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Le top 10 des scandales du monde de l'art

Au sein des galeries et des musées, lieux empreints de solennité, se cachent des histoires fascinantes de subterfuges, de crimes et de controverses. L'art, miroir de la vie, n'est pas à l'abri de scandales, dont certains ont durablement marqué l'histoire de l'art et notre société contemporaine. Des chefs-d'œuvre volés aux doutes sur l'authenticité, en passant par les transgressions morales et les révélations inattendues, le monde des beaux-arts est familier des scandales. La rencontre entre l'art et le scandale rappelle cruellement la vulnérabilité latente du marché de l'art.

Pour les artistes, un scandale peut entraîner l'ostracisme ou, paradoxalement, un regain de notoriété et une hausse de leur valeur sur le marché. Pour les collectionneurs, ces événements peuvent engendrer des pertes financières et, dans certains cas, ternir leur réputation. L'impact le plus profond concerne sans doute la perception publique des œuvres. Si les scandales ébranlent généralement la confiance du public dans l'intégrité du monde de l'art, ils peuvent également susciter un engagement accru, ouvrant le débat sur l'authenticité, la valeur et le rôle de l'art dans la société. En explorant les 10 scandales les plus marquants, nous découvrons des récits intrigants qui ont provoqué une onde de choc à travers le milieu artistique. Ces narrations saisissantes sont aussi captivantes que les œuvres qu'elles entourent, révélant chacune la puissance et la controverse qui peuvent subsister sous le vernis de la création.

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1.

La question de l’authenticité du « Salvator Mundi »

« Salvator Mundi », une peinture du Christ attribuée à Léonard de Vinci, a été adjugée pour la somme stupéfiante de 450,3 millions de dollars lors d'une vente chez Christie's en 2017, établissant un record en tant qu'œuvre d'art la plus chère jamais vendue. L'identité de l'acquéreur, initialement tenue secrète, a été révélée plus tard comme étant celle du prince Badr ben Abdallah ben Mohammed ben Farhan Al Saoud, un membre relativement méconnu de la famille royale saoudienne. Toutefois, le New York Times a rapporté par la suite qu'il agissait en tant qu'intermédiaire pour le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, ajoutant une part d'intrigue supplémentaire à l'histoire déjà mystérieuse de l'œuvre.

Le parcours du « Salvator Mundi » a été jalonné d'incertitudes et de controverses, principalement en raison des interrogations entourant sa véritable paternité. Pendant des siècles, la peinture fut considérée comme perdue – elle réapparut au XXe siècle, mais fut attribuée à un suiveur de Léonard et vendue 45 livres sterling aux enchères en 1958. Ce n'est qu'après un processus de restauration approfondi au XXIe siècle que certains experts ont commencé à attribuer l'œuvre à Vinci lui-même, une attribution déterminante dans la flambée de sa valeur. Cependant, l'authenticité du « Salvator Mundi » en tant qu'original de Léonard fait l'objet d'un débat contentieux parmi les historiens de l'art et les experts. Certains critiques pointent du doigt des divergences dans la technique, le style et la qualité pour suggérer que la peinture ne serait pas uniquement l'œuvre de Léonard, voire pas du tout la sienne. Ils avancent que l'œuvre aurait pu être réalisée par des assistants ou des élèves, ou qu'elle pourrait être le produit d'un suiveur sans avoir été exécutée directement par la main de Léonard.

La nature secrète de la vente de cette peinture, son prix sans précédent et l'absence de consensus au sein de la communauté artistique concernant son attribution ont jeté un voile de doute persistant. La peinture a acquis une certaine infamie dans les discours contemporains, d'autant plus qu'il a été révélé qu'elle était restée accrochée sur le yacht du prince saoudien pendant plusieurs années après son acquisition.

2.

Le scandale de la galerie Knoedler

La Knoedler Gallery fut une institution artistique de premier plan dès 1846, jouissant d'une réputation prestigieuse dans le négoce d'œuvres d'art authentiques de haut vol. Toutefois, un tournant inattendu se produisit à la fin des années 1990, lorsque la galerie commença à vendre une série de peintures jusque-là inconnues, prétendument réalisées par de célèbres artistes de l'expressionnisme abstrait tels que Jackson Pollock, Mark Rothko et Robert Motherwell. Ces œuvres furent acquises par la directrice de la galerie, Ann Freedman, auprès d'une énigmatique marchande d'art nommée Glafira Rosales, qui affirmait qu'elles provenaient d'un collectionneur suisse anonyme. En réalité, il s'agissait de faux créés par un artiste chinois nommé Pei-Shen Qian.

