Points clés
Le marché des enchères de Karel Appel demeure solidement ancré, en particulier pour ses œuvres du début des années 1950, avec un record de 567 840 livres sterling établi par « Two Birds And A Flower » (1951) en 2012. Les prix sont restés remarquablement stables au fil du temps, les pièces du début des années 2000 obtenant des résultats comparables à ceux des ventes plus récentes. Ses œuvres les plus prisées mettent en avant des motifs animaliers et humains marqués, témoignant de la préférence des collectionneurs pour ses sujets les plus emblématiques, traités avec des couleurs primaires vibrantes et une technique d'empâtement épais.
Karel Appel (1921-2006) demeure l'une des voix artistiques les plus singulières du XXe siècle, s'étant imposé comme membre fondateur du mouvement révolutionnaire CoBrA en 1948, aux côtés d'Asger Jorn, Constant Nieuwenhuys et Ernest Mancoba. Né à Amsterdam, Appel a développé son style caractéristique en rejetant le rationalisme au profit d'une expression spontanée, proche de l'art enfantin. Si ses estampes en édition limitée ont établi un marché secondaire solide auprès des collectionneurs, ce sont ses grandes peintures originales du début des années 1950 — caractérisées par des couleurs vibrantes, des formes primitives et sa célèbre déclaration « Je ne peins pas, je frappe » — qui atteignent les prix d'adjudication les plus notables en vente publique.
£567,840 for « Deux oiseaux et une fleur »
(€700,000)

Le record actuel d'Appel en salle des ventes a été établi lorsque « Two Birds And A Flower » (1951) a été adjugée chez Christie's Paris en décembre 2012, dépassant largement son estimation haute de 405 600 livres sterling. Cette composition vibrante illustre le style caractéristique d'Appel durant ce qui allait devenir la dernière année du mouvement CoBrA, mettant en avant des couleurs primaires audacieuses et des formes animales et naturelles simplifiées, presque primitives, sur un fond jaune éclatant. L'œuvre a été réalisée lors d'une année charnière dans la carrière d'Appel, alors que sa réputation internationale grandissait rapidement suite à son installation à Paris. Sa solide performance aux enchères souligne l'appréciation des collectionneurs pour les œuvres qui incarnent le plus fidèlement la philosophie artistique d'Appel, fondée sur une expression créative débridée, qu'il décrivait ainsi : « Je ne peins pas, je frappe. »
£466,888 for Femmes, enfants, animaux
($680,000)

Lorsque Femmes, Enfants, Animaux (1951) a été adjugée chez Christie's New York en mai 2002, le prix a largement dépassé celui de sa vente précédente, établie à 350 000 livres sterling en novembre 1995, établissant ainsi un nouveau record pour une œuvre d'Appel, lequel est resté invaincu pendant dix ans. Cette toile monumentale, large de près de 3 mètres, constitue l'une des compositions les plus ambitieuses de l'artiste durant sa période séminale CoBrA. Elle déploie des formes humaines et animales complexes et imbriquées, restituées dans une palette riche de tons terreux, d'oranges, de bruns et de noirs. Le titre de l'œuvre fait écho à des thématiques demeurées centrales dans le refus de l'art conventionnel prôné par le mouvement CoBrA, lequel puisait son inspiration dans l'art enfantin, les traditions populaires et les formes d'expression primitives. Cette pièce est également perçue comme un commentaire sur la réalité de la vie pendant et après la Seconde Guerre mondiale, évoquant tout autant un sentiment de tragédie que d'unité familiale.
£440,748 for Tigerbird
(€500,000)

Tigerbird (1952) a été adjugé 500 000 euros chez Sotheby's Paris en octobre 2018, enregistrant une hausse de 40 % par rapport à sa vente deux ans plus tôt, en 2016, et confirmant ainsi la belle performance des œuvres du début des années 1950 d'Appel. Cette huile vibrante met en scène l'une des créatures hybrides emblématiques de l'artiste — mi-tigre, mi-oiseau —, rendue par ses couleurs primaires audacieuses caractéristiques et dotée d'une profondeur grâce à l'utilisation de l'empâtement. Ce sujet mythique illustre l'intérêt d'Appel pour la création de formes zoomorphes imaginatives, presque enfantines, qui, à l'instar de son style artistique, transcendent les conventions. Il en résulte une œuvre à la fois ludique et puissante, qui rappelle les travaux de Picasso et de Paul Klee.
£440,000 for Le Grand Chef Cobra
(£440,000)

Cette vente impressionnante de Le Grand Chef Cobra (1950) a eu lieu chez Christie's à Londres en juin 2010. Avec un titre qui fait directement référence au nom du mouvement, et possiblement au rôle de leader d'Appel en son sein, cette œuvre capture l'énergie rebelle de l'esthétique CoBrA. Son succès lors de la vente aux enchères souligne l'appréciation du marché pour les œuvres qui renvoient directement au rôle fondamental d'Appel dans la création de l'un des mouvements artistiques les plus influents de l'Europe d'après-guerre, dont le nom provient des premières lettres des villes d'origine de ses fondateurs : Copenhague, Bruxelles et Amsterdam.
£412,055 for « Sans Titre »
(€480,000)

