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Qui Francis Bacon a-t-il représenté ? Un guide sur les muses de Francis Bacon

Liv Goodbody
écrit par Liv Goodbody,
Dernière mise à jour9 Jan 2026
7 min de lecture
Représentation d'une créature abstraite sur fond rougeAprès la Deuxième Version du triptyque 1944 (volet droit) © Francis Bacon 1988
Jasper Tordoff

Jasper Tordoff

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Francis Bacon

Francis Bacon

58 œuvres

Points clés

L'art de Francis Bacon est intimement lié aux vies des personnes qui lui étaient les plus proches. Leur présence est allée bien au-delà de la simple inspiration, jouant un rôle essentiel dans la façon dont il dépeignait intensément la condition humaine. Les portraits de Bacon, façonnés par ses relations personnelles, ont transformé la rivalité, l'admiration et un amour passionné en œuvres d'une grande complexité. Ses muses étaient plus que de simples sujets ; elles étaient les catalyseurs de l'exploration par Bacon de la douleur, de la vulnérabilité et de l'identité.

Francis Bacon's œuvre est une exploration profonde de la figure humaine, plongeant dans les profondeurs de l'émotion, de la souffrance et de la complexité psychologique. Reconnu pour ses représentations viscérales et souvent troublantes, Bacon a révolutionné le portrait en capturant l'intensité brute de la condition humaine. Son héritage artistique est étroitement lié à ses représentations de figures clés de sa vie, qui n'étaient pas de simples sujets passifs, mais des participants actifs à son exploration de la vulnérabilité, de l'angoisse et de l'identité. De son amitié teintée de rivalité avec Lucian Freud, à sa liaison tragique avec George Dyer, les individus qui ont peuplé la vie de Bacon ont profondément façonné son travail figuratif, reflétant les relations complexes qui sous-tendaient ces liens.

1.

Lucian Freud : La relation complexe de deux titans

Les portraits de Lucian Freud par Bacon

La relation entre Bacon et Freud était marquée par l'admiration, la tension créative et une profonde influence mutuelle. Les deux artistes étaient des figures majeures de l'art britannique du XXe siècle ; leur amitié fut à la fois une source d'inspiration artistique et de rivalité, les poussant tous deux à explorer les profondeurs de l'expérience humaine dans leurs œuvres. Les portraits que Bacon a réalisés de Freud comptent parmi ses créations les plus chargées d'émotion, capturant Freud non seulement comme un confrère, mais aussi comme un individu complexe et aux multiples facettes, confronté à des tourments intérieurs et à des luttes existentielles.

L'une des pièces les plus célèbres issues de cette dynamique est Trois études de Lucian Freud (1969), un triptyque qui présente Freud dans une posture fragmentée et intense, pris entre le mouvement et l'immobilité. Ce tableau est célébré non seulement pour son génie technique, mais aussi pour la profondeur psychologique qu'il dégage, dépeignant Freud avec un sentiment de vulnérabilité et de tension. L'impact de cette œuvre a été reconnu à l'échelle mondiale lorsqu'elle a établi un record aux enchères, se vendant pour 108 millions de livres sterling, ce qui témoigne de son influence durable et de la capacité de Bacon à saisir l'intensité émotionnelle de ses relations les plus proches. Cette œuvre emblématique symbolise l'interaction complexe entre l'amitié, la compétition et l'énergie créatrice qui définissaient les liens entre Bacon et Freud.

Leur influence mutuelle

Bacon et Freud ont profondément influencé les parcours artistiques de l'autre, notamment dans leur concentration commune sur le portrait. L'attention méticuleuse de Freud pour le détail, en particulier dans le rendu du Human Body, a encouragé Bacon à approfondir sa propre exploration des complexités physiques et psychologiques de ses sujets. Inversement, les figures audacieuses et déformées de Bacon, ainsi que son exploration de la tourmente existentielle, ont aidé Freud à s'éloigner du portrait traditionnel. Le travail de Bacon était un témoignage des forces plus sombres et plus primales à l'œuvre dans l'existence humaine, une dimension qui a profondément résonné chez Freud.

2.

George Dyer : La muse la plus intime de Bacon

L'impact de Dyer sur l'art de Bacon

George Dyer, l'amant et la muse la plus fréquente de Bacon, occupe une place centrale dans l'œuvre de l'artiste, apparaissant dans plus de quarante tableaux. Leur relation, qui a débuté en 1963, fut tumultueuse, passionnée et finalement tragique. Les peintures de Bacon représentant Dyer sont empreintes d'un sentiment de vulnérabilité, de musculature et de tourment romantique, reflétant à la fois l'intensité de leur lien et les courants plus sombres de leur amour.