Sur une période de 15 ans, Ann Freedman et la Knoedler Gallery ont fait fortune en vendant plus de 60 peintures contrefaites à des collectionneurs fortunés, engrangeant plus de 64 millions de livres sterling grâce à ces transactions. La galerie et Freedman ont soutenu qu'elles pensaient que les œuvres étaient authentiques, se fiant à la provenance alléguée et aux similitudes stylistiques superficielles avec les œuvres authentiques des artistes. Après 165 ans d'existence, la Knoedler Gallery a fermé ses portes en 2011 en raison du scandale, tandis que de nombreuses poursuites étaient engagées par des collectionneurs floués. Glafira Rosales a finalement plaidé coupable en 2013 d'accusations de fraude électronique, d'évasion fiscale et de blanchiment d'argent, tandis que Pei-Shen Qian a fui vers la Chine pour échapper aux poursuites. Cette affaire a fait l'objet du documentaire de Netflix Made You Look.

3.

La controverse sur la propriété des marbres d'Elgin

« Les marbres d'Elgin », également connus sous le nom de marbres du Parthénon, constituent une collection de sculptures, d'inscriptions et d'éléments architecturaux en marbre de la Grèce classique, qui faisaient originellement partie du temple du Parthénon et d'autres édifices de l'Acropole d'Athènes. Ils font l'objet d'un vif différend entre le Royaume-Uni et la Grèce depuis le début du XIXe siècle, époque à laquelle Thomas Bruce, 7e comte d'Elgin et ambassadeur britannique auprès de l'Empire ottoman (qui contrôlait alors la Grèce), a fait retirer ces œuvres entre 1801 et 1812. Les agents du comte d'Elgin ont prélevé environ la moitié des sculptures subsistantes du Parthénon, ainsi que des sculptures provenant des Propylées et de l'Érechthéion. Le comte a affirmé avoir été motivé par le souci de préserver les marbres de toute dégradation, mais ses méthodes d'acquisition et ses intentions ont fait l'objet de controverses. Elgin a par la suite vendu ces marbres au gouvernement britannique en 1816 ; ils furent alors déposés au British Museum à Londres, où ils sont toujours exposés aujourd'hui.

Le gouvernement grec, ainsi que de nombreux citoyens grecs et internationaux, réclament officiellement le retour des marbres d'Elgin en Grèce depuis 1983. Ils soutiennent que les marbres ont été retirés illégalement pendant une période d'occupation turque et qu'ils font partie intégrante de la compréhension du Parthénon, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. De plus, avec l'achèvement du musée de l'Acropole à Athènes, la Grèce affirme disposer des infrastructures nécessaires pour conserver et exposer les marbres de manière appropriée.

Le British Museum et le gouvernement britannique se sont opposés à ces demandes, soutenant que les marbres ont été acquis légalement et qu'ils sont accessibles à un public plus large au sein du British Museum. Ils font valoir que la mission du musée est de présenter ces œuvres dans le contexte de l'histoire universelle, ce qui ne pourrait être accompli si les marbres étaient restitués à la Grèce. Ce différend permanent concernant les marbres d'Elgin reflète des débats plus larges sur le patrimoine culturel, la propriété et le rapatriement des artefacts historiques.

4.

Les vols de « The Scream »

Le tableau « Le Cri » d'Edvard Munch est l'une des œuvres les plus reconnaissables de l'histoire, mais il détient également le triste privilège d'avoir été dérobé, non pas une, mais deux fois. L'artiste a en réalité créé quatre versions distinctes de cette œuvre, dont deux furent la cible de malfaiteurs. Le premier vol a eu lieu en février 1994, lors des Jeux olympiques d'hiver de Lillehammer, en Norvège, lorsque deux hommes se sont introduits par effraction à la Galerie nationale d'Oslo pour dérober la version de 1893. Les voleurs avaient laissé un mot ironique : « Merci pour votre piètre sécurité ». Après que le musée a refusé de payer une rançon, la police norvégienne, avec l'aide de détectives britanniques, a mené une opération coup de poing et a réussi à récupérer la toile plus tard cette même année. Bien que le tableau ait été endommagé en raison du traitement brutal subi lors du vol, il a pu être restauré avec succès par le musée.

