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Valeur de Jean-Paul Riopelle : prix d'adjudication records

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Jean-Paul Riopelle

Jean-Paul Riopelle

27 œuvres

Points clés

Le record actuel de vente aux enchères pour Jean-Paul Riopelle, établi à 3,8 millions de livres sterling par Autriche III (1954) en 2022, ainsi que la présence de l'intégralité de ses dix meilleures adjudications après 2017, témoignent d'une dynamique de marché en pleine progression. Ses œuvres les plus prisées se distinguent par l'usage caractéristique du couteau à palette, technique qui lui a permis de créer des surfaces à la texture riche et aux harmonies chromatiques vibrantes. Les toiles de grand format dominent les résultats les plus élevés, les collectionneurs valorisant tout particulièrement les pièces liées à sa période charnière de 1951 à 1954, moment où Riopelle a accédé à une reconnaissance internationale et perfectionné sa technique de « mosaïque » emblématique.

Jean-Paul Riopelle (1923-2002) a adopté une approche novatrice de l'abstraction, s'imposant comme l'un des artistes les plus renommés du Canada. Après avoir débuté sa carrière avec les Automatistes à Montréal et signé le manifeste du Refus global en 1948, Jean-Paul Riopelle s'est installé à Paris, où il a développé sa technique dite « en mosaïque » — consistant à appliquer la peinture directement au couteau à partir des tubes pour créer des surfaces richement texturées. Si ses estampes en édition limitée bénéficient d'une demande constante, avec des prix s'échelonnant généralement entre 1 000 et 5 000 livres sterling, ses peintures grand format du début des années 1950 atteignent les sommes les plus importantes en vente aux enchères, illustrant sa position charnière entre les traditions artistiques nord-américaines et européennes.

£3.8M for « Autriche III »

(HKD 35,000,000)

An abstract painting with a central dark, colourful expanse, bordered on either side by irregular areas of white, which resembles snow. The colour is applied in thick palette-knife strokes, with more red, yellow, and green visible in the lower right corner. The arrangement suggests an aerial view of an alpine landscape.
Autriche III © Jean-Paul Riopelle 1954

Autriche III (1954) marque un tournant décisif dans la carrière de Riopelle, puisqu'elle fut créée l'année où il représenta le Canada à la Biennale de Venise, aux côtés de Paul-Émile Borduas, et entama sa collaboration avec la prestigieuse Pierre Matisse Gallery à New York. L'œuvre a établi l'actuel record d'enchères pour l'artiste lors de sa vente chez Christie's Hong Kong en novembre 2022. La caractéristique la plus saisissante de cette peinture réside dans l'usage marqué du blanc, qui s'immisce dans la composition depuis les bords. Ce procédé crée à la fois une structure compositionnelle et une allusion au paysage, directement évoqué par le titre géographique. Selon Evan H. Turner, qui a acquis l'œuvre pour le Musée des beaux-arts de Montréal, Riopelle aurait confié avoir été marqué par la vue des glaciers lors d'un voyage en Autriche. Les sections blanches évoquent ces nappes de glace en mouvement lent, contrastant avec les couleurs vives centrales. Bien plus qu'une simple œuvre abstraite, Autriche III incarne la philosophie de Riopelle sur l'abstraction et la figuration ; elle préserve une harmonie qui guide l'œil à travers la toile, imprégnée du souvenir de son périple dans les Alpes autrichiennes.

£3.7M for Sans titre

(€4,200,000)

A textured abstract composition dominated by blues, greens, and blacks with sections of white and accents of red. Paint applied in mosaic-like pattern with palette knife strokes creates a complex surface. Overlapping colour segments reveal various greys where they meet, producing depth across the canvas.
Untitled © Jean-Paul Riopelle 1953

Une œuvre sans titre datée de 1953 a atteint ce résultat chez Christie's Paris en décembre 2017. Cette toile de grandes dimensions, mesurant 2 mètres sur 3, témoigne de la spontanéité maîtrisée caractéristique des œuvres les plus abouties de Riopelle pour cette période. Elle présente une composition en forme de mosaïque, structurée par des coups de couteau à palette dominés par le noir, le blanc et le rouge. Dans certaines zones, les couleurs se mélangent, s'entrecroisant et se superposant sur la tranche du couteau pour créer une variété de dégradés et de nuances de gris. Cette œuvre a été réalisée à une période marquée par des contacts croissants avec des membres éminents de la New York School et de la scène artistique internationale, peu après que Riopelle eut acquis son premier atelier personnel à Paris, qu'il décrivit comme "la première fois que j'ai un atelier à moi". Cet espace de création dédié lui a permis d'exposer à la Galerie Pierre Loeb en mai 1953, une exposition que le spécialiste du modernisme Pierre Schneider a identifiée comme "le point de départ de la célébrité parisienne de Riopelle".

