Points clés
Le marché de Niki de Saint Phalle témoigne d'une vigueur particulière pour ses emblématiques sculptures « Nana », ces figures joyeuses et voluptueuses qui dominent ses meilleurs résultats en ventes aux enchères. Son record actuel, établi en 2008 avec 641 700 livres sterling pour « Nana, Brunnenfigur », figure en tête d'un classement qui embrasse trois décennies de création, depuis ses premiers « Tirs » jusqu'à ses sculptures publiques monumentales. La constance des œuvres de la fin des années 1960 est particulièrement notable, les pièces de cette période représentant la moitié de ses lots ayant obtenu les meilleurs prix. Les ventes récentes de 2024 suggèrent un regain d'intérêt du marché pour ses travaux plus expérimentaux.
L'artiste franco-américaine Niki de Saint Phalle (1930-2002) demeure l'une des voix les plus singulières de l'art du XXe siècle, dont l'œuvre a remis en question l'esthétique conventionnelle et les rôles de genre à travers ses emblématiques sculptures « Nana » et ses « tirs ». Son marché a fait preuve d'une résilience remarquable, avec des résultats solides enregistrés à travers différentes périodes et médiums, y compris un marché secondaire des estampes dynamique. Si ses œuvres publiques monumentales, telles que le Jardin des Tarots en Toscane, ont cimenté son héritage, ses sculptures figuratives plus intimes des années 1960 et du début des années 1970 occupent une place centrale dans cette sélection.
£641,699 for « Untitled (Nana, Brunnenfigur) (Les Trois Graces) »
(€750,000)

Le record d'adjudication actuel de l'artiste a été établi chez Lempertz, à Cologne, en décembre 2008, pour trois « Nana brunnenfigur » (figures de fontaine) (2000), exemples caractéristiques de sa célèbre série des Nana. Chaque Nana intègre un système de fontaine et des buses de jets d'eau fines fixées à sa silhouette extérieure, fonctionnant ainsi comme de véritables fontaines. Ces œuvres ont été créées dans le cadre de la série « Les Trois Grâces » de Saint Phalle, en une édition limitée à seulement trois exemplaires. Lors de la vente aux enchères de 2008, les sculptures devaient initialement être vendues séparément, mais furent finalement cédées en un seul lot. Réalisées en polyester, céramique et verre de Murano, ces œuvres illustrent l'approche singulière de Saint Phalle dans sa représentation de la forme féminine : joyeuse, voluptueuse et libérée des canons de beauté conventionnels.
£576,720 for « Nana Danseuse Noire » (Grande Danseuse Negresses)
(€800,000)

Cette sculpture en polyester imposante datant de 1968 a atteint un résultat proche du record chez Artcurial, à Paris, en décembre 2015. Considérée comme l'une des « Nana » noires les plus significatives de Niki de Saint Phalle, l'œuvre illustre l'engagement de l'artiste à représenter la diversité tout en célébrant la puissance féminine. Saint Phalle considérait que les femmes noires subissaient une double victimisation, en tant que femmes et en tant que personnes noires. La pose dynamique de la sculpture, bras et jambe levés dans un geste évoquant la danse, s'inscrit en faux contre cette réalité, incarnant un sentiment de liberté et de joie. Sa performance remarquable aux enchères témoigne non seulement de son historique d'exposition prestigieux au Guggenheim de Bilbao, mais aussi de l'appréciation croissante du marché pour des œuvres qui abordent les thèmes de la représentation raciale et de genre dans l'histoire de l'art.
£524,000 for Ana Lena en Grèce
($1,000,000)

Ayant atteint ce résultat notable chez Sotheby’s New York en novembre 2006, « Ana Lena En Grèce » (1965-67) demeure un exemple unique de la célèbre série des « Nana » de Niki de Saint Phalle. Avec une hauteur impressionnante de 270 cm, cette sculpture en polyester peint présente une figure plus contemplative et statique que ses « Nana » habituellement exubérantes, tout en incarnant la célébration de la puissance féminine chère à l'artiste. Le titre de l'œuvre demeure énigmatique, l'artiste n'en ayant jamais révélé la signification avant son décès en 2002. En dépassant son estimation haute de plus de 150 000 livres sterling, cette vente a démontré le vif intérêt des collectionneurs pour les pièces exceptionnelles issues de la période charnière où Niki de Saint Phalle développait pleinement son style iconique.
£496,498 for « La Femme et l’Oiseau Fontaine »
(€550,000)

Vendue chez Christie's Paris en octobre 2020, « La Femme à l'Oiseau Fontaine » (1967-88) illustre la fascination constante de Niki de Saint Phalle pour le lien entre la sculpture et l'eau, et la manière dont ces deux éléments peuvent enrichir les espaces publics. Cette pièce appartient à la même série que sa célèbre sculpture, la « Fontaine Igor Stravinsky » (1983). L'œuvre réunit deux de ses motifs les plus emblématiques — la figure féminine et les oiseaux — au sein d'une composition dynamique aux bras ouverts, s'élevant à plus de trois mètres de hauteur. Lorsque la sculpture fut exposée à la galerie Salon 94 en 2024, les visiteurs ont spontanément jeté des pièces dans le bassin, conférant à l'œuvre une dimension interactive.
£408,246 for « L'Arbre-Serpents »
(€490,000)

