
Place Clichy © Pierre Bonnard 1922Le marché aux enchères de Pierre Bonnard montre une force particulière pour ses compositions aux couleurs vives et ses scènes domestiques intimes, son record de 13,1 millions de livres sterling ayant été établi par La Terrasse (1912) en 2019. Les œuvres qui se vendent le plus cher représentent principalement ses thèmes emblématiques : les intérieurs, les terrasses et les nus, en particulier celles créées durant ses années passées à Vernon et au Cannet. La performance constante des peintures des années 1920 et 1930 témoigne de la confiance des collectionneurs dans son style mûr, qui équilibrait des sensibilités décoratives avec une profondeur émotionnelle. Malgré les fluctuations du marché, l'approche distinctive de Bonnard en matière de couleur et de lumière, influencée par les estampes japonaises et le post-impressionnisme, continue de séduire les collectionneurs du monde entier.
Pierre Bonnard (1867-1947) est célèbre pour son style distinctif, à la croisée de l'impressionnisme, du symbolisme et du modernisme. Après avoir abandonné une carrière en droit pour se consacrer à la peinture, Bonnard a produit certaines des œuvres post-impressionnistes les plus appréciées du marché de l'art, caractérisées par des couleurs vives et des sujets domestiques. Si son appartenance fondatrice au groupe des Nabis et ses contributions à l'Art nouveau ont établi sa réputation initiale, ce sont ses œuvres de maturité qui atteignent les prix les plus élevés aux enchères. Ses estampes maintiennent une demande constante, mais les plus hautes valeurs sont atteintes par ses peintures à l'huile, notamment celles représentant son épouse, Marthe, ainsi que leurs maisons à Vernon et au Cannet.
($17,000,000)
La Terrasse © Pierre Bonnard 1912La Terrasse (1912) a établi le record actuel de Bonnard aux enchères lorsqu'elle s'est vendue chez Christie's New York en mai 2019, dépassant largement son estimation haute de 5 millions de dollars. Cette œuvre illustre la maîtrise de la couleur et de la composition de Bonnard durant sa période la plus recherchée. Peinte à la Villa Joséphine à Grasse, où Bonnard séjournait avec ses mécènes Henry et Lily Kapferer, la composition crée une sensation de profondeur grâce à des nuances de vert et de rose savamment étudiées qui attirent le regard dans la scène de la terrasse ensoleillée. L'œuvre tire son titre alternatif de son sujet : Une Terrasse À Grasse. L'agencement spatial complexe de la peinture témoigne de l'approche novatrice de Bonnard en matière de perspective, la composition étant divisée en zones distinctes mais harmonieuses. Plutôt que de suivre les règles traditionnelles de la perspective, Bonnard a créé un paysage émotionnel où les relations chromatiques primaient sur le réalisme. Cette œuvre est particulièrement importante car elle capture sa transition vers la palette plus vibrante qui caractériserait sa carrière ultérieure, influencée par la lumière méditerranéenne du sud de la France. Sa provenance exceptionnelle, incluant un passage dans la collection des mécènes américains notés Josse et Gaston Bernheim-Jeune, a sans aucun doute contribué à sa performance record.
Terrasse À Vernon © Pierre Bonnard 1923Une autre des célèbres peintures de terrasse de Bonnard, Terrasse À Vernon (1923), a été vendue chez Christie's à Londres en février 2011. C'est un exemple classique du style mûr de l'artiste, développé durant ses années passées dans sa maison, Ma Roulotte, à Vernon, en Normandie — époque où Bonnard peignait d'après sa mémoire plutôt que par observation directe. Contrairement aux impressionnistes qui l'ont précédé, Bonnard faisait de petites esquisses sur le motif, puis développait ses compositions à l'atelier, laissant la couleur et la réponse émotionnelle dicter l'œuvre finale. La composition présente le point de vue élevé caractéristique que Bonnard employait souvent, créant une impression de surplomb sur un jardin verdoyant. Cette perspective aérienne confère une qualité onirique, qui extrait le spectateur de son corps et lui permet d'être un pur observateur. Les œuvres de Bonnard réalisées à Vernon sont particulièrement prisées par les collectionneurs pour leur style post-impressionniste distillé, mais aussi pour leur lien personnel avec l'artiste.