Le second vol est survenu en août 2004, lorsqu'une autre version du Cri – accompagnée du tableau de Munch intitulé Madonna – a été dérobée au Musée Munch, également à Oslo. Des hommes armés et masqués ont fait irruption dans le musée en plein jour, menaçant les gardiens et les visiteurs avec des armes de poing avant d'arracher violemment les tableaux des murs pour s'enfuir à bord d'un véhicule. Les œuvres n'étaient pas protégées par des vitres, le musée s'apprêtant à les transférer vers un lieu plus sûr. Deux ans plus tard, la police norvégienne a retrouvé les deux œuvres. Cependant, tout comme lors du premier incident, les peintures avaient subi des dommages, mais elles ont été restaurées puis remises en exposition.

Ces vols retentissants illustrent l'attrait et la valeur marchande d'œuvres de premier plan comme Le Cri sur le marché noir, et soulignent, plus encore, l'importance de mesures de sécurité rigoureuses dans les musées et galeries, quel que soit le niveau de sécurité du pays qui les abrite.

5.

La mort d'Ana Mendieta

Ana Mendieta, artiste cubano-américaine reconnue pour son travail dans les domaines de la performance, de la sculpture, de la photographie et de la vidéo, est décédée tragiquement dans des circonstances controversées le 8 septembre 1985. Elle a fait une chute depuis la fenêtre de son appartement situé au 34e étage à New York, et son époux, le sculpteur minimaliste Carl Andre, a été accusé de son meurtre. Le soir de sa mort, des voisins ont rapporté avoir entendu une vive dispute dans l'appartement, suivie des cris d'une femme s'écriant « Non, non, non, non », avant la chute de Mendieta. Andre a initialement déclaré à la police qu'ils s'étaient disputés, avant de prétendre plus tard que Mendieta avait glissé et était tombée par la fenêtre. Durant le procès d'Andre, la défense a soutenu que Mendieta souffrait de dépression et a suggéré qu'elle aurait pu sauter. À l'inverse, l'accusation a maintenu qu'Andre l'avait poussée par la fenêtre au cours d'une dispute sur fond d'ébriété. Dans une décision controversée, Andre a été acquitté de tous les chefs d'accusation en 1988.

La mort de Mendieta et l'acquittement d'Andre qui a suivi ont fait l'objet de débats et de manifestations persistants au sein du monde de l'art. Au fil des années, de nombreux artistes et militants, dont le groupe d'art féministe Guerrilla Girls, ont organisé des protestations et des actions pour sensibiliser l'opinion publique à la mort de Mendieta et aux dynamiques de genre à l'œuvre dans le milieu artistique. La mort prématurée de Mendieta et les circonstances qui l'entourent demeurent une part essentielle de son héritage, au même titre que son œuvre influente.

6.

La fraude Inigo Philbrick

Le jeune marchand d'art Inigo Philbrick fut un temps une étoile montante du marché de l'art. Il a débuté sa carrière au sein de la prestigieuse galerie londonienne White Cube, avant d'ouvrir avec ambition ses propres galeries à Londres et à Miami à l'âge de 24 ans seulement. L'ascension de Philbrick fut toutefois ternie par des manœuvres frauduleuses : il a falsifié des centaines de transactions, gonflant artificiellement les évaluations et revendant les mêmes œuvres à plusieurs acheteurs différents.

Philbrick a été reconnu coupable d'avoir orchestré des montages financiers complexes, tels que des prêts et des garanties, pour obtenir des œuvres, avant de revendre ou de mettre en gage ces mêmes pièces auprès de divers investisseurs, souvent à des prix surévalués. Dans un cas célèbre, Philbrick a vendu une part de 50 % d'une peinture de Jean-Michel Basquiat à plusieurs investisseurs, cumulant ainsi plus de 100 % des parts de propriété. Ce stratagème élaboré lui a permis d'obtenir des millions de dollars d'investissements, mais a fini par entraîner la faillite de ses galeries et sa condamnation à sept ans de prison en 2022.