Dans des œuvres telles que Portrait de George Dyer dans un miroir (1968) et Étude pour un portrait (1981), Dyer est dépeint comme une figure oscillant entre séduction et désespoir. La représentation de Dyer par Bacon est monumentale en échelle et en gravité émotionnelle. Le dernier tableau que Bacon a réalisé de lui, Étude pour un portrait, constitue l'aboutissement de ces émotions, présentant Dyer sous une lumière à la fois obsédante et tendre.

Le suicide de Dyer et les triptyques du deuil

Le suicide de Dyer en 1971 a laissé une marque profonde sur Bacon, donnant naissance à une série d'œuvres connues sous le nom de « triptyques du deuil ». Ces pièces, dont Triptyque mai-juin 1973, saisissent le sentiment profond de perte et de culpabilité de Bacon, confrontant l'instant de la mort de Dyer avec une intensité sans concession. Dans ces peintures, Bacon aborde la fragilité de l'existence humaine, son chagrin devenant palpable grâce à sa maîtrise magistrale de la forme et de la couleur.

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3.

John Edwards : Le compagnon proche de Bacon durant ses dernières années

Une Amitié Durable

Dans les dernières années de la vie de Francis Bacon, John Edwards est devenu son compagnon le plus proche. Leur relation était platonique, mais émotionnellement riche, et Edwards est rapidement devenu l'une des figures les plus importantes de la vie personnelle et artistique de Bacon. Les représentations d'Edwards par Bacon sont plus douces, plus introspectives, reflétant la profondeur émotionnelle de leur lien, et Portrait de John Edwards (1988) est un exemple notable de l'approche plus tendre de Bacon en matière de portrait. Contrairement à l'intensité brutale de ses premières œuvres, ce tableau révèle une facette contemplative de Bacon, dépeignant Edwards avec chaleur et vulnérabilité.

Edwards, l'Héritier de Bacon

Après la mort de Francis Bacon en 1992, Edwards a hérité de la majeure partie de sa succession, devenant le principal gardien de l'héritage artistique de Bacon. Ce rôle a placé Edwards au centre des efforts pour s'assurer que les contributions révolutionnaires de Bacon à l'art moderne soient correctement préservées et célébrées. Sa gestion allait au-delà de la simple transmission des œuvres ; Edwards a joué un rôle actif dans la gestion de la vaste collection, des archives et des effets personnels de Bacon. Il a travaillé en étroite collaboration avec des galeries, des conservateurs et des historiens de l'art pour organiser des rétrospectives et des expositions majeures, facilitant notamment le transfert de l'atelier de Bacon à la Hugh Lane Gallery à Dublin. Cet atelier, méticuleusement reconstruit, a fourni un aperçu inestimable du processus créatif de Bacon et reste un point de convergence pour les chercheurs comme pour les passionnés. Par ces actions, Edwards a sauvegardé non seulement les vestiges physiques des œuvres de Bacon, mais aussi son héritage durable en tant que l'un des artistes les plus marquants et provocateurs du XXe siècle.

4.

Pape Innocent X : L'obsession de Bacon pour le chef-d'œuvre de Vélasquez

L’influence de Velázquez

Les représentations de papes réalisées par Bacon, en particulier sa réinterprétation du Portrait du pape Innocent X (1650) de Diego Velázquez, constituent une profonde Transformation des icônes religieuses en symboles de pouvoir, d’autorité et de souffrance humaine. Bacon était attiré par l’image du pape non pas pour ses connotations religieuses, mais pour ce qu’elle représentait : le paradoxe d’un pouvoir immense juxtaposé à la vulnérabilité de la condition humaine. Cette série, souvent désignée sous le nom de « Papes hurlants », capture le tourment intérieur et l’agonie existentielle que Bacon percevait sous la surface de ces figures d’autorité. Dans Étude d’après le portrait du pape Innocent X de Velázquez (1953), Bacon change l’image sereine et digne du pape issue du chef-d’œuvre de Velázquez en une figure déformée, prise dans un cri silencieux et douloureux.

Symbolisme de la figure papale

Grâce à son travail de brosse fiévreux caractéristique et à l’utilisation de couleurs sombres et oppressantes, Bacon intensifie la charge émotionnelle, faisant du pape une métaphore obsédante de la souffrance et du désespoir. Les papes de Bacon sont souvent piégés dans des structures évoquant des cages ou des voiles de couleur, suggérant un enfermement non seulement physique, mais psychologique, transmettant un sentiment d’isolement et de tourment qui dépasse l’individu pour toucher la condition humaine dans son ensemble. En retravaillant l’image de Velázquez, Bacon a pu explorer les thèmes de l’après-guerre tels que la peur, la mortalité et l’échec des institutions à protéger l’humanité.