£3.6M for Vent du Nord

($CA 6,250,000)

A dynamic composition with yellows, reds, and blacks that swirl across the canvas. The tessellated pattern of palette knife strokes and paint drips creates texture reminiscent of ice or wind-blown landscapes. Layered paint suggests movement and atmospheric force, reflecting the painting's title.
Vent Du Nord © Jean-Paul Riopelle 1952-53

Vent du Nord (1952/53), dont le titre traduit la force des éléments, a été adjugée chez Heffel Fine Art en mai 2017. À son achèvement, cette toile a imposé Riopelle comme une figure majeure de l'abstraction lyrique française et de l'École de Paris. Puisant son inspiration dans le paysage canadien, l'œuvre préserve un lien indéfectible avec la nature, sans pour autant céder à une représentation littérale. Cette dualité constitue l'une des caractéristiques fondamentales de la maturité artistique de Riopelle. L'historien de l'art Mark Cheetham a décrit cette œuvre comme l'incarnation de « la liberté expressive et débridée de l'expression picturale », laquelle s'opposait aux « tendances géométriques rigides » alors en vogue dans la colour field painting américaine et chez les abstractionnistes montréalais connus sous le nom de Plasticiens.

£3.3M for Forestine

(€3,700,000)

A dark abstract landscape of deep greens, blues, and blacks with yellow and red accents. The undulating tones suggest a birds-eye view of a thick forest, with lighter colours suggesting the tallest trees.
Forestine © Jean-Paul Riopelle 1954

Autre œuvre majeure des années 1950, Forestine (1954) a atteint ce résultat chez Sotheby's Paris en décembre 2018. Cette œuvre panoramique est une peinture grandiose qui exhale énergie et vitalité, mettant en scène ce que Sotheby’s a qualifié de « bataille tellurique », dont les proportions dramatiques sont accentuées par le point de vue offert au spectateur. Créée la même année qu'Autriche III (1954), Forestine s'inscrit dans l'évolution de Riopelle vers des sujets plus perceptibles, bien que toujours abstraits. Le titre suggère un lien avec la forêt, caractéristique de la pratique de Riopelle, qui consistait à créer des œuvres abstraites conservant une connexion avec le monde naturel. Ses valeurs tonales ondulantes évoquent une vue aérienne d'une forêt, rassemblant des masses de couleurs contrastées en un tout d'une unité trompeuse.

£2.8M for « Composition n° 2 »

($CA 4,750,000)

A vibrant abstract painting of multicoloured segments - blues, reds, yellows, greens - against darker elements. Both dripped elements and controlled palette knife applications appear. Spiraling white lines create movement, with colours radiating outward.
Composition #2 © Jean-Paul Riopelle 1951

Une autre vente notable chez Heffel Fine Art à Vancouver, « Composition #2 » (1951), a été conclue en novembre 2023. Créée la même année que la participation de Riopelle à l'exposition internationale majeure « Véhémences confrontées » à Paris, où ses œuvres furent présentées aux côtés de celles d'expressionnistes abstraits américains tels que Jackson Pollock et Willem de Kooning, cette peinture témoigne de sa transition de l'automatisme surréaliste vers son style personnel caractéristique. La composition intègre des éléments projetés et coulés rappelant l'action painting de Pollock, ainsi que des touches plus maîtrisées, appliquées au couteau, qui allaient dominer ses travaux ultérieurs. Il en résulte une superposition riche. Comme l'expliquait Riopelle : « Quand je commence une peinture, j'espère toujours la terminer en quelques coups, en commençant par les premières couleurs que je barbouille n'importe où et n'importe comment. Mais ça ne marche jamais, alors j'en ajoute, sans m'en rendre compte. » Cette vente, l'une des plus récentes de cette liste, reflète l'intérêt croissant du marché pour les œuvres qui documentent l'évolution artistique charnière de Riopelle.

£2.6M for La Sombreuse

(€3,100,000)

A composition with diverse colours in a densely packed mosaic pattern. Dark blue and black create depth against small flecks of yellow, red, and green. The heavy texture from palette knife application shows colours emerging from shadow, reflecting the work's title.
La Sombreuse © Jean-Paul Riopelle 1954

« La Sombreuse » (1954), qui porte le sous-titre poétique « Il y a une couleur qui se promène et des gens cachés dans cette couleur », a été adjugée 2 649 232 livres sterling chez Christie's Paris en décembre 2021. La disposition complexe des segments colorés de cette œuvre crée ce que l'artiste Jean-Louis Prat a qualifié de « réseau organique, comme une mosaïque constituant ce tableau dont les couleurs plus sombres semblent acquérir une autonomie inhabituelle ». Cette observation souligne un aspect fondamental du style mature de Riopelle : sa capacité à conférer aux couleurs une agence et un mouvement propres. Exemple magistral du style le plus épuré de Riopelle, « La Sombreuse » (1954) a été réalisée à un moment charnière de sa carrière, l'année même de sa première exposition personnelle américaine à la Pierre Matisse Gallery de New York et de sa représentation du Canada à la Biennale de Venise.

