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Francis Bacon : Présence humaine à la National Portrait Gallery

Liv Goodbody
écrit par Liv Goodbody,
Dernière mise à jour9 Jan 2026
7 min de lecture
Homme assis au milieu du désordre extrême d'un atelier d'artisteImage © Contemporary2.0 / Francis Bacon 1909-1992 © 2022
Jasper Tordoff

Jasper Tordoff

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Francis Bacon

Francis Bacon

58 œuvres

Points clés

Francis Bacon: Human Presence saisit la tension entre la beauté et la brutalité, plongeant les spectateurs dans une exploration sans concession de l'humanité. L'exposition présente un récit à la fois intime et exhaustif de l'évolution artistique de Bacon. En intégrant des archives et des références aux influences de Bacon, l'exposition replace ses œuvres dans leur contexte tout en soulignant sa modernité singulière.

L'exposition « Francis Bacon : Présence humaine » à la National Portrait Gallery est une plongée saisissante dans l'œuvre d'un artiste qui recherchait la beauté à travers le prisme de l'angoisse. Séduisant, provocant et viscéralement émotionnel, le parcours propose les œuvres de Bacon avec une clarté et une intensité qui confirment sa place parmi les artistes les plus audacieux du XXe siècle. N'ayant découvert le travail de Bacon qu'à travers des reproductions numériques ou imprimées, voir ses toiles en personne était époustouflant. Les portraits, presque tactiles, émergent comme des entités corporelles, vous entraînant dans l'univers sombrement enivrant de Bacon.

Une rencontre tactile avec le deuil et la beauté

En déambulant dans l'exposition Human Presence, l'impact des toiles de Bacon est immédiat. Les premières salles confrontent les visiteurs à des figures squelettiques et des visages obsédants, enfermés dans des vides sombres ou compressés dans des cadres claustrophobes. Ces œuvres, notamment Study For A Portrait (1952) et Portrait of R. J. Sainsbury (1955), donnent le ton d'une exploration sans concession de la mortalité et de l'impermanence fragile de l'existence. Les figures semblent à la fois émerger et se dissoudre dans leurs ombres ; leurs bouches hurlantes, leurs yeux creux et leurs formes désintégrées évoquent un rappel lancinant de la vulnérabilité humaine.

Un motif frappant dans ces premières œuvres est la prédominance des dents comme symboles de décomposition et de permanence. Les dents, seule partie de notre corps qui subsiste après la mort, encapsulent la préoccupation de Bacon face au paradoxe de l'existence : la persistance du physique face à l'inévitabilité de sa fragilité. Ce ne sont pas de simples portraits ; ce sont de profondes méditations sur la beauté grotesque et la fragilité de la vie. Découvrir ces œuvres en personne révèle des dimensions que les photographies ne peuvent tout simplement pas saisir. Les textures de la peinture de Bacon — les coulures brutales et la qualité charnelle de ses coups de pinceau — ajoutent une immédiateté tactile qui amplifie leur résonance émotionnelle. De près, les toiles invitent à une confrontation intime avec les thèmes du trouble, de l'identité et du passage inexorable du temps.

Intimité et aliénation

L'exposition se concentre sur la fascination de Bacon pour la forme humaine – non pas seulement comme sujet de beauté, mais comme réceptacle de la douleur, de la passion et de la décomposition. Cette dualité est incarnée dans des œuvres comme Head (Man In Blue) (1961) et Sketch for a Portrait of Lisa (1955), où les figures semblent osciller entre la défiance et la dissolution. Les portraits grand format, tels que Study for Self-Portrait (1963), exacerbent leur impact, leur taille imposante amplifiant leur théâtralité et leur gravité existentielle.

L'arc thématique souple de l'exposition culmine dans les dernières salles, qui se concentrent sur les relations les plus intimes de Bacon. Ses peintures dépeignent souvent ses compagnons les plus proches – amants, amis et confrères artistes – non pas sous l'angle du réconfort ou de la flatterie, mais avec une honnêteté sans fard. La section consacrée à Henrietta Moraes est particulièrement frappante : les Three Studies for a Portrait of Henrietta Moraes de Bacon saisissent sa sensualité et sa vitalité à travers des rouges tourbillonnants et des tons charnels, tout en révélant une vulnérabilité indéniable dans leur représentation. Les formes exagérées et les coups de pinceau chaotiques articulent à la fois l'extase et l'angoisse de l'existence, soulignant la capacité de Bacon à trouver une humanité brute chez ses sujets.

Les représentations de George Dyer, l'amant de Bacon, sont tout aussi poignantes. Sa présence – bien que discrète dans cette exposition – prend de l'importance dans la dernière salle. De l'intensité sensuelle des Three Studies for a Portrait of George Dyer (1964) à l'oraison funèbre déchirante du Triptych May-June 1973 (1973), qui aborde la tragédie de la surdose de Dyer, ces œuvres explorent les complexités brutales du deuil. L'art de Bacon n'offre pas une vision aseptisée du chagrin ; il plonge plutôt les visiteurs dans sa présence implacable, les obligeant à affronter l'interaction complexe entre l'amour, la perte et le désespoir.