Le Petit Déjeuner, Radiateur © Pierre Bonnard c.1930-31Cette scène d'intérieur intimiste a obtenu ce résultat impressionnant chez Sotheby's à Londres en juin 2010. Le tableau illustre la fascination de Bonnard pour le jeu de la lumière dans les espaces domestiques, mettant en scène des tons subtils de jaune et d'orange qui créent une impression de chaleur émanant du radiateur évoqué dans le titre. Cette chaleur se manifeste sous forme de lumière, qu'il s'agisse de la chaleur physique ou de la chaleur émotionnelle de « chez soi ». Créée à une époque où Bonnard partageait son temps entre ses résidences de Vernon et du Cannet, cette œuvre témoigne de son approche évolutive des espaces intérieurs en tant que vecteurs d'exploration des rapports de couleur. Le radiateur lui-même devient un élément compositionnel central, reflétant l'intérêt de Bonnard pour les objets du quotidien qui façonnent l'existence — un intérêt qui le distinguait de ses contemporains, dont beaucoup adoptaient des formes d'abstraction plus radicales.
($5,500,000)
Deux Corbeilles De Fruits © Pierre Bonnard c.1935Dépassant son estimation de plus de 2 millions de dollars lors de la vente chez Christie's à New York en novembre 2022, alors qu'il était issu de la collection Paul G. Allen, cette nature morte représente un genre que Bonnard a exploré tout au long de sa carrière, bien que moins fréquemment que ses intérieurs et paysages. Elle a été réalisée durant ses dernières années au Cannet et témoigne d'une exploration de toute une vie de la théorie des couleurs, culminant par une inclination pour des teintes plus saturées. Son approche de la nature morte différait sensiblement des représentations traditionnelles, comme celles de Chardin, se concentrant moins sur le rendu précis et davantage sur la capture de la texture et des éléments sensoriels. Pour y parvenir, Bonnard a eu recours à un empâtement riche et à un fini de surface complexe. L'œuvre s'était déjà vendue en 2006 pour 4 millions de livres sterling. Sa revente réussie en 2022, aux côtés d'œuvres de Picasso, David Hockney et Georges Seurat, souligne la vigueur persistante du marché de Bonnard en tant qu'artiste l'un des plus respectés de l'histoire.
($7,480,000)
Après Le Repas © Pierre Bonnard 1925Cette œuvre majeure a été vendue chez Christie's à Londres en novembre 1988, établissant un record qui a tenu pendant 22 ans, jusqu'à ce que Le Petit Déjeuner, Radiateur (v. 1930) se vende en 2010. Le tableau représente la salle à manger de Bonnard dans sa maison de Vernon, avec une figure féminine (probablement son épouse Marthe) débarrassant une table après un repas. Il célèbre les rituels de la vie domestique, capturant la paix et la contemplation dans les petites routines répétitives du quotidien, et ce, pour une raison importante. L'appréciation du domestique par Bonnard avait été renouvelée à cette époque, suite à son mariage avec Marthe en 1925, après qu'ils avaient vécu ensemble pendant 30 ans. L'énorme succès de l'œuvre aux enchères, bien qu'elle ait été vendue durant une période de marché plus conservatrice, souligne la valeur que l'on trouve dans ces récits personnels. Il s'agit ici de l'œuvre intitulée À Table.
($5,600,000)
Intérieur (Appartement de Bonnard) © Pierre Bonnard 1914Cette scène d'intérieur, bien nommée, de l'appartement parisien de Bonnard, peinte en 1914, s'est vendue chez Christie's à New York en mai 2018, après 58 ans dans la Collection Rockefeller. La scène intime offre aux spectateurs un aperçu de l'espace personnel de l'artiste, à une époque où Bonnard jonglait entre plusieurs résidences ; son lien émotionnel avec ses différents lieux était donc plus nuancé que jamais. La richesse chromatique du tableau et l'organisation spatiale sophistiquée témoignent de son habileté technique, tout en conservant ce sentiment d'expérience vécue qui caractérise ses œuvres les plus réussies. La gestion subtile de la perspective, avec son point de vue légèrement surélevé, crée une intimité voyeuriste qui est devenue une signature des scènes d'intérieur de Bonnard. Sa belle performance aux enchères reflète l'appréciation croissante des collectionneurs pour ses intérieurs de la période parisienne, qui mettent en lumière son utilisation émergente de la couleur comme élément structurel.
