évolution de son approche picturale, s'éloignant de l'impressionnisme vers un style plus classique aux éléments structurés. Le rendu méticuleux du cadre floral et l'élégante posture du modèle illustrent la fascination que Renoir a entretenue tout au long de sa carrière pour l'usage de la nature, visant à renforcer l'intimité de ses représentations féminines.
£11.3M for « Sentier dans le bois »
(£11,298,000)

Ce paysage atmosphérique a été adjugé chez Christie's Londres en février 2019, dépassant de 1 million de livres sterling son estimation haute. Il dépeint la forêt de Fontainebleau, lieu de prédilection des artistes de l'École de Barbizon, précurseurs de l'impressionnisme, située à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Paris. Renoir a réalisé cette œuvre à l'apogée du développement de l'impressionnisme, au moment même où se tenaient les premières expositions indépendantes du groupe ; à ce titre, « Sentier dans le bois » (vers 1874-1877) demeure l'un des exemples les plus aboutis de la maîtrise de Renoir dans la représentation de la lumière tamisée filtrant à travers les arbres - un motif récurrent dans son travail - capturée par des touches rapides et non mélangées. Une silhouette est à peine visible sur le sentier au centre de la composition ; beaucoup y voient une représentation de Renoir lui-même, immergé dans la beauté de la nature et s'engageant dans la nouvelle aventure artistique des impressionnistes.
£11.2M for « Baigneuse »
($19,000,000)

Baigneuse (1888), l'une des études de nu les plus importantes de Renoir, a été adjugée chez Sotheby's New York en novembre 1997. Cette toile fut réalisée à une période où Renoir se concentrait davantage sur le corps féminin en tant que sujet classique, sous l'influence de l'étude des maîtres de la Renaissance lors de ses voyages en Italie. La pose du modèle dans Baigneuse (1888), par exemple, rappelle les représentations traditionnelles de Vénus. L'œuvre conjugue les techniques impressionnistes maîtrisées par Renoir avec un idéal plus ingresque, privilégiant des coups de pinceau plus lisses et des contours plus définis afin de conférer au corps une forme et une substance réalistes. Ses nus des années 1880 témoignent clairement de son intérêt croissant pour une beauté intemporelle et idéalisée, à la fois sensuelle et dépourvue d'érotisme.
£9.8M for « Jeune Fille Au Chat »
($16,500,000)

Ce portrait plein de charme a été adjugé chez Sotheby’s à Londres en mai 1990, lors de la même soirée que celle où Au moulin de la Galette (1876) a établi le record pour Renoir. Cette œuvre illustre parfaitement le don de l’artiste pour capturer l’innocence et la spontanéité de la jeunesse dans ses portraits d’enfants et de jeunes femmes. À l’époque où Jeune fille au chat (1876) fut achevé, Renoir bénéficiait d’une attention et d’un soutien croissants de la part de riches collectionneurs, en particulier la bourgeoisie parisienne, sensible aux représentations de son mode de vie raffiné. Les symboles, les compositions et les palettes chromatiques récurrents dans l’œuvre de Renoir à cette période étaient souvent choisis pour plaire à cette clientèle. Le chat, par exemple, constituait un symbole récurrent de sensualité ou de vie domestique, tandis que le contraste entre le rouge et le vert était admiré par des artistes tels que Manet. L’œuvre figurait dans la deuxième exposition impressionniste, en avril 1876, et bien que leurs techniques picturales novatrices aient suscité des critiques mitigées, la maîtrise de la lumière et de la couleur par Renoir fut vivement saluée.
£9.4M for « La Promenade »
(£9,400,000)

« La Promenade » (1870) a atteint ce résultat chez Sotheby's à Londres en avril 1989, lorsqu'elle a été cédée par le British Rail Pension Fund, établissant à l'époque un record pour Renoir. Il s'agit de l'un des premiers chefs-d'œuvre impressionnistes de Renoir et de la vente aux enchères la plus ancienne de cette liste. Le tableau, à l'instar de nombre de scènes de la vie sociale peintes par Renoir, est profondément imprégné du style de l'époque, des tenues à la mode des personnages aux activités de loisirs prisées par la bourgeoisie avant les bouleversements de la guerre franco-prussienne. Sa composition sophistiquée est représentative de la capacité, en apparence naturelle, de Renoir à équilibrer observation naturaliste et innovation artistique, superposant des personnages hautement sociabilisés à un environnement naturel qui semble libre et sauvage. La performance solide du tableau aux enchères souligne l'intérêt des collectionneurs pour les œuvres lumineuses, colorées et dynamiques des années charnières de l'impressionnisme.
£8.6M for « L'Ombrelle »
(£8,600,000)

Cette peinture à l’huile a été adjugée chez Christie’s Londres en février 2013 pour près de 2 millions de livres sterling, dépassant largement son estimation haute. Elle dépeint une jeune femme munie d’une ombrelle dans un jardin baigné de soleil, illustrant le talent de Renoir tant pour le portrait féminin que pour les scènes d’extérieur. L’objectif des impressionnistes était de capturer l’essence de la vie moderne ; c’est pourquoi les œuvres les plus abouties de Renoir durant cette période offrent des aperçus fugaces d’interactions sociales, de moments de solitude et de la singularité d’un instant précis. Dans « L’Ombrelle » (1878), par exemple, l’effet chatoyant créé par la juxtaposition du vert tilleul et du lilas instaure une perception distincte de la température, du moment de la journée et de la saison. L’application inhabituelle, presque spontanée, de la peinture ainsi que l’usage d’empâtements épais font également de cette œuvre l’une des plus expérimentales de Renoir à la fin des années 1870, renforçant ainsi son attrait auprès des collectionneurs.
£8.3M for « La Liseuse »
($12,000,000)

La Liseuse (1877), traduit par « The Reader », a été vendue chez Phillips, de Pury & Luxembourg à New York en mai 2001. L'œuvre est à la fois représentative du style de Renoir et singulière. Si elle illustre parfaitement l'intérêt du peintre pour la représentation de moments de quiétude et de concentration, elle se distingue également par une profondeur psychologique marquante, soulignée par une palette chromatique sensiblement plus sombre. Ces tons obscurs sont néanmoins trompeurs : des touches de rouge, d'orange, de bleu et de rose confèrent aux ombres une densité et un caractère qui font écho au sujet. La figure de la lectrice est devenue un motif récurrent de la peinture impressionniste, symbolisant l'élargissement de l'accès à l'éducation pour les femmes dans la France de la fin du XIXe siècle.
£8.3M for « La Tasse de chocolat »
($16,500,000)

Le dernier volet de cette liste parachève également l'année la plus fructueuse de Renoir à ce jour : une autre scène d'intérieur intimiste, vendue chez Sotheby's New York en novembre 1990. Elle dépeint une jeune femme buvant un chocolat chaud, une boisson matinale extrêmement prisée de la bourgeoisie française aux XIXe et début du XXe siècles, ce qui rend cette œuvre particulièrement familière au public de prédilection de Renoir. Bien qu'il s'agisse d'une scène d'intérieur, l'artiste joue sur le contraste saisissant entre la tenue sombre et formelle de son sujet et les motifs floraux éclatants du papier peint ainsi que le bouquet épanoui à l'arrière-plan, recréant ainsi l'atmosphère de ses scènes d'extérieur. Sur une période d'environ 50 ans, Renoir a peint de multiples versions de son motif de la « tasse de chocolat », certaines jusqu'en 1914. Une œuvre, intitulée Le Café (1877-78), fut présentée au Salon de Paris pour marquer son retour à l'institution après sa collaboration avec les impressionnistes et le succès qui en découla.








