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Valeur de Peter Doig : les prix records obtenus aux enchères

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Peter Doig

Peter Doig

41 œuvres

Points clés

Le marché des enchères pour Peter Doig affiche une vigueur exceptionnelle pour les œuvres issues de sa période charnière du début des années 1990, comme en témoigne le record de 25,4 millions de livres sterling établi par Swamped (1990) en 2021. Ses œuvres les plus prisées couvrent diverses périodes, une valeur notable étant accordée à ses paysages architecturaux et à ses emblématiques peintures de canoës. Son approche singulière de la mémoire et du lieu s'exprime à travers ses meilleures ventes, dont beaucoup illustrent sa technique caractéristique : transformer des scènes ordinaires en compositions oniriques. La performance constante des peintures réalisées entre 1990 et 1996 reflète la confiance des collectionneurs dans sa période de formation, sept de ses dix prix les plus élevés ayant été atteints depuis 2017.

Peter Doig (né en 1959) s'est imposé comme l'un des peintres les plus majeurs de sa génération, composant des paysages fascinants et oniriques qui se situent à la frontière entre réalité et imaginaire. Son enfance itinérante — d'Édimbourg à Trinité-et-Tobago à l'âge de trois ans, puis au Canada — a profondément influencé sa vision artistique du lieu et de la mémoire. Son approche singulière de la peinture figurative a su s'imposer tout en résistant aux mouvements artistiques dominants des années 1990, privilégiant l'atmosphère et la profondeur psychologique aux démarches conceptuelles. Si ses estampes en édition limitée font l'objet d'une demande constante, ses peintures à l'huile uniques, aux compositions architecturales, atteignent les prix les plus élevés, dépassant régulièrement la barre des dix millions dans les maisons de vente aux enchères les plus prestigieuses.

£25.4M for Débordé

($34,500,000)

A dark, atmospheric painting depicting a white canoe floating on reflective water. The scene is dominated by rich amber and crimson reflections in the water surface, contrasted against a shadowy forest backdrop. The canoe appears suspended in a dreamlike environment where reality is distorted through the shapes of the watery reflections. Bare tree branches and stacked timber rendered in white can be seen on the far river bank. The painting has a layered, textural quality with drips and streaks of paint creating a complex interplay between the boat, water, and surrounding landscape.
Swamped © Peter Doig 1990

Swamped (1990) a établi le record actuel d'enchères de Doig lors de sa vente chez Christie's New York en novembre 2021, dépassant largement son précédent prix d'adjudication de 14,9 millions de livres sterling atteint dans la même maison de ventes en mai 2015. Cette toile figure parmi les premières et les plus importantes peintures de canoës de l'artiste, un motif devenu emblématique de son œuvre. Le tableau puise sa source dans une origine inattendue — une scène du film d'horreur de 1980 Vendredi 13 — que Doig a transformée en ce qu'il a décrit comme « un rêve romantique » une fois extraite de son contexte initial. « J'ai vu cette scène, je suis allé à l'atelier et j'en ai fait une peinture cette nuit-là », a expliqué Doig, soulignant comment cette référence cinématographique directe est devenue, contre toute attente, un élément central du récit « officiel » de sa carrière, bien qu'il s'agisse d'une exception dans ses sources d'inspiration. Le motif du canoë, inauguré avec Swamped (1990), réapparaîtra dans plusieurs de ses œuvres les plus célèbres, dont White Canoe (1990-91) et Canoe Lake (1997-98), ainsi que dans l'une de ses estampes les plus recherchées, Canoe Island (2000), finissant par définir une part majeure de sa trajectoire en alliant réalisme magique et une esthétique singulière rappelant celle des albums photo.

£19.7M for Rosedale

($25,500,000)

A diptych showing a reddish-pink structure partially obscured by an intricate network of tree branches. A prominent silver-white tree trunk divides the foreground, while the background reveals glimpses of a Modernist house through the dense pattern of branches. The painting creates a sense of looking through a natural screen at architecture, with swampy, earthy greens in the lower portion contrasting with the web-like silver branches and rusty red building elements behind them.
Rosedale © Peter Doig 1991

Rosedale (1991) a été adjugé chez Phillips New York en mai 2017 et a détenu le record d'enchères de Doig pendant quatre ans avant la vente de Swamped (1990) en 2021. Ce diptyque fait référence au quartier de Rosedale à Toronto, où se situait la demeure moderniste de l'architecte Eberhard Zeidler – un sujet que Doig a également exploré dans une œuvre connexe de la même année, The Architect's Home In The Ravine (1991). Dans Rosedale (1991), Doig déploie son approche caractéristique, dissimulant partiellement les structures derrière des écrans de feuillage complexe, créant ainsi une tension entre le monde construit par l'homme et la nature. Des fragments d'architecture apparaissent à travers des motifs de végétation denses, presque abstraits, reflétant la fascination de Doig pour ce qui est dissimulé ou partiellement révélé. L'œuvre illustre parfaitement sa capacité à transformer une source photographique en un motif quasi abstrait grâce à sa technique picturale.

