Dans cet article, nous examinons plus en détail l'histoire de l'amitié entre ces deux artistes et certaines des œuvres qui en ont découlé, ainsi que sa fin brutale et prématurée en 1986.

Qui était Basquiat au moment de sa rencontre avec Warhol ?
Célèbre pour son usage de symboles, notamment les crânes, les couronnes et les masques, ainsi que pour ses représentations expressives à grande échelle de la vie des Afro-Américains, l'artiste Jean-Michel Basquiat a débuté sa carrière en tant que modeste graffeur.
En collaboration avec son ami Al Diaz, Jean-Michel Basquiat a créé la signature SAMO (parfois orthographiée SAMOã) à la fin des années 1970. Tirée de l'expression « same old shit » — un terme inventé par le duo alors qu'ils fumaient de la marijuana ensemble — la signature a connu une ascension totémique, devenant rapidement un élément courant des rues austères de Manhattan et attirant l'attention de l'artiste américain Keith Haring.
Comment Andy Warhol a-t-il rencontré Jean-Michel Basquiat ?
En 1979, Basquiat aperçoit Warhol en train de dîner au restaurant W.P.A., situé sur Spring Street à Manhattan, en compagnie de son ami et conservateur Henry Geldzahler. Alors que Basquiat se présente comme un artiste en devenir, Geldzahler le rejette, le jugeant « trop jeune » ; Warhol, pour sa part, ignore son collègue et achète l'une des cartes postales de l'artiste pour 1 dollar américain.
En 1980, Basquiat délaisse le graffiti pour une approche artistique plus traditionnelle. Selon les termes du marchand d'art et conservateur Jeffrey Deitch, le jeune Basquiat devient alors « l'artiste le plus estimé de la scène internationale ».
En octobre 1982, Basquiat se rend à The Factory, l'atelier-boîte de nuit de Warhol à Manhattan.
Bruno Bischofberger, qui présente formellement Basquiat à Warhol, organise ensuite un déjeuner pour les deux hommes. Le courant passe immédiatement. Vers le milieu des années 80, Basquiat occupe un loft à Manhattan appartenant à Warhol, devenu son mécène de facto.

Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat ont-ils réalisé des œuvres en collaboration ?
Lors de leur première véritable rencontre autour d'un déjeuner, en octobre 1982, Andy Warhol prit un portrait des deux artistes avec son appareil Polaroid.
Selon la petite histoire, deux heures seulement après, Jean-Michel Basquiat envoyait à Warhol un double portrait du duo, réalisé d'après le cliché. L'œuvre était intitulée Dos Cabezas (1982), soit « deux têtes ».
Évoquant la rapidité et l'énergie concentrées dans cette œuvre phare, Warhol déclara un jour : « Je veux dire, le simple fait d'arriver à Christie Street [pour la livrer] a dû prendre une heure ».
En 1982, Warhol achève Jean-Michel Basquiat : une œuvre qui associe un portrait sérigraphié de l'artiste éponyme à l'une de ses « piss paintings » — des œuvres créées en mélangeant de l'urine à une peinture à base de cuivre. Amalgame spectaculaire de Pop Art et d'expressionnisme abstrait, la pièce parodie le processus créatif de Jackson Pollock : le plus éminent peintre expressionniste abstrait de l'époque.
Plus tard, sur la suggestion de Bruno Bischofberger, Warhol et Jean-Michel Basquiat commencèrent à travailler ensemble.
Arm And Hammer II (1984) est l'un des fruits les plus célèbres de la collaboration entre Warhol et Jean-Michel Basquiat. Fusionnant une icône de la consommation américaine — le logo de bicarbonate de soude Arm and Hammer — avec le style caractéristique de Jean-Michel Basquiat et son engagement artistique envers la culture noire (ici sous la forme de la légende du jazz Charlie Parker), l'œuvre témoigne de la force de la relation personnelle et professionnelle qui unissait les deux hommes.
Untitled (General Electric II) est également le fruit de l'association entre Warhol et Jean-Michel Basquiat. Dans cette œuvre, le rendu audacieux et incisif d'un logo de grande consommation par Warhol est, à l'instar de l'artiste lui-même, revigoré par la personnalité effervescente et dynamique de Jean-Michel Basquiat, visible dans son style pictural libéré. Il est important de se rappeler qu'au début des années 1980, Warhol était considéré par certains comme une gloire passée ; ici, grâce à Jean-Michel Basquiat, il fut replongé sous le feu des projecteurs.