7.

L'arrestation d'Ai Weiwei

Ai Weiwei, l'un des artistes contemporains et activistes politiques les plus célèbres de Chine, a été arrêté par les autorités chinoises le 3 avril 2011. Son arrestation a été largement perçue comme faisant partie d'une répression plus vaste contre la dissidence en Chine, tout particulièrement après les appels en ligne à une « révolution » dans le sillage du Printemps arabe. Les autorités n'ont initialement pas divulgué les raisons de sa détention, avant d'accuser Ai d'évasion fiscale, de bigamie et de diffusion d'images indécentes sur Internet. Les soutiens de l'artiste ont toutefois perçu ces charges comme étant avant tout motivées par des raisons politiques et comme une tentative de réduire au silence les critiques virulentes d'Ai à l'égard du gouvernement chinois.

L'arrestation d'Ai a provoqué un tollé international, divers gouvernements et organisations de défense des droits de l'homme exigeant sa libération. Après 81 jours de détention, il a été libéré sous un régime de liberté sous caution strict, assorti de limitations de ses déplacements et d'une interdiction de s'adresser aux journalistes ou d'utiliser les réseaux sociaux. Au cours des années suivantes, Ai a continué à critiquer ouvertement le gouvernement chinois tout en créant des œuvres abordant les thèmes de la liberté d'expression, des droits de l'homme et de l'oppression politique. L'arrestation d'Ai et les œuvres qu'il a réalisées par la suite ont attiré davantage l'attention internationale sur les questions de censure et de répression politique en Chine.

8.

La controverse sur le droit d'auteur entourant Richard Prince

Richard Prince, peintre et photographe américain, est reconnu pour son travail dans le domaine de l'« art d'appropriation ». Il a été impliqué dans plusieurs procès très médiatisés pour violation de droits d'auteur, dont le plus célèbre concerne une série d'œuvres qu'il a intitulée Canal Zone. Cette série reposait sur l'utilisation par Prince de photographies extraites d'un livre du photographe français Patrick Cariou, qu'il avait modifiées en y ajoutant des éléments artistiques. Présentées comme ses propres créations, ces œuvres ont été exposées et vendues pour des montants considérables.

En 2009, Cariou a poursuivi Prince pour violation du droit d'auteur. Dans un premier temps, un tribunal de district américain a statué en faveur de Cariou en 2011, estimant que le travail de Prince ne constituait pas un « usage loyal » (fair use). Cependant, cette décision a été partiellement infirmée par une cour d'appel en 2013, laquelle a jugé que 25 des 30 œuvres de la série Canal Zone étaient protégées par le principe de l'usage loyal, au motif qu'elles présentaient une esthétique nouvelle et revêtaient un caractère transformatif. Le dossier concernant les cinq œuvres restantes a été renvoyé devant le tribunal de district pour réexamen, mais Prince et Cariou sont parvenus à un accord amiable avant qu'une décision ne soit rendue.

En 2014, l'artiste a de nouveau soulevé des questions sur la nature de l'art, le droit d'auteur et la vie privée avec sa série « New Portraits ». Pour ces œuvres, Prince a effectué des captures d'écran de photos Instagram appartenant à des tiers sans leur autorisation, y a ajouté ses propres commentaires, puis a imprimé les images sur de grandes toiles. Ces portraits incluaient aussi bien des images de personnalités célèbres que celles d'utilisateurs d'Instagram moins connus. Les œuvres ont été exposées à la Gagosian Gallery à New York et vendues pour des sommes importantes, atteignant, selon certaines sources, 100 000 dollars, sans aucune compensation pour les utilisateurs d'origine.