« L'Arbre-Serpents » (1992) a atteint ce résultat impressionnant chez Artcurial Paris en octobre 2024, témoignant d'un regain d'intérêt pour les œuvres tardives de Niki de Saint Phalle. La sculpture illustre la synthèse caractéristique de son style mature, mêlant éléments naturels et mythologiques. Elle s'inscrit dans sa série de totems monumentaux, directement inspirés de son œuvre antérieure « L'Arbre de Vie » (1985). Cette pièce incarne la capacité de l'artiste à narrer des histoires poignantes par le biais de ses créations. L'œuvre utilise non seulement le serpent comme symbole du péché, mais fait également écho à la peur que l'artiste éprouvait durant son enfance ; dans son travail, le reptile en vient à représenter la résilience humaine face au traumatisme.
£405,260 for « Le Banc »
(€460,000)

Vendu chez Christie’s Paris en mai 2009, Le Banc (1989) a dépassé son estimation haute de près de 800 % - un résultat inédit qui témoigne de la popularité de l'ensemble du corpus de l'œuvre de Saint Phalle, au-delà de ses seules Nanas. Ce banc en polyester peint associe un design fonctionnel à l'esthétique moderniste et ludique qui caractérise l'artiste. Le chien bleu et blanc peut être retiré du banc pour être posé au sol, conférant à l'objet une dimension véritablement utilitaire. La figure assise sur le banc lit un journal, sur lequel Marina Karella a peint un texte en grec. L'un des bancs Le Banc (issu d'une édition limitée à seulement trois exemplaires) se trouve dans la ville japonaise de Naoshima où, conformément au souhait de Saint Phalle pour ses œuvres, il s’est parfaitement intégré au quotidien des habitants.
£400,840 for Péril jaune
(€440,000)

Atteignant ce résultat solide lors de la vente Millon-Cornette de Saint Cyr à Paris en octobre 2009, Péril Jaune (1968) est largement reconnue comme l'une des œuvres les plus politiquement engagées de Niki de Saint Phalle, datant d'une année charnière de sa carrière. La sculpture, dont le titre évoque le « péril jaune », confronte et tourne en dérision, selon toute vraisemblance, les stéréotypes raciaux et les préjugés à l'encontre de la communauté asiatique. Créée au cours d'une période de bouleversements sociaux mondiaux, marquée notamment par la guerre du Vietnam et les mouvements pour les droits civiques, l'œuvre démontre la force et la polyvalence des Nanas de Saint Phalle, ainsi que son désir de s'inscrire dans le débat politique contemporain. Malgré la gravité de son sujet, la sculpture conserve toute l'espièglerie et la frivolité propres aux autres œuvres de l'artiste.
£390,383 for « La Machine à rêver »
(€490,000)
La Machine à rêver (1970) a été adjugée chez Sotheby’s Paris en mai 2008. Sa forme et sa composition sont nettement plus complexes que celles des autres œuvres de Saint Phalle figurant sur cette liste ; bien qu’un personnage central soit identifiable, l’œuvre intègre des éléments surréalistes plus marqués qui reflètent sa thématique, incluant certaines parties mobiles. Comme son titre l’indique, elle illustre les espoirs, les rêves et les ambitions aux multiples facettes des femmes au sein de la société. Cette sculpture témoigne de l’exploration, par Saint Phalle, des formes mécaniques et organiques au début des années 1970, ainsi que de son intérêt croissant pour la création d’œuvres interactives. La sculpture avait été vendue deux ans plus tôt, en 2007, pour 320 000 livres sterling.
£383,199 for « La Femme Brune »
(€450,000)

Proposée à la vente chez Christie's Paris en juin 2024, La Femme Brune (1963-64) constitue l'une des premières explorations de Niki de Saint Phalle sur la représentation féminine sous forme sculpturale. L'œuvre, dont le titre se traduit par « The Brown Woman » mais qui est également connue sous le nom de « The White Goddess », a été créée durant la transition de l'artiste de ses tableaux-tirs vers des formes sculpturales ; à ce titre, sa surface texturée, qui semble jaillir du panneau sur lequel elle est fixée, paraît combiner ces deux styles créatifs. Son style initial, empreint d'agressivité, prédomine, tout en laissant apparaître les prémices des Nanas, plus célébratoires. À cette époque, Saint Phalle explorait les rôles traditionnels dévolus aux femmes dans la société occidentale d'après-guerre ; l'œuvre fait partie de sa série des Mariées, composée de sculptures de femmes squelettiques, rappelant le personnage de Miss Havisham. Sa performance solide lors de la vente aux enchères témoigne de l'intérêt soutenu des collectionneurs pour les œuvres issues de la période de développement essentielle de l'artiste, ainsi que pour les pièces uniques au sein du corpus de Saint Phalle.
£321,520 for « Nana mosaïque blanche »
($400,000)

Cette œuvre de fin de carrière, datée d'environ 1993, a atteint un résultat impressionnant chez Sotheby’s New York en novembre 2016. En 2008, elle fut vendue au sein du trio de fontaines ayant établi le record de la vente aux enchères la plus importante pour Niki de Saint Phalle. Nana Mosaïque Blanche est un exemple captivant du travail en mosaïque de l'artiste à pleine maturité. Le degré de précision des détails en mosaïque n'est que l'un des aspects distinguant cette sculpture-fontaine des premières Nanas de Saint Phalle ; la palette chromatique, par exemple, est bien plus sobre, et la figure féminine apparaît plus lisse, avec des courbes plus délibérées et une taille plus fine, reflétant davantage les canons de beauté classiques. À ce titre, cette pièce témoigne de l'innovation constante de l'artiste au sein de la série des Nanas, et ce, après des décennies de travail sur cette forme.







