Chapitre premier : Boîte en carton
Le film s'ouvre sur un jeune Basquiat emmené par sa mère dans un musée, un moment symbolisé par un long couloir bleu. Il se retrouve alors face à « Guernica » de Pablo Picasso, une œuvre dont Basquiat lui-même a reconnu l'impact profond sur lui lorsqu'il était enfant. Sa mère fond en larmes — clin d'œil à son instabilité émotionnelle — mais, lorsqu'elle lève les yeux, Jean-Michel apparaît auréolé d'une couronne au néon. Il s'agit de la première illustration de l'approche littérale de Schnabel vis-à-vis de la symbolique de Basquiat.
Le film débute véritablement en 1982, établissant un parallèle entre Basquiat et van Gogh, tous deux génies incompris et largement ignorés de leurs contemporains (j'imagine que Schnabel ne fait ici référence qu'aux années précédant la percée majeure de Basquiat en 1984). Basquiat, interprété par Jeffrey Wright, est montré vivant dans un carton avant de gribouiller sur une fontaine publique l'incontournable tag SAMO qui lui a apporté la célébrité.
Chapitre deux : L'âpreté de New York
Une série d'images surréalistes suit Basquiat alors qu'il tague New York, utilisant de nombreuses expressions empruntées au langage original de SAMO. Le film dépeint ensuite une rencontre fictive entre Basquiat et sa compagne Suzanne Malouk, renommée Gina dans ce film biographique. Le deuxième acte voit le couple s'installer dans son propre appartement, dont chaque recoin est décoré par Basquiat dans une quête picturale effrénée. À ce stade, Basquiat travaille déjà dans une galerie, où il est tourné en dérision par le personnel, notamment la galeriste Mary Boone et Albert Milo, un artiste fictif qui est une parodie de Schnabel lui-même. Basquiat est alors littéralement montré de l'extérieur, observant une soirée à l'intérieur de la galerie. Exclu, il se console en taguant une grille métallique à proximité.
Dès lors, les événements s'enchaînent à une vitesse vertigineuse, reflétant sans doute ce que Basquiat lui-même a dû ressentir. La première rencontre entre Basquiat, Andy Warhol — interprété par David Bowie — et le marchand d'art Bruno Bischofberger est montrée dans un restaurant, où le jeune artiste vend plusieurs de ses cartes postales. Le talent de Basquiat commence à être reconnu, notamment après sa rencontre avec le critique d'art Rene Ricard, qui l'introduit auprès des figures du monde de l'art et lui permet de figurer dans l'exposition « New York/New Wave » au MoMA en 1981. C'est là qu'il rencontre Annina Nosei, qui lui offre le financement et l'espace d'atelier nécessaires à sa création, devenant ainsi sa première marchande d'art officielle.
Chapitre trois : Le véritable essor
Le caractère brut et la vision urbaine de Basquiat contrastent nettement avec le profil des acquéreurs de ses œuvres. À mesure que sa notoriété grandit, il commence à tromper sa compagne – notamment avec une femme blonde qu’il surnomme « Big Pink », largement identifiée comme étant Madonna – et sa consommation de stupéfiants s'intensifie. Dans une scène, Gina, la compagne de Basquiat, tente de le réveiller et découvre une seringue, signe de cette dépendance à l’héroïne qui finira par lui coûter la vie. Ses autres relations amicales commencent également à se dégrader.
Lors de sa seconde exposition personnelle, où il est accompagné par Andy Warhol, Basquiat présente ses œuvres à son père. Ce soir-là, Bischofberger l’incite à quitter la galerie de Nosei pour rejoindre la sienne. Bischofberger achète l’une des œuvres initialement destinée à Ricard. La femme blonde mentionnée plus tôt fait son apparition, provoquant des tensions entre Basquiat et Gina. Submergé, Basquiat monte dans la limousine de Bischofberger, où il discute avec le chauffeur, Shenge, lui-même peintre, à qui il propose un emploi. Plus tard, Basquiat est aperçu lors d’un dîner au restaurant Mr. Chow en compagnie d’illustres figures du monde de l’art, une soirée qui, inévitablement, sombre dans le chaos.

Chapitre quatre : Great Jones Street
Un saut temporel nous propulse quelques années plus tard, lors d'un entretien avec Basquiat. À ce stade, il a déjà participé à la Whitney Biennial et a changé de galerie à plusieurs reprises. L'échange devient pesant lorsque l'interviewer adopte un ton de plus en plus raciste et antagoniste dans ses questions.