£2.1M for Saint-Antoine

(HKD 20,000,000)

A horizontal composition with white background and stark black forms creeping up from the bottom like vines or scratches. Subtle flecks of blue, green, and red emerge from behind the white expanses.
Saint-Anthon © Jean-Paul Riopelle 1954

Saint-Anthon (1954), une autre œuvre fondamentale de 1954, a atteint ce résultat impressionnant chez Christie's Hong Kong en mai 2023. Cette toile de grandes dimensions fait partie de la série de Riopelle inspirée par les Alpes autrichiennes. Ce qui distingue cette œuvre, c'est sa structure compositionnelle. Contrairement à bon nombre des compositions « all-over » de Riopelle de cette période, Saint-Anthon (1954) s'appuie sur de larges zones de blanc ou de quasi-blanc. Cette utilisation stratégique d'espaces en apparence vides crée un sentiment d'immensité et d'altitude en adéquation avec son inspiration alpine. Elle illustre parfaitement sa déclaration : « Je ne dessine pas d'après nature, je vais vers la nature... À vrai dire, l'abstraction n'existe pas en peinture. » Le tableau émerge de la relation de Riopelle avec l'artiste américaine Joan Mitchell – et leur influence mutuelle est particulièrement visible dans leurs choix de couleurs et leur manière de segmenter les teintes dans les œuvres créées à cette époque.

£1.9M for « Soi »

($CA 3,250,000)

An abstract self-portrait with facial features emerging through aggressive paint layers. Two simplified eyes appear amid slashing strokes of white, red, and brown that both reveal and conceal the face. The textured surface appears violently worked, creating psychological tension.
Self © Jean-Paul Riopelle 1959

Self (1959) a été adjugé à près de quatre fois son estimation haute chez Heffel Fine Art en novembre 2023. Ce rare autoportrait offre un aperçu de la perception que l'artiste a de lui-même et de son état émotionnel à la fin de ce que beaucoup considèrent comme sa décennie la plus prolifique. La peinture révèle les traces d'un visage aux yeux rapprochés, à la mâchoire anguleuse et à la bouche sévère. Cependant, ces traits reconnaissables sont perturbés par des balafres de rouge, de jaune et de brun terreux, dissimulant toute représentation figurative réelle. Cette effacement violent crée une tension psychologique puissante au sein de l'œuvre.

La technique de stratification employée dans Self (1959) reflète l'expérimentation constante de Riopelle dans l'application de la matière picturale. Contrairement à ses œuvres en mosaïque, où les segments de couleur coexistent en harmonie, nous observons ici des superpositions agressives et un mélange plus spontané de la peinture. L'historien de l'art François-Marc Gagnon a décrit cela comme "une lutte entre l'affirmation et la négation, l'édification et la déconstruction", faisant de Self (1959) l'œuvre la plus intime de Riopelle. La dimension psychologique d'une grande partie de l'œuvre de Riopelle peut être liée à des traumatismes précoces, tels que le décès de son frère cadet alors que Riopelle n'avait que sept ans.

£1.9M for Composition serrée

(€2,200,000)

An abstract work with loosely spiraling white lines creating cyclonic movement over earth tones. Vibrant red, blue, and yellow accents appear throughout. The varying paint thickness creates areas of concentrated energy.
Composition Ciérrée © Jean-Paul Riopelle 1951

« Composition ciérrée » (1951) a atteint ce résultat chez Sotheby's Paris en décembre 2023. Cette peinture illustre l'évolution de la méthode de Riopelle au début des années 1950, alors qu'il commençait à s'éloigner du travail au pinceau traditionnel pour privilégier des méthodes d'application de la peinture plus directes. La composition présente des lignes blanches en spirale qui créent un mouvement cyclonique sur un fond richement texturé aux tons terreux et aux couleurs primaires. Contrairement à ses œuvres en mosaïque pleinement abouties, « Composition ciérrée » (1951) demeure une pièce charnière, où la ligne et le geste restent des éléments de composition tout aussi importants. Le titre, qui se traduit par « composition fermée », suggère la nature structurée de l'œuvre.

£1.5M for « Sans titre »

($CA 2,400,000)

An abstract composition in blues, blacks, and whites with subtle accents of red and orange, particularly in the top right corner. Small, tessellated segments of paint applied with palette knife create a mosaic effect. Each colour segment has three-dimensional quality, giving sculptural presence with no single focal point dominating.
Untitled © Jean-Paul Riopelle 1953

Cette œuvre sans titre datant de 1953 a atteint 150 % de son estimation haute lors de sa vente chez Heffel Fine Art en juin 2022. En 1953, Riopelle avait totalement abandonné les pinceaux, créant des œuvres à mi-chemin entre la peinture et la sculpture en raison de l'épaisseur de la matière appliquée. Ce qui rend la technique de la « mosaïque » de Riopelle particulièrement intéressante est la part de hasard qu'elle implique. Avant d'appliquer la peinture sur la toile, Riopelle chargeait son couteau à palette de différentes combinaisons de couleurs directement sorties du tube, introduisant ainsi un élément d'imprévisibilité. À chaque coup de couteau, le motif chromatique précis se modifiait ; d'abord éclatant, il finissait par se fondre davantage. Les œuvres les plus célèbres et les plus appréciées de Riopelle incarnent cette spontanéité, qu'il qualifiait de « hasard total », tout en répondant à l'attente de cohésion du spectateur contemporain.

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