
Tracey Emin sous le feu des projecteurs : l'artiste derrière « The Doors » (2023)
Née à Londres en 1963, Tracey Emin figure parmi les artistes les plus éminents et provocateurs de la scène contemporaine. Elle s'est fait connaître dans les années 1990 au sein du groupe des Young British Artists (YBAs), célèbre pour ses tactiques de choc et sa volonté de repousser les limites de la décence et du bon goût.
L'œuvre d'Emin est reconnue pour son caractère confessionnel brut, puisant souvent directement dans ses expériences personnelles. Elle travaille sur des médiums variés, notamment la peinture, le dessin, la sculpture, le cinéma, la photographie, les textes au néon et l'appliqué textile. L'une de ses créations les plus marquantes est « My Bed » (1998), une œuvre présentant son propre lit défait et en désordre, entouré de détritus tels que des bouteilles d'alcool vides, des mégots de cigarettes et des préservatifs usagés, offrant un portrait saisissant et intime de sa vie à cette époque. Cette œuvre lui a valu une nomination pour le Turner Prize en 1999.
En 2007, Emin a représenté la Grande-Bretagne à la Biennale de Venise et, en 2011, elle a été nommée professeure de dessin à la Royal Academy de Londres. La même année, elle a reçu un doctorat honorifique de la London Metropolitan University et est devenue Royal Academician. En 2013, la reine Elizabeth II l'a nommée commandeur de l'ordre de l'Empire britannique pour sa contribution aux arts visuels. Le travail d'Emin a fait l'objet de nombreuses expositions à travers le monde, notamment des rétrospectives et des expositions collectives aux Pays-Bas, en Allemagne, au Japon, en Australie et aux États-Unis. Elle continue de créer des œuvres qui interpellent, provoquent et inspirent, consolidant ainsi sa place parmi les artistes les plus significatifs de son temps.

La riche histoire des designs de portes signés par des artistes de renom
L'histoire des artistes travaillant le bronze pour concevoir des portes est riche et remonte à plusieurs siècles ; Tracey Emin poursuit aujourd'hui cette tradition avec son flair unique. Depuis des siècles, les portes sont considérées comme une forme d'art, offrant aux artistes l'opportunité de déployer leur savoir-faire à une échelle monumentale et pérenne. L'un des exemples les plus célèbres est constitué par les « Portes du Paradis de Lorenzo Ghiberti », un ensemble de portes en bronze doré pour le baptistère de la cathédrale de Florence, en Italie. Achevé en 1452 après 27 années de travail minutieux, cet ouvrage est largement considéré comme un chef-d'œuvre de la Renaissance, composé de panneaux en relief détaillés illustrant des scènes bibliques. À Rome, la Porta Sancta de la basilique Saint-Pierre constitue un autre exemple remarquable. Scellée de l'intérieur et ouverte uniquement lors des années saintes, elle a été remplacée à quelques reprises au fil des siècles ; sa version actuelle a été conçue par Vico Consorti, un artiste qui a réalisé de nombreuses portes magnifiques au cours de sa carrière.
Auguste Rodin, le célèbre sculpteur français, est également connu pour son projet de porte monumentale, « La Porte de l'Enfer ». Commandée en 1880 pour un projet de musée des arts décoratifs à Paris qui ne vit jamais le jour, cette œuvre majeure fut travaillée par Rodin par intermittence jusqu'à sa mort en 1917. Les imposants battants de bronze sont ornés de plus de 200 figures individuelles inspirées de l'« Enfer de Dante Alighieri ». Les compositions des figures varient, allant de la taille réelle à la miniature, et témoignent toutes de cette tension dramatique caractéristique de l'œuvre de Rodin.
En concevant les portes de la National Portrait Gallery, Tracey Emin ne se contente pas d'apporter une touche contemporaine à l'institution ; elle contribue également à une représentation féminine nécessaire en s'inscrivant dans cette tradition historique. Par cette contribution, elle s'insère dans une longue lignée d'artistes utilisant le bronze pour créer des œuvres publiques à la fois fonctionnelles, profondément symboliques et essentielles. Elle poursuit ainsi le dialogue entre l'art contemporain et la riche trame historique dont il est issu, apportant un regard neuf sur une tradition séculaire.