De plus, la capacité de Bacon à prendre une icône religieuse vénérée et à la remodeler en une image de terreur et d’angoisse a non seulement défié les représentations artistiques traditionnelles de l’autorité, mais a également repoussé les limites de la manière dont les figures religieuses et historiques pouvaient être interprétées dans l’art moderne. Ses « Papes hurlants » comptent parmi les représentations les plus évocatrices et troublantes de l’expérience humaine, offrant une réinterprétation radicale de l’imagerie religieuse et du rôle de l’autorité dans la culture contemporaine.

5.

Michel Leiris : L'influence d'un écrivain et intellectuel

Un échange intellectuel

L'écrivain et ethnologue français Michel Leiris fut l'un des compagnons intellectuels les plus proches de Bacon. Leur amitié, fondée sur des discussions existentielles et philosophiques, a influencé la vision qu'avait Bacon de la condition humaine et son approche de l'art. L'influence de Leiris sur la pensée de Bacon est palpable, même s'il n'a pas été un sujet aussi fréquent dans les portraits de Bacon.

Leiris comme sujet

Leiris est apparu dans certaines des œuvres ultérieures de Bacon, notamment Study for Portrait (Michel Leiris) (1978), qui saisit la profondeur émotionnelle et intellectuelle de leur amitié. Leiris a également joué un rôle essentiel dans l'interprétation des œuvres de Bacon, en produisant une monographie sur l'artiste intitulée Francis Bacon: Face et Profile, qui a scellé leur respect mutuel.

6.

Peter Beard : L'Esprit Sauvage dans le Cercle de Bacon

Le lien entre Beard et Bacon

Le lien de Peter Beard avec Bacon allait au-delà de la simple amitié ; il était ancré dans une fascination commune pour les aspects bruts et primaires de la vie. Beard, photographe et artiste américain connu pour son travail de documentation de la faune africaine, menait une vie qui attirait Bacon : une vie plongée dans la nature, l'aventure et le danger. Son personnage brut faisait écho à plusieurs thèmes qui captivaient Bacon dans ses propres œuvres : l'intensité de l'existence, le chaos sous-jacent à l'expérience humaine, et l'intersection entre la beauté et la brutalité. Cette énergie sauvage résonnait chez Bacon, qui recherchait souvent des individus incarnant les extrêmes, car cela correspondait à ses propres explorations artistiques de la violence, de la souffrance et de la crise existentielle.

La découverte de plus de 200 photographies de Beard dans l'atelier de Bacon après sa mort témoigne de l'influence durable qu'il a exercée sur le peintre. Ces photographies, souvent d'animaux à l'état sauvage, servaient de déclencheurs visuels au processus créatif de Bacon. Les images de Beard saisissaient la vie dans son état le plus indompté, et ces thèmes faisaient parallèle à l'intensité psychologique et à la qualité viscérale des œuvres de Bacon. Bacon, qui utilisait fréquemment des photographies et d'autres références visuelles pour créer ses peintures, a sans doute trouvé l'inspiration dans la documentation par Beard des dures réalités du monde naturel, ce qui reflétait sa propre approche brutale, souvent violente, de la forme humaine.

Beard dans l'art de Bacon

Bien que Beard n'ait pas figuré aussi en évidence dans les portraits de Bacon que d'autres muses comme Dyer ou Edwards, ses traits faciaux distinctifs et sa présence charismatique ont inspiré plusieurs œuvres de Bacon. Le visage anguleux et marqué de Beard correspondait parfaitement au style de portrait de Bacon, qui cherchait souvent à déformer et à exagérer les traits physiques pour saisir la complexité intérieure de ses sujets. La relation entre les deux hommes est un exemple clé de l'attirance de Bacon pour les personnalités atypiques qui vivaient souvent dans des situations extrêmes et dangereuses.

Les muses de Bacon étaient bien plus que de simples sujets passifs ; elles étaient essentielles à son exploration de la condition humaine, reflétant l'interaction complexe entre les relations personnelles et l'expression créative. Que ce soit à travers sa rivalité intense avec Freud, sa liaison tragique avec Dyer, ou son amitié profonde avec Edwards, les portraits de Bacon révèlent les profondeurs émotionnelles et psychologiques de ceux qui lui étaient les plus proches. Chaque figure offrait à Bacon un prisme à travers lequel il pouvait examiner les thèmes de la souffrance, de l'identité et de la vulnérabilité. En fin de compte, ses muses n'étaient pas de simples sources d'inspiration, mais des collaboratrices dans son examen constant de l'intensité brute de l'existence, contribuant à consolider son héritage comme l'un des artistes les plus profonds du XXe siècle.