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Tracey Emin et Harland Miller : une collaboration

Intime, introspective et parfois douloureusement personnelle, il n'est guère surprenant que l'artiste YBA Tracey Emin ait souvent hésité à collaborer avec d'autres créateurs. Cependant, lorsque l'auteur et artiste Harland Miller a invité Tracey Emin à collaborer pour son exposition « You’ll Dig the Tunnel, I’ll Hide the Soil » présentée à la White Cube en 2008, celle-ci a été inspirée par l'univers macabre et troublant de Miller.

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Tracey Emin

Tracey Emin

143 œuvres

« You’ll Dig the Tunnel, I’ll Hide the Soil », White Cube, 2008

Célèbre pour ses détournements satiriques des couvertures de livres Penguin vintage, Harland Miller a toujours produit des œuvres qui font le pont entre littérature et arts visuels. Son exposition de 2008 chez White Cube a constitué l'expression ultime de cette approche interdisciplinaire.

À la fois artiste et écrivain, Miller a toujours puisé son inspiration dans le génie littéraire d'Edgar Allan Poe. Pour son exposition chez White Cube, il a convié 34 « contributeurs » — parmi lesquels des artistes, des écrivains et des connaissances personnelles — à répondre à des œuvres de Poe sélectionnées sur mesure par l'artiste lui-même. Les différentes réponses à ces incitations littéraires ont été réunies au sein de l'exposition, donnant naissance à une présentation multimédia résolument macabre et inquiétante.

Malgré l'atmosphère sombre façonnée par l'écriture de Poe, l'exposition restait empreinte de l'humour pince-sans-rire caractéristique de Miller. Pour sa première incursion dans le commissariat d'exposition, Miller a apporté sa propre contribution avec une peinture représentant une couverture de livre. Intitulée facétieusement Wake Up And Smell The Coffin et attribuant, par pur jeu de mots audacieux, la paternité de l'ouvrage à Edgar Allan Poe, Miller y imagine une œuvre moderne de l'auteur. S'il a laissé une grande liberté aux contributeurs quant à leur réponse aux écrits de Poe, Miller a noué une relation de travail bien plus personnelle avec Tracey Emin, les deux artistes collaborant pour créer une œuvre singulière et dérangeante.

« Wake Up And Smell The Coffin » de Harland Miller
« Wake Up And Smell The Coffin » © Harland Miller, 2010

« Black Cat » de Tracey Emin

Peut-être est-ce en raison de son attachement à son chat, Docket, aussi adoré que malicieux, que Miller a choisi la nouvelle Black Cat d'Edgar Allan Poe pour sa collaboration avec Tracey Emin. Le récit de Poe, publié en 1843, dépeint un alcoolique tourmenté qui, s'il entretenait initialement une relation tendre avec son animal, finit par sombrer dans la maltraitance sous l'emprise de ses addictions. Bien que Miller ait depuis confirmé qu'il s'agissait d'une pure coïncidence, l'exemplaire de Black Cat qu'il a remis à Tracey Emin présentait la particularité mystérieuse de ne plus comporter ses dernières pages. Compte tenu du goût inné de Tracey Emin pour la narration et de sa spiritualité intrinsèque, cet heureux hasard lui a peut-être offert le cadre idéal pour créer sa propre fin à travers sa peinture.

« Tout ce que j'ai, c'est mon œuvre. Je n'ai rien d'autre. »
Tracey Emin

Bien qu'elle se soit décrite comme étant généralement « trop protectrice » pour collaborer avec d'autres artistes, Emin a fait sien l'amour de Miller pour Poe lors de la création de « Black Cat ». La toile, qui ruisselle littéralement de l'érotisme caractéristique de l'artiste, est un autoportrait puisant aussi bien dans le récit macabre que dans le passé tourmenté d'Emin. Avec son visage entièrement masqué par une peinture noire, Emin a suggéré qu'il s'agissait d'un portrait d'elle-même « morte et disparue, dans un monde crépusculaire étrange ».

Bien que la toile ait été initialement peinte par Miller, le duo a plaisanté lors d'une interview sur le fait qu'Emin avait recouvert toutes les interventions de Miller pour mettre en avant son propre autoportrait. Malgré cela, Emin qualifie toujours cette pièce de collaboration dans son essence, Miller ayant supervisé le processus de création ; plutôt qu'une collaboration entre deux artistes vivants, l'œuvre a émergé comme une collaboration provocante entre Emin, Miller et Poe lui-même.

Des éléments du style de Miller demeurent présents dans l'arrière-plan inspiré de Rothko, avec son application abstraite et atmosphérique de peinture acrylique. Le portrait lui-même est néanmoins distinctement celui d'Emin, avec son attention sans fard portée sur son sexe, encadré par une spectaculaire robe funéraire et guidant le regard vers une mare de sang écarlate. La peinture n'est donc pas seulement une collaboration entre artistes, mais aussi entre disciplines et personnalités, produisant une œuvre étrange et saisissante pour l'exposition de Miller.

Avec quels autres artistes ces créateurs ont-ils collaboré ?

Tracey Emin n'était pas la seule figure emblématique des YBA à participer à l'exposition de Miller au White Cube. En réponse à l'œuvre de Poe qui lui avait été assignée par Miller, la sensation de l'art contemporain Damien Hirst a créé « The Startling Effects Of Mesmerism On A Dying Man ». Une immense « Spin Painting », composée principalement de noir et de rouge, est suspendue au mur au-dessus d'une installation représentant un lit peint. Dans un hommage plus explicite à Poe, mêlé à sa fascination personnelle pour la taxidermie, Hirst a perché un corbeau empaillé sur la tête de lit. Parmi les 34 contributeurs à l'exposition de 2008 figuraient également Cindy Sherman, Fred Tomaselli et Anselm Kiefer, faisant de cet événement une exposition véritablement multimédia.

Quant à Emin, les collaborations n'ont jamais été son point fort. Elle a cependant collaboré avec la célèbre Louise Bourgeois, bien que cette collaboration ait représenté une longue épreuve pour Emin, tant elle était intimidée à l'idée d'apporter ses propres ajouts aux dessins et peintures initiaux de Bourgeois.

Bien que Miller et Emin conçoivent tous deux leurs œuvres comme une entreprise relativement solitaire de découverte de soi, ils ont exprimé leur intérêt pour une collaboration avec eux-mêmes. En revenant sur des peintures commencées il y a des années, Emin a décrit poétiquement son processus comme une forme de collaboration avec le passé. Ces artistes partagent un point essentiel : une profonde appréciation des arts, passés et présents, et l'usage de leurs œuvres comme moyen d'explorer l'évolution constante de leur propre identité.

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