Nu Debout © Pierre Bonnard c.1931Cette "Standing Nude" a obtenu ce résultat chez Sotheby's à Londres en juin 2012, marquant une rupture notable avec les scènes de bain plus familières de Bonnard. Marthe Bonnard était connue pour son besoin compulsif de se baigner avec une régularité étonnante, ce qui est devenu un sujet fréquent dans les peintures de Bonnard ; cette composition verticale inhabituelle offre cependant une représentation plus vulnérable et directe de la forme humaine. La figure allongée se tient maladroitement entre des meubles aux textures et motifs doux, créant un contraste visuel qui la distingue des traditions du nu classique. Ce qui rend cette œuvre particulièrement remarquable parmi les études de figures de Bonnard, c'est son audace compositionnelle : la figure domine la toile verticale avec un contexte environnemental minimal, contrairement à ses scènes domestiques généralement plus narratives. Elle offre néanmoins un exemple presque inégalé du traitement de la lumière sur la peau par Bonnard, où les variations tonales subtiles créent le volume, la douceur et la présence.
La Porte Fenêtre - Matinée Au Cannet © Pierre Bonnard 1932Ce chef-d’œuvre de clairs-obscurs datant de 1932 s’est vendu chez Sotheby’s à Londres en février 2003, illustrant la fascination de Bonnard pour les espaces seuils et la lumière de transition. Le titre français de l’œuvre — qui se traduit par « La Fenêtre française – Matin à Le Cannet » — souligne l’élément architectural qui fascinait Bonnard : la porte-fenêtre servant à la fois d’entrée et de point de vue. La Seated Figure assise, probablement Marthe, semble absorbée dans ses pensées tout en étant baignée d’une lumière directionnelle, ce qui crée une atmosphère de contemplation tranquille. L’artiste, écrivain et conservateur Timothy Hyman a identifié cette œuvre particulière comme emblématique de la « métaphysique de la lumière » de Bonnard, où les moments domestiques ordinaires se transforment en profondes méditations sur la perception elle-même. Plutôt que d’enregistrer simplement une scène humaine, Bonnard saisit l’expérience phénoménologique de la lumière matinale pénétrant l’espace intérieur. Ce tableau a également été réalisé en utilisant la technique unique de Bonnard qui consistait à travailler sur une toile non tendue épinglée au mur, ce qui lui permettait de construire des surfaces complexes par le biais de multiples couches appliquées sur de longues périodes — parfois des années. Le marché a de plus en plus reconnu ces compositions ambiguës aux frontières, ces portes-fenêtres, comme étant parmi ses œuvres les plus riches philosophiquement.
Place Clichy © Pierre Bonnard 1906-07Place Clichy (1906-07), qui dépeint l'emblématique carrefour parisien de Montmartre qui servait de plaque tournante pour les artistes, s'est vendu chez Sotheby's à Londres en juin 2006. Contrairement à ses contemporains qui peignaient des lieux similaires, l'interprétation de Bonnard se distingue par son approche atmosphérique du mouvement des foules et de l'anonymat urbain, capturant l'expérience psychologique de la vie citadine plutôt que la spécificité topographique. La structure compositionnelle inhabituelle de l'œuvre — avec son premier plan compressé et sa palette atténuée — révèle les premières expérimentations de Bonnard avec des plans picturaux aplatis qui évolueront plus tard vers des agencements spatiaux plus radicaux. Elle fait écho à la perspective oblique, au cadrage asymétrique et au traitement des foules des estampes ukiyo-e d'Hiroshige, qui ont inspiré le travail de Bonnard.
($6,100,000)
Compotiers Et Assiettes De Fruits © Pierre Bonnard c.1930Pour compléter notre liste, Compotiers Et Assiettes De Fruits (vers 1930), vendue chez Christie's New York en novembre 2005. Cette nature morte vibrante réunit plusieurs coupes, assiettes et verres dans une composition qui équilibre espace négatif et abondance. La nappe blanche – un motif récurrent dans l’œuvre de Bonnard – a permis à l'artiste d'explorer des surfaces tonales et lumineuses subtiles en superposant la peinture blanche sur la couleur. L'artiste et professeur Jack Flam a souligné que les natures mortes de Bonnard de cette période révèlent sa « compréhension profonde de la manière dont les objets incarnent la lumière », traitant les fruits modestes et la vaisselle comme des véhicules pour capter et réfléchir la lumière. Ce tableau a été réalisé lorsque Bonnard avait la soixantaine, après 40 ans de succès constant en tant qu'artiste. En 1930, la première exposition personnelle de Bonnard dans un musée a eu lieu à The Phillips Collection à Washington, D.C., mais il exposait et vendait ses œuvres depuis avant 1890. Le succès et la popularité durables de Bonnard sont dus à son approche avant-gardiste des relations entre les couleurs, du quotidien et de la manière dont les gens réagissent aux objets et aux lieux de leur vie.