« Sans titre » (1952) a atteint ce résultat impressionnant chez Christie's Paris en juin 2021. Cette œuvre sans titre a été créée après la dissolution du mouvement CoBrA en octobre 1951, alors même que le groupe gagnait en influence à l'échelle internationale. En réalité, le succès inattendu du mouvement fut l'une des raisons de sa dislocation. À ce titre, cette peinture témoigne encore du style distinctif de CoBrA, avec des silhouettes aux contours audacieux, traitées dans une palette vibrante dominée par les couleurs primaires. La méthode d'Appel pour représenter les corps et les visages humains est à la fois figurative et abstraite, conférant souvent à l'ensemble un caractère légèrement inquiétant.
£383,295 for De famille
(€550,000)
De Famille (1952) a été adjugée chez Bonhams Cornette de Saint-Cyr en octobre 2007, provenant de la collection d'Alain Delon, dépassant son estimation haute de près de 100 %. Cette huile sur toile dépeint des représentations simplifiées, presque tribales, de figures familiales. De nombreuses peintures d'Appel détournent le portrait traditionnel pour explorer les liens humains universellement reconnus à travers une esthétique plus brute et émotive. Malgré l'intérêt d'Appel pour les relations humaines, les familles au complet ne figurent que rarement dans ses œuvres. Lorsqu'elles apparaissent, toutefois, comme dans le relief en pierre peinte Floating Family (1976), Appel les utilise comme un symbole d'unité et d'expérience collective.
£371,070 for « Femme Et Enfant »
($620,000)
Lorsque « Femme et enfant » (1953) a été adjugée chez Sotheby's en novembre 2009, elle a dépassé son estimation haute de plus de 100 000 livres sterling. La popularité de l'œuvre tient à ce qu'elle dépeint deux des sujets de prédilection d'Appel : les femmes et les enfants. La relation mère-enfant fut un thème qui fascina Appel tout au long de sa carrière, influencé en partie par son intérêt égal pour l'approche instinctive de l'art chez l'enfant, là où les adultes avaient tendance à trop intellectualiser. Appel utilisait souvent la figure de l'enfant dans ses œuvres pour incarner son désir de revenir à une méthode de création plus brute et primitive.
£369,246 for « Tête tragique »
(€410,000)
« Tête tragique » (1961) a atteint cette valeur chez Sotheby's Amsterdam en mars 2010, doublant son estimation haute sur les terres natales d'Appel. Cette grande peinture à l'huile sur toile, mesurant 230 x 300 cm, représente l'une des œuvres les plus monumentales d'Appel à être apparue aux enchères ; son échelle a permis à l'artiste de travailler avec une liberté sans précédent. Il s'agit également de l'œuvre la plus récente de cette liste. Le titre du tableau, qui se traduit par « Tragic Head », renvoie à son motif central : un visage déformé et angoissé rendu avec une énergie explosive, et une palette dominée par le rouge et le noir, rehaussée de touches de jaune et de bleu. Sa touche chaotique capture non seulement l'énergie tragique du personnage central, mais reflète également la philosophie d'Appel selon laquelle « peindre est un combat ». Au début des années 1960, Appel explorait les limites de sa figuration expressive.
£340,000 for « L'Exode », « Le Monde Floral »
(£340,000)

L'Exode, Le Monde Floral (1953), vendu chez Christie's Londres en juin 2004. Le titre de cette œuvre, qui se traduit par « L'Exode, Le Monde Floral », évoque ses doubles thématiques : le mouvement et les formes naturelles. Sa couleur, sa spontanéité et son dynamisme reflètent une convergence de parcours : le retour à une nature primale qu'Appel insufflait à l'ensemble de son œuvre, le développement personnel de l'artiste après la dissolution de CoBrA, ainsi que le renouveau de la société au sortir de la Seconde Guerre mondiale.
£336,420 for « Fille en pleurs »
(£336,420)

« Fille En Pleurs » (1953) a été vendue chez Sotheby's Paris en mai 2012. À l'instar de nombreuses œuvres d'Appel datant de la période post-CoBrA, cette peinture à l'huile se concentre sur une émotion spécifique. Elle a été créée un an seulement avant qu'Appel ne connaisse son succès international en tant qu'artiste indépendant en 1954, lors de son exposition à la Martha Jackson Gallery, New York. Ce succès a stimulé une nouvelle décennie d'expérimentations passionnées avec de nouvelles compositions et de nouveaux matériaux - dont les prémices sont perceptibles dans « Fille En Pleurs » (1953) et dans la manière dont elle se distingue des œuvres du début des années 1950 figurant sur cette liste. Sa palette de couleurs aux contrastes marqués et ses coups de pinceau vigoureux témoignent du statut d'Appel comme l'un des peintres expressionnistes les plus majeurs de l'après-guerre.