Un duo improbable ?
Warhol et Basquiat étaient issus de parcours personnels et artistiques très différents.
Warhol, originaire de Pittsburgh, était le « père » autoproclamé du Pop Art : un mouvement né dans les années 1960 qui, à l’aube des années 1980, commençait à s’essouffler. À l’inverse, Basquiat est né à Brooklyn de parents haïtien et portoricaine ; il était également l’enfant prodige de l’expressionnisme abstrait, un nouveau mouvement stimulant considéré par beaucoup comme le rival du Pop Art.
Malgré leurs différences, les deux artistes ont eu une influence considérable l’un sur l’autre, travaillant à remettre en question et à enrichir leurs œuvres respectives tout en faisant émerger de nouveaux modes d’expression.
Par exemple, Basquiat a convaincu Warhol de revenir à la peinture à main levée ; en contrepartie, Basquiat a commencé à expérimenter la sérigraphie — une technique qui a fait la renommée mondiale de Warhol — pour la première fois.
Basquiat et Warhol ont tous deux fait l’objet de critiques en raison de leurs collaborations. Bien qu’accusés de « se soutenir mutuellement », les deux artistes travaillaient sur un pied d’égalité, laissant les décisions créatives se prendre spontanément au sein de l’atelier.
En 1985, Basquiat décrivait ainsi leur collaboration :
« Il ajoutait quelque chose de très concret ou de reconnaissable, comme un titre de journal ou un logo de marque, puis j’essayais de le défigurer, et j’essayais de le pousser à travailler davantage dessus. J’essayais de l’amener à faire au moins deux choses, vous voyez ? Il aime ne faire qu’un geste et me laisser faire tout le travail après cela. »
Dans une interview, Warhol s’adressait à son jeune collaborateur en plaisantant : « Nous faisons du travail ensemble, et tu me fais disparaître […] tout ce que j’ai fait, tu l’as effacé en le peignant. »

Combien de temps l'amitié entre Basquiat et Warhol a-t-elle duré ?
Malheureusement, leur relation s'est dégradée de manière rapide et brutale.
Dans la photographie mondialement connue de Michael Halsband, « Andy Warhol And Jean-Michel Basquiat » (1985), la rivalité ludique qui caractérisait le duo et leurs co-créations est mise en lumière, nous rappelant que chaque artiste était le partenaire idéal de l'autre. Cette image figurait sur l'affiche de l'exposition « Andy Warhol and Jean-Michel Basquiat », présentée à la Tony Shafrazi Gallery en 1985.
Hélas, bien qu'elle fut l'un des événements artistiques majeurs des années 1980, cette exposition allait être la dernière du duo.
La réception critique fut médiocre ; dans un article du New York Times, Basquiat fut même qualifié de « mascotte » de Warhol. Malgré des critiques acerbes, Warhol devint le propriétaire de Basquiat ; ce dernier, déjà consommateur d'héroïne, commença alors à se droguer massivement.
Il devint par la suite embarrassant pour les deux hommes d'être vus ensemble. Basquiat cessa rapidement d'appeler Warhol et le duo arrêta toute collaboration. Malheureusement, leur relation ne s'en est jamais réellement remise. En 1987, Warhol décédait soudainement ; Basquiat allait mourir un an plus tard, en 1988.

Basquiat et Warhol aujourd'hui
La relation tourmentée entre Andy Warhol et Basquiat a inspiré des expositions, des films et, depuis 2022, une pièce de théâtre.
En 1996, l'artiste Julian Schnabel a coécrit un long-métrage biographique intitulé Basquiat. Avec Jeffrey Wright (dans le rôle de Basquiat), David Bowie (dans celui d'Andy Warhol), Dennis Hopper, Christopher Walken et Gary Oldman, le film a rencontré un succès critique.
En 2021, une nouvelle exposition intitulée Warhol and Basquiat in Focus: Works from the Permanent Collection a été inaugurée à l'Andy Warhol Museum, une collection située dans la ville natale de l'artiste, à Pittsburgh, en Pennsylvanie.
Cette année, en 2022, le duo fait l'objet d'une nouvelle pièce de théâtre écrite par Anthony McCarten et intitulée The Collaboration. Vous pouvez la découvrir au théâtre Young Vic de Londres.
À qui appartiennent désormais les peintures issues de la collaboration entre Basquiat et Warhol ?
S'il existe de nombreuses peintures collaboratives entre Basquiat et Warhol détenues dans des collections privées, l'œuvre issue de leur collaboration qui a été le plus récemment sous les feux des projecteurs est le portrait de Jean-Michel Basquiat réalisé par Warhol. Le portrait a été mis en vente aux enchères chez Christie's en 2021. Le vendeur, Peter Brant, collectionneur des deux artistes, n'a certainement pas été déçu par le prix marteau final : 34 700 000 dollars. Le lot a été le plus onéreux de la vente, dépassant les estimations des maisons de ventes de près de 15 000 000 de dollars. L'identité de l'acquéreur de la peinture demeure inconnue.