Ce qui rehausse encore cette exposition, c'est sa contextualisation nuancée de la vie et des relations de Bacon. Bien que la présence de Dyer semble notablement absente pour la majorité des œuvres exposées, et que son impact sur l'art de Bacon soit quelque peu minimisé par rapport à l'accent mis sur Peter Lacy, l'exposition propose néanmoins une réflexion approfondie sur les acteurs clés de la vie de Bacon. Si l'inclusion de documents d'archives et de portraits photographiques enrichit la compréhension du spectateur de son univers, cela ne réduit jamais les œuvres à de simples extensions biographiques. Au contraire, cette scénographie réfléchie accentue l'intimité des peintures, permettant à la vision de Bacon de résonner avec une force non atténuée.

« Je ne pouvais pas [peindre] des gens que je ne connaissais pas très bien... Ça ne m'intéresserait pas d'essayer... à moins d'en avoir beaucoup vus, d'avoir observé leurs contours, d'avoir observé leur façon d'agir. »
Francis Bacon

Un Théâtre d'Inspiration Sombre

Les portraits grand format de l'exposition Francis Bacon: Human Presence exercent une gravité physique et émotionnelle imposante, exigeant à la fois attention et introspection. Des œuvres telles que Seated Figure (1961) et Portrait de George Dyer dans un miroir (1968) dominent l'espace, leur échelle monumentale amplifiant le poids émotionnel et existentiel qu'elles portent. Ces peintures ne sont pas de simples représentations, mais des performances, des espaces théâtraux où se joue le drame de la condition humaine.

L'usage délibéré par Bacon de cadres et de structures semblables à des cages au sein de ses compositions intensifie ce sentiment de théâtralité. Les figures semblent souvent confinées, suspendues dans un limbo existentiel, leur isolement soulignant la tension entre présence et absence. Cela est également frappant dans les triptyques de têtes plus petits de Bacon, où les rendus fragmentés du même sujet suggèrent des identités changeantes et des tourments intérieurs. Ces œuvres saisissent la multiplicité de l'expérience humaine, reflétant la conviction de Bacon que nous sommes tous des œuvres en devenir, négociant constamment les tensions entre nos meilleures et nos pires facettes. Par ces dispositifs visuels, Bacon traduit sa croyance que si l'identité n'est pas statique, nous nous retrouvons souvent piégés par nos conflits intérieurs.

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Le Poids de l'Influence

Human Presence trouve un juste équilibre dans son ampleur, offrant suffisamment d’œuvres de Bacon pour donner une impression d’exhaustivité sans submerger le visiteur. Son organisation thématique souligne l’évolution de la vision artistique de Bacon tout en insistant sur le caractère intemporel de ses préoccupations centrales : la mortalité, la fragilité et la condition humaine. De plus, la décision d’encadrer les œuvres sous verre – une pratique qu’insistait pour Bacon – ajoute une dimension évocatrice à l'expérience. Le reflet du spectateur fusionne avec les toiles, créant un jeu poignant entre le moi et le sujet.

L'une des forces de l'exposition réside dans la reconnaissance des influences artistiques de Bacon. L'inclusion du Autoportrait au béret et au col relevé (1659) de Rembrandt et la salle consacrée à Van Gogh ont révélé les complexités qui sous-tendent le génie de Bacon. Ces ajouts font plus qu'honorer ; ils éclairent l'influence des Maîtres anciens sur Bacon tout en célébrant sa capacité à transformer leur héritage en quelque chose de distinctement moderne. La fascination de Bacon pour Van Gogh est particulièrement visible dans son Hommage à Van Gogh (1960), où il réinterprète l'Autoportrait à l'oreille bandée et à la pipe (1889) du maître hollandais, amplifiant le tumulte psychologique par des couleurs profondes et un visage déformé.

L'exposition aborde également la relation de Bacon avec la photographie et le cinéma, révélant comment ces médiums ont informé son approche du portrait, et constituaient souvent le matériau de référence privilégié de l’artiste. Bien que Bacon ait parfois fait poser ses sujets, il estimait que leur présence dans la même pièce le bridait. Un élément frappant fut l'aveu de Bacon : « Si je les aime, je ne veux pas pratiquer sur eux l'agression que je leur inflige dans mon travail devant eux. Je préfère pratiquer l'agression en privé, par laquelle je pense pouvoir enregistrer leurs faits plus clairement » – une déclaration qui révèle la complicité de Bacon dans la barbarie de ses portraits. Des portraits photographiques de Bacon lui-même, ainsi que des archives vidéo, offrent un aperçu supplémentaire de son penchant pour la photographie et pour l'apparition à l'écran. Ces éléments montrent un artiste profondément à l'écoute du jeu entre l'éphémère et l'éternel – un thème qui traverse l’ensemble de ses œuvres.

Je trouve qu'il est moins contraignant de travailler à partir de leur mémoire et de leurs photographies que de les avoir assis devant moi.
Francis Bacon
Figure abstraite assise sur un grand fauteuil, tandis qu'une paire de hiboux veille sur luiImage © Flickr / Figure avec deux hiboux, Étude pour Velazquez © Francis Bacon 1963

Un héritage de beauté et de brutalité

Francis Bacon: Human Presence est un voyage à travers le deuil, la beauté et l'existence. Cette exposition dépasse les limites du portrait, offrant une vision de l'humanité à la fois grotesque et sublime. Se tenir devant ces œuvres, c'est voir la beauté dans la violence et le chagrin, et découvrir des portraits d'une complexité sans fard. Pour ceux qui pénètrent dans l'univers de Bacon, l'expérience est inoubliable : une rencontre obsédante et exaltante avec un artiste qui a trouvé du sens dans les contradictions de l'être.