À ce moment-là, l'amitié entre Basquiat et Warhol a considérablement évolué ; les deux artistes sont montrés en train d'acheter du caviar, pour lequel Basquiat dépense 3 000 dollars. Il fréquente désormais des restaurants onéreux et a développé des goûts raffinés. Le film met en évidence le malaise extrême de Basquiat face au regard extérieur, et plus particulièrement face à la discrimination et au racisme. Pour tenter d'y échapper, il dépense des sommes toujours plus importantes afin de prouver sa valeur et son rang au sein d'une haute société largement blanche. En conséquence de sa consommation de stupéfiants, des lésions sont apparues sur son visage.
Chapitre cinq : Warhol
Restés amis, Gina et Basquiat ont une discussion au cours de laquelle elle exprime ses inquiétudes quant au fait que Warhol pourrait tirer profit de lui, ce que ce dernier rejette. Le partenariat créatif du duo est ensuite dépeint alors qu'ils se préparent pour leur exposition de 1984 ; Warhol fait alors part de ses préoccupations face aux rumeurs concernant l'épuisement de Basquiat et sa consommation de drogue.
Lorsque Basquiat tente de peindre une porte à côté de ses affiches avec Warhol, il est passé à tabac par d'autres graffeurs. Après un nouveau saut dans le temps, vraisemblablement après l'exposition Basquiat x Warhol et les critiques cinglantes qui en ont résulté, il invite Mary Boone à devenir sa marchande, mais celle-ci demeure hésitante. La relation entre Warhol et Basquiat s'en trouve affectée, en raison d'allusions suggérant que ce dernier n'était que la mascotte du premier. Peu de temps après, Basquiat apprend la mort de Warhol, ce qui l'affecte profondément.

Chapitre six : Radiant Child
Dans les moments chargés d'émotion, le film est entrecoupé d'images tournées dans le style d'une caméra familiale. Après la mort de Warhol, Jean-Michel Basquiat tente en vain de faire sortir sa mère de l'établissement psychiatrique où elle est internée depuis son enfance. Il commence alors à errer dans les rues, sous l'emprise de stupéfiants, s'enfonçant davantage dans la dépendance. Après s'être effondré en pleine rue, Jean-Michel Basquiat est retrouvé et secouru par Benny, son ami d'enfance. Dans une séquence dramatique faisant écho à son enfance et à la couronne lumineuse, Jean-Michel Basquiat raconte l'histoire d'un prince emprisonné, privé de sa voix, qui frappait sa couronne contre les barreaux de sa cellule pour tenter de se faire entendre. Le prince ne s'est jamais échappé, mais il a produit un tel son avec sa couronne que celui-ci « a rempli tout l'espace de beauté ».
Après avoir raconté cette histoire, Jean-Michel Basquiat propose avec optimisme à Benny d'« aller en Irlande pour boire un verre dans chaque bar ». Le film bascule dans le noir et quelques lignes de texte informent le spectateur que « Jean-Michel Basquiat, peintre américain, est décédé le 12 août 1988 d'une overdose d'héroïne. Il avait 27 ans ». Cette transition brutale vers la mort de Jean-Michel Basquiat permet au public de ressentir ce que beaucoup ont éprouvé au sein du marché de l'art : la sensation d'une vie brillante interrompue.
Le film offre un portrait d’une vulnérabilité émotionnelle rare de Basquiat, dévoilant une facette que l’artiste montrait rarement. Alors que toutes les archives soulignent sa grande timidité – une facette que Jeffrey Wright parvient à traduire avec justesse à l'écran –, le charisme singulier de Basquiat s'étiole, son personnage manquant parfois de relief. Il s'exprime peu, restant distant tout au long du film. Bowie est excellent dans le rôle de Warhol : il capture à la perfection le rythme et les excentricités de l’artiste, s’appropriant chaque scène dans laquelle il apparaît. La force principale de Basquiat (1996) réside dans le fait qu’il s’agit d’un film biographique sur un artiste, réalisé par un artiste. Il expose les coulisses du monde de l’art, ses figures et ses rouages, ainsi que l’impact que peut avoir une célébrité soudaine sur un créateur qui apprend encore à la gérer.
Basquiat (1996) peut être loué ou acheté via Apple TV.