Outre les questions de droit d'auteur, cette série a suscité une controverse liée au consentement et à la monétisation des contenus issus des réseaux sociaux. Plusieurs des personnes dont les photos ont été utilisées ont exprimé leur indignation, tant face à l'appropriation de leurs images sans autorisation que devant le fait qu'elles soient vendues pour des sommes substantielles sans aucune contrepartie financière. Prince a défendu sa démarche en arguant que les images étaient, par essence, publiques puisqu'elles avaient été publiées sur une plateforme de réseau social accessible au public. Il a également soutenu que ses ajouts – principalement sous forme de commentaires – transformaient suffisamment les images pour les qualifier d'œuvres nouvelles, un principe qui bénéficie d'une certaine reconnaissance juridique dans le cadre du droit d'auteur relatif au « fair use », tout du moins aux États-Unis. En 2023, deux plaignants ont remporté des premières victoires contre l'artiste, bien que la suite de l'affaire reste à déterminer.

La carrière de Prince a mis en lumière les frontières ténues entre l'art d'appropriation et la violation du droit d'auteur, et a eu des répercussions majeures pour les artistes utilisant des techniques similaires.

9.

L'épidémie de faux Modigliani

L'œuvre d'Amedeo Modigliani, artiste italien du début du XXe siècle célèbre pour ses portraits et sculptures aux lignes étirées et languissantes, a fait l'objet d'un nombre prolifique de contrefaçons. Celles-ci, largement diffusées, ont trompé des collectionneurs, des musées et des maisons de ventes aux enchères à travers le monde. Plusieurs raisons expliquent pourquoi le travail de Modigliani est particulièrement exposé au faux : son style distinctif est relativement aisé à reproduire comparé à celui d'autres artistes, et le fait qu'il n'ait pas connu de succès commercial de son vivant l'a conduit à ne jamais tenir d'inventaire de ses œuvres, rendant ardue l'authentification des pièces originales. De plus, il avait coutume d'échanger ses œuvres contre des repas ou un logement, créant ainsi une provenance dispersée qu'exploitent les faussaires.

L'un des scandales les plus marquants impliquant des faux de Modigliani a éclaté en 2017 en Italie, lorsqu'une exposition au Palazzo Ducale de Gênes a présenté 21 prétendues œuvres de l'artiste à l'authenticité douteuse. Après que plusieurs critiques d'art et experts eurent exprimé leurs doutes, le groupe des Carabiniers spécialisé dans la répression des fraudes artistiques a saisi les œuvres et conclu à leur caractère apocryphe.

En raison de la prévalence des faux Modigliani, le marché de ses œuvres a été affecté et les acheteurs potentiels font preuve d'une grande prudence. Certains experts estiment qu'un cinquième des œuvres attribuées à Modigliani pourraient être des faux, illustrant ainsi la problématique plus large de la contrefaçon dans l'art et l'importance cruciale de la recherche de provenance ainsi que de l'analyse technique dans l'authentification des œuvres.

10.

#MeToo et le monde de l'art

Depuis ses débuts en 2017, le mouvement #MeToo a agi comme un catalyseur de changement en dénonçant le harcèlement et les agressions sexuelles dans de nombreux secteurs, y compris celui du marché de l'art. Comme dans d'autres domaines, le mouvement a révélé de multiples cas de comportements inappropriés et d'abus de pouvoir au sein de la communauté artistique, touchant artistes, commissaires d'exposition et administrateurs, et impliquant des personnalités de premier plan. À titre d'exemple, Knight Landesman, éditeur du magazine Artforum, a démissionné en 2017 après que plusieurs femmes l'ont accusé de harcèlement sexuel. Dans une autre affaire médiatisée, le photographe Nicholas Nixon a pris sa retraite du Massachusetts College of Art and Design suite aux plaintes d'étudiants concernant des comportements inappropriés. Plus récemment, le galeriste allemand Johann König a été accusé d'inconduite sexuelle par dix femmes, poussant plusieurs artistes à quitter sa galerie autrefois prestigieuse.

Toutefois, l'impact du mouvement #MeToo dans le monde de l'art ne se limite pas à ces cas individuels. Il a suscité une réévaluation de certains artistes et de leur œuvre ; des créations autrefois acceptées ou célébrées sont aujourd'hui réexaminées à l'aune des comportements problématiques de leurs auteurs, soulevant des questions complexes sur la manière dont ces œuvres doivent, ou non, être exposées. Cette situation a affecté l'héritage de plusieurs artistes majeurs, dont Chuck Close et Pablo Picasso.