Le design d'Emin en hommage aux femmes pour les portes de la National Portrait Gallery
Pour la nouvelle galerie rénovée, Emin a conçu trois portes en bronze de quatre mètres de haut, présentant un total de quarante-cinq portraits de ce que l'artiste a qualifié de « chaque femme ». Les portraits sont réalisés en bas-relief, reprenant le style de dessin caractéristique de l'artiste et ses lignes fines.
Ces portes célèbrent les femmes de tous horizons et font contrepoint aux médaillons d'hommes illustres qui ornent le bâtiment et surplombent l'entrée de la galerie, suggérant une modernisation du musée qui dépasse les simples considérations esthétiques. Comme la plupart des œuvres d'Emin, cette pièce ne craint pas la vulnérabilité ; les femmes y sont représentées dans une variété d'états émotionnels. C'est une œuvre accueillante, qui permet aux femmes de se sentir à leur place dans ce musée, tout autant que les hommes qui ont dominé le monde de l'art, sa littérature et ses institutions, pendant des siècles.


Que disent les portes d'Emin sur la rénovation de la National Portrait Gallery et son avenir ?
Ces portes ne sont que le signe le plus manifeste d'un changement de culture clair au sein de la galerie, qui fait de grands pas vers l'inclusivité. Le directeur de la galerie, Nicholas Cullinan, a déclaré : « Nous sommes censés refléter la Grande-Bretagne telle qu'elle est, et évidemment, si votre collection ne représente qu'une fraction de la Grande-Bretagne, cela pose un problème. Nous servons la Grande-Bretagne, nous sommes financés en partie par le peuple britannique, et nous servons également un public international ; il est de notre devoir de représenter cela. Cela inclut la diversification de la collection dans tous les sens du terme, et la réalisation d'un équilibre entre les genres. » Le fait qu'une grande partie de la population générale ne se sentait pas représentée par le musée était évident au regard de sa fréquentation relativement faible, une situation que Cullinan a cherché à redresser.
Dans le nouvel accrochage, 48 % des œuvres présentes dans les salles dédiées aux XXe et XXIe siècles ont été réalisées par des femmes ou les mettent à l'honneur, contre 35 % avant la rénovation. La commande passée à Emin pour concevoir les nouvelles portes est une autre indication de l'engagement de la galerie à promouvoir la visibilité et la représentation des femmes artistes et des modèles féminins, dans l'espoir de contribuer à un changement sociétal plus large en faveur de l'égalité et de l'inclusivité.
La décision d'inviter Emin, connue pour ses œuvres intensément personnelles, témoigne également d'une volonté d'élargir la palette de voix et d'expériences représentées au sein de l'institution. Cette démarche vise à remettre en question les conceptions traditionnelles de ce qui est jugé digne d'être inclus dans une institution aussi prestigieuse, en repoussant les limites et en promouvant une compréhension plus inclusive de l'art.
En plaçant l'œuvre d'Emin à l'entrée même de la galerie, l'institution affirme avec audace son engagement envers cette nouvelle direction. Les visiteurs seront confrontés à la perspective d'Emin dès leur entrée, faisant immédiatement l'expérience de l'élargissement du champ de représentation de la galerie. Le choix d'Emin pour cette commande de premier plan est symbolique d'une tendance plus large au sein du monde de l'art – et de la société en général – vers la reconnaissance et la résolution des injustices historiques, afin de créer une vision de l'avenir plus diversifiée et inclusive.

Tracey Emin x Counter Editions x National Portrait Gallery : initiative de levée de fonds
En mars 2024, Emin et Counter Editions ont annoncé une collaboration caritative célébrant la National Portrait Gallery, comprenant quatre estampes exclusives en édition limitée. Celles-ci incluaient : « I Just Felt Hurt », « This Is Forever », « I'm Still Beautiful In My Mind » et « There Is No Fear », ainsi qu'un portfolio complet incluant chacune des œuvres.
Chaque estampe individuelle a été produite à 100 exemplaires, les bénéfices étant reversés à la NPG.