£14.0M for « Red House »

($18,500,000)

A painting of a vibrant red house, standing out against a cool winter landscape with muted yellows, blues, white, and greens. The structure glows beyond a foreground of sketchy trees and snow-covered ground. Shadowy silhouetted figures appear to walk down a cobbled road.
Red House © Peter Doig 1995-96

Une autre vente notable de 2017, « Red House » (1995-96), a été adjugée chez Phillips New York en novembre 2017. Cette œuvre présente un bâtiment rouge vif qui se détache nettement d’un environnement plus feutré, enneigé et ombragé, créant un contraste et une tension caractéristiques du travail de Doig. Le goût de l’artiste pour les scènes enneigées aux contrastes marqués se manifestera également dans ses estampes, notamment dans les séries Zermatt D1 et Blizzard ‘77. La coloration spectaculaire de la « maison rouge » sur fond de paysage hivernal marque la transition entre la palette plus réservée des débuts de Doig et l’usage de plus en plus audacieux de la couleur, qui s’affirmera davantage après son installation à Trinité. La maison fait office de structure physique autant que d’espace psychologique, reflétant l’intérêt de Doig pour l’architecture en tant que symbole de la présence humaine au sein du monde naturel — les silhouettes ombragées entourant la maison semblent suspendues dans son orbite. Au cours de cette période, Doig s’imposait comme une figure majeure de la peinture contemporaine, reconnu pour sa capacité à créer des paysages étranges puisant dans ses expériences personnelles et ses souvenirs. L’œuvre a été principalement conservée dans des collections privées jusqu’à sa vente en 2017, n’ayant fait l’objet que d’une brève présentation à la Tate Britain en 2008.

£13.5M for Camp Forestia

A painting of a white cabin reflected perfectly in dark, still water, creating mirror symmetry. The structure is surrounded by inky blue-black forest, with the composition split horizontally between reality and reflection.
Camp Forestia © Peter Doig 1996

« Camp Forestia » (1996) a atteint ce résultat impressionnant chez Christie's à Londres en octobre 2017, une année qui s'est avérée être la plus fructueuse pour Doig à ce jour. L'œuvre constitue un exemple majeur de la fascination de Doig pour le reflet et la création de « doubles mondes ». Elle appartient à ce que l'on pourrait qualifier de série des reflets de Doig, qui comprend d'autres œuvres notables telles que « Pine House (Rooms for Rent) » (1994) et des éléments du célèbre « White Canoe » (1990-1991). Ces peintures utilisent des surfaces réfléchissantes pour créer un dédoublement qui témoigne de l'intérêt plus large de Doig pour la mémoire, la perception et les réalités alternatives. La cabane blanche de « Camp Forestia » (1996), probablement nommée d'après un lieu dans le Canada rural, se reflète parfaitement dans une eau sombre et immobile, produisant des effets envoûtants et étranges. L'œuvre émerge d'une période où Doig s'était imposé comme une figure majeure de la peinture contemporaine, deux ans seulement après sa nomination au Turner Prize.

£12.6M for « La maison de l'architecte dans le ravin »

A painting featuring a dense, almost grid-like network of colourful tree branches and foliage in oranges, yellows and greens partially obscuring a Modernist house. The geometric architectural form is barely visible through the intricate, organic pattern of vegetation.
The Architect's Home In The Ravine © Peter Doig 1991