Par ailleurs, le mouvement a encouragé des appels en faveur d'une représentation plus équitable dans le milieu de l'art qui, à l'instar de nombreuses industries, a longtemps été dominé par des hommes occupant des postes à responsabilité. Cela inclut non seulement une volonté d'accroître la présence des femmes artistes, mais aussi de promouvoir davantage de femmes à des postes de direction au sein des musées et des galeries.

Scandales récents

Le scandale des faux Banksy

Les œuvres de Banksy, l'insaisissable artiste de rue britannique connu pour ses créations provocatrices et politiquement engagées, sont au cœur d'un vaste scandale de faussaires qui s'étend à travers l'Europe. En novembre 2024, plus de 2 000 contrefaçons d'œuvres de Banksy ont été saisies dans le cadre d'une enquête coordonnée par les autorités italiennes, notamment le bureau du procureur de Pise et l'unité de protection du patrimoine culturel des Carabiniers, avec le soutien d'Eurojust, l'agence de coopération judiciaire de l'Union européenne. Nombre de ces faux portaient le tampon « Dismaland », en référence au parc d'attractions dystopique créé par l'artiste au Royaume-Uni en 2015.

L'opération a mis au jour un réseau sophistiqué de faussaires impliquant des ateliers en Italie ainsi que dans d'autres pays européens, tels que l'Espagne, la France et la Belgique. Les enquêteurs ont établi un lien entre ce réseau et des maisons de ventes aux enchères ainsi que des expositions complices, utilisées pour légitimer et vendre les fausses œuvres. Par ailleurs, des milliers de faux certificats et de tampons d'authenticité ont été découverts. Stefano Antonelli, directeur de la Banksy Study Centre and Archive Foundation, a joué un rôle déterminant dans l'identification des pièces contrefaites, en préparant des rapports détaillés destinés aux procédures judiciaires. Tandis que l'enquête se poursuit, cette affaire souligne la vulnérabilité du marché de l'art et l'importance de méthodes d'authentification rigoureuses pour l'art contemporain.

Le vol des estampes d'Andy Warhol

La série « Reigning Queens » d' Andy Warhol, un ensemble de sérigraphies signées de 1985 représentant des monarques, dont la reine Elizabeth II, a été au centre d'un vol d'œuvres raté aux Pays-Bas. Début novembre 2024, des malfaiteurs ont utilisé un engin explosif pour s'introduire dans la MPV Gallery à Oisterwijk, dérobant quatre rares estampes « diamond-dusted » qui devaient être exposées à la foire PAN Amsterdam. Le vol a rapidement tourné court : deux estampes ont été abandonnées sur le bord de la route car endommagées, et les deux autres — trop encombrantes pour le véhicule de fuite — ont été découpées de leurs cadres, probablement de manière irrémédiable. Les experts estiment que ce vol n'était pas l'œuvre de professionnels et que les pièces, dûment documentées et numérotées, sont désormais invendables. Cet incident met en lumière les risques associés au stockage et à l'exposition d'œuvres délicates, soulignant les défis que représente la protection d'œuvres de grande valeur face à des voleurs peu préparés. Malgré l'arrestation d'un suspect et la récupération d'un engin explosif, le sort des estampes volées demeure incertain, soulevant des inquiétudes quant à la manipulation et à la sécurité de chefs-d'œuvre iconiques.

L'avenir du marché de l'art

Le monde de l'art, malgré toute sa grandeur esthétique et sa puissance intellectuelle, n'est pas à l'abri des controverses et des scandales. Qu'il s'agisse de cas flagrants de contrefaçon et de vol, d'accusations de mauvaise conduite sexuelle ou de débats sur l'appropriation culturelle, ces incidents nous rappellent avec force les intersections entre l'art, le pouvoir et l'éthique. Ils nous poussent à interroger l'authenticité, la légalité et la moralité au sein du domaine créatif, tout en soulignant le parcours souvent complexe et tendu qu'une œuvre peut effectuer avant d'être offerte au regard du public. À l'avenir, il est essentiel que la transparence, la responsabilité et le respect des frontières, tant culturelles que personnelles, guident notre manière de créer, d'acheter, de vendre et d'apprécier les œuvres. Ce faisant, nous pouvons espérer un monde de l'art moins en proie aux scandales et davantage concentré sur sa raison d'être fondamentale : la célébration et l'exploration de la créativité humaine.

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