The Architect's Home In The Ravine (1991) a été vendue chez Sotheby's à Londres en mars 2018, deux ans après avoir atteint 10 millions de livres sterling chez Christie's à Londres en février 2016, et cinq ans après avoir atteint 6,8 millions de livres sterling chez Christie's à Londres en février 2013. Son appréciation rapide démontre qu'il s'agit de l'une des œuvres les plus majeures et célébrées de Doig issues de sa période charnière. Le tableau s'inspire à nouveau de la demeure torontoise de l'architecte Eberhard Zeidler, située dans le quartier résidentiel aisé de Rosedale, que Doig avait visitée durant son enfance. Cependant, la composition et l'atmosphère puisent largement dans une autre source architecturale : l'Unité d'habitation de Le Corbusier. À l'été 1991, Doig a visité ce bâtiment moderniste abandonné et a été frappé par la perspective qu'il offrait depuis la forêt dense environnante, une expérience qui a profondément influencé cette œuvre et inspirera plus tard sa célèbre série « Concrete Cabin ». Le rapport de Doig aux sujets architecturaux découle en partie de son enfance nomade : « Nous n'avons jamais vécu dans une maison plus de trois mois », a-t-il un jour rappelé, expliquant que sa « pensée est toujours située entre les lieux ».

£11.9M for Chaufferie

A dark, atmospheric scene of an industrial building visible through vertical tree trunks in a forested area. The structure has purple-tinted walls and windows that glow against the forest setting with foliage that has turned orange and yellow in the evening sunlight, drawing focus onto the building itself. The finish is almost chalky.
Boiler House © Peter Doig 1993

Boiler House (1993) a été vendue chez Christie's à Londres en octobre 2020. L'œuvre représente une structure industrielle – une chaufferie – partiellement dissimulée par des arbres et un feuillage dense, illuminée par la lumière rasante du soleil. Sa palette plus sombre et son atmosphère mystérieuse confèrent à la pièce une tonalité singulière, qui la distingue de certaines de ses œuvres plus lumineuses et vibrantes. Cette œuvre date de la même année où Peter Doig a remporté le prestigieux John Moores Painting Prize pour Blotter (1993) – une peinture représentant le frère de l'artiste debout sur un lac gelé, largement considérée comme l'une de ses plus grandes réussites et qui a marqué un tournant dans sa carrière. Ce qui rend Boiler House (1993) particulièrement remarquable, c'est la manière dont Peter Doig, en intégrant une structure fonctionnelle et utilitaire à un décor naturel, l'imprègne de mystère et d'émotion. Cette œuvre a été présentée dans de nombreuses expositions internationales consacrées à Peter Doig, notamment « Peter Doig: Charley’s Space » et la rétrospective itinérante qui a fait étape à la Tate Britain de Londres, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris ainsi qu'à la Schirn Kunsthalle de Francfort.

£11.2M for Cobourg 3 + 1 autre

An abstract, atmospheric winter scene with textured layers of pale pinks and greens, and white smudges that suggest falling snow. Four misty purple figures appear on the edge of a frozen lake surface. The trees and branches of the forest on the other side are rendered in a rough, scratchy, unfocused way, with an amber background just visible beneath.
Cobourg 3 + 1 More © Peter Doig 1994

Le paysage atmosphérique Cobourg 3 + 1 More (1994) a été vendu chez Christie’s à Londres en mars 2017. Il témoigne de l’expérimentation croissante de Doig avec la surface, la texture et la matérialité de la peinture durant cette période. Le titre fait référence à Cobourg, en Ontario, au Canada, reliant directement l’œuvre aux expériences et souvenirs d’enfance de l’artiste ; toutefois, l’opinion de Doig sur la représentation de lieux dans ses peintures était sans équivoque : « Je ne pense pas que mes peintures parlent de Trinidad ou du Canada, elles parlent de ma propre conception de ce que sont ces lieux. Le lieu est une sorte de portail vers des possibilités et vers la peinture elle-même. » L’œuvre a été créée en 1994, année où Doig fut nommé pour le prix Turner, qui fut finalement décerné à Antony Gormley. La qualité plus abstraite et éthérée de cette peinture, avec ses effets atmosphériques en couches et ses coulures de peinture, illustre les deux thèmes centraux de Doig : la mémoire et la nostalgie. L’image finale, volontairement floue, imite la sensation que procure le regard porté sur un souvenir ancien et déformé. Ses peintures ne se contentent pas de documenter des paysages, elles les reconstruisent à travers un prisme subjectif et onirique, conférant à ses œuvres une portée immédiatement familière.

£10.1M for « Pine House (Rooms For Rent) »

($16,000,000)

A painting of a house with yellow-lit windows reflected on the surface of a wet, blue road, painted in muted tones. A tree stands in the foreground, with a telephone wire running along the far side of the road in front of the house. The house is visible through misty, atmospheric brushwork and a scratchy, leafless tree that stands in front of it. The sky is yellow ochre and blue.
Pine House (Rooms For Rent) © Peter Doig 1994

L'une des ventes les plus précoces de cette liste, « Pine House (Rooms For Rent) » (1994), a été adjugée chez Christie's New York en novembre 2014, atteignant ce résultat impressionnant pour un nouvel exemple des réflexions architecturales de Doig. L'approche de la réflexion chez Doig est liée à son intérêt plus large pour l'imagerie dédoublée et les réalités alternatives ; ici, le reflet est moins net, mais suggéré par la surface humide de la route. La palette chromatique vaporeuse renforce également le caractère surréaliste de l'œuvre. Le sous-titre « Rooms For Rent » ajoute une dimension narrative caractéristique du travail de Doig, suggérant une présence humaine et des récits au sein de ces lieux en apparence inhabités. L'œuvre est datée « Jul Aug Sept 94 » au verso, faisant allusion au long processus de création de l'artiste, qui consistait à revenir sur ses œuvres et à les enrichir sur une période de plusieurs mois.

£9.5M for « Espace de Charley »

A blurry purple snowscape with a house on the far left side of the horizon towards the top. A circle of deeper, richer colours covers the centre of the painting, as if caused by a lens flare. The composition features scattered dots of white snow and yellow lens flares and a ghostly white figure at the right edge. The ground is purple, and there is a suggestion of a dark black forest behind the house.
Charley's Space © Peter Doig 1991

« Charley's Space » (1991), créée peu après l'obtention par Doig de son master à la Chelsea School of Art, a été adjugée chez Christie's à Londres en mars 2018. Cette période du début des années 1990 a marqué un tournant fondamental dans la carrière de l'artiste. En 1991, l'année même de la création de « Charley's Space » (1991), Doig a remporté le prestigieux Whitechapel Artists Award, ce qui a mené à une exposition personnelle à la Whitechapel Art Gallery, incluant d'autres œuvres majeures telles que « Iron Hill » (1991) et « The Architect's Home In The Ravine » (1991). « Charley's Space » (1991) a été offerte par Doig lui-même à la vente aux enchères Whitechapel organisée chez Sotheby's à Londres en 2006. Ce qui rend cette période de la carrière de Doig particulièrement notable, c'est qu'il s'orientait vers une peinture figurative et paysagère plus traditionnelle à une époque où le monde de l'art, particulièrement à Londres, était dominé par les approches conceptuelles et provocatrices des Young British Artists. Sans ce contexte contemporain, l'utilisation de la couleur, de la mise au point et du contraste par Doig aurait sans doute été perçue comme plus radicale.

£8.8M for Gasthof

Two ghostly costumed figures - one in bright yellow, one in dark uniform - stand in a vibrant green meadow against a deep blue night sky. Their faces are translucent, blending into the blue lakeside behind them. The theatrical scene has a dreamlike quality with simplified, bold colour blocks.
Gasthof © Peter Doig 2002-04

La dernière œuvre de cette liste est également la plus récente. Gasthof (aussi connue sous le titre Gasthof Zur Muldentalsperre) (2002-04) a été adjugée chez Christie's à Londres en juillet 2014 pour 3,8 millions de livres sterling, dépassant son estimation haute. Lorsque cette œuvre fut peinte en 2002, Doig venait de retourner à Trinidad pour ce qui devait initialement être une résidence d'artiste temporaire avec le peintre Chris Ofili, mais qui s'est transformée en un séjour de près de deux décennies, modifiant à nouveau radicalement sa palette et ses sujets. Les figures centrales s'inspirent de photos de costumes de l'opéra Fidelio, ajoutant à la diversité et à l'intrigue des sources de Doig. Sa décision d'utiliser des images issues du cinéma et du théâtre pour nourrir ses peintures ne fait que démultiplier leur composition onirique, presque surréaliste. Certains éléments semblent souvent déplacés ou exagérés, comme s'il s'agissait de détails dont le souvenir a été altéré. Les mystérieux personnages costumés résistent à une interprétation définitive, créant cette ambiguïté au cœur même de la démarche de Doig. Le terme allemand « Gasthof » se traduit par « auberge » ou « maison d'hôtes », reflétant directement les transitions géographiques et artistiques de Doig à cette période, alors qu'il occupait également un poste de professeur à l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf, en Allemagne (2002-17).

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