Depuis ses premières expérimentations avec la camera obscura et la camera lucida jusqu’à ses peintures sur iPad, la technologie a largement soutenu l'engagement de longue date de Hockney envers la perception humaine.
Ce printemps et cet été, l'usage de la technologie par Hockney fait l'objet d'une exposition inédite, Hockney’s Eye, présentée simultanément au Fitzwilliam Museum et à la Heong Gallery de Cambridge. Dans une confrontation saisissante avec des figures telles qu’Andy Warhol, Claude Monet et John Constable, les œuvres novatrices de Hockney sont exposées aux côtés de celles du canon de l'histoire de l'art auxquelles elles font référence.
Qu'est-ce qui rend cette exposition unique ? C'est la première à explorer l'image et la création picturale à travers le regard de Hockney, en mettant en lumière des portraits, des paysages, des perspectives divergentes sur la perspective, ainsi qu'une authentique camera obscura.
Voici un aperçu de l'utilisation de la technologie par Hockney tout au long de sa carrière.
Quelle technologie David Hockney utilise-t-il pour créer ses œuvres ?
Tout au long de sa longue et féconde carrière d’artiste, Hockney, originaire du Yorkshire, a adopté une grande variété de technologies analogiques et numériques, les utilisant comme autant de moyens d'étendre le potentiel sensoriel et créatif de son atout le plus précieux : son regard.
L'appareil photographique et David Hockney
En 1964, attiré par le glamour d'Hollywood et lassé de Londres, Hockney installe son domicile et son atelier à Santa Monica, en Californie. Il compare alors son déménagement à celui de Van Gogh en 1888, lorsqu'il quitta Paris pour Arles.
Les États-Unis ne lui apportèrent pas seulement des boissons abordables et un ensoleillement généreux : ils firent découvrir à Hockney l'appareil photo Polaroid.
L'artiste avait déjà eu recours à la photographie par le passé ; toutefois, il soutenait que les photographies traditionnelles « n'avaient pas vraiment de vie, contrairement au dessin ou à la peinture ». Dans les années 1980, Hockney commença à utiliser le Polaroid pour créer des collages photographiques qu'il baptisa « joiners ».
S'affranchissant des règles optiques traditionnelles et capturant une multitude de perspectives simultanées, Hockney a utilisé le Polaroid pour concevoir les séries Composite Polaroid (1982) et Photo Collage (1983), qui comprennent chacune des exemples remarquables de ces « joiners ».
L'utilisation par Hockney du Quantel Paintbox et du Xerox
Dès 1986, Hockney commence à expérimenter le Quantel Paintbox : une station de travail dédiée à l'infographie utilisée dans les studios de télévision et de création graphique. Évoquant le Paintbox, Hockney déclarait à l'époque : « Je peins avec de la lumière sur du verre. Le seul équivalent permettant d'obtenir de telles couleurs serait le vitrail. »
Peu après, Hockney s'est tourné vers le photocopieur Xerox, qu'il a utilisé pour créer sa série Home Made Prints.
La chambre noire et la chambre claire : Hockney et les Maîtres anciens
Dans son ouvrage Secret Knowledge: Rediscovering the lost techniques of the Old Masters (2001), David Hockney avance une thèse audacieuse : l'art occidental dépendrait de la technologie depuis plus de 400 ans. Selon lui, cette dépendance aurait engendré une « culture de la caméra » bien avant l'invention de la photographie.
Pour reprendre ses propres termes, l'idée de Hockney « a commencé par une intuition » ; plus précisément, lors d'une visite à la National Gallery de Londres en 1999.
En observant les dessins que le peintre néoclassique Jean-Auguste-Dominique Ingres a réalisés de touristes anglais en route pour Rome lors de leur Grand Tour, Hockney est frappé par leur précision et leur format extrêmement réduit. Il acquiert rapidement la conviction qu'Ingres les a calqués en s'appuyant sur des outils technologiques.
Lorsqu'un artiste dessine le portrait d'un modèle, explique Hockney, il pratique ce qu'il appelle l'« eyeballing » (le dessin à l'œil). Ce terme désigne la coordination de la main et de l'œil pour tenter de recréer une ressemblance et d'être « fidèle au réel » tel qu'il est perçu. Hockney était convaincu qu'en réalisant ces images, Ingres n'avait pas eu recours à cette technique apparemment universelle.
En 2000, Hockney approfondit ses réflexions et commence à créer ce qu'il baptise The Wall : un immense assemblage d'images retraçant le développement de l'art occidental. Ce mur s'étendait des mosaïques byzantines du XIIe siècle, dites « pré-optiques », jusqu'au XIXe siècle avec les œuvres de Vincent van Gogh.
Plus tard, avec l'aide du physicien Charles M. Falco, Hockney révise sa théorie. Falco soutient que l'utilisation de miroirs concaves par des peintres du XVe siècle, comme le maître hollandais Jan van Eyck, prouve que les artistes utilisaient des dispositifs optiques bien avant la Renaissance, et ce, dès 1420.
Ensemble, ils développent ce qui sera nommé la thèse Hockney-Falco. Celle-ci postule que les avancées en matière de précision et de réalisme depuis la Renaissance sont le résultat direct d'instruments optiques, tels que la camera lucida : une lentille optique qui projette une vue détaillée d'un sujet dans l'œil de l'artiste.
Hockney ne s'est pas arrêté à la théorie. Il souhaitait savoir exactement ce que ressentaient les Maîtres anciens en utilisant ces technologies optiques.
En 2000, Hockney se procure une camera lucida et réalise une série de plus de 2 000 dessins, qu'il intitule Camera Lucida Drawings. Cette série comprend des portraits d'amis, comme Don Bachardy (Don Bachardy. Los Angeles, 28th July 1999), et même des agents de sécurité de la National Gallery (12 Portraits After Ingres In A Uniform Style, 1999-2000).

Hockney et l'iPad
Il y a 12 ans, Hockney a suscité une attention mondiale pour son utilisation d’une technologie que nous utilisons tous quotidiennement : le smartphone.
Grâce à l’application Brushes, Hockney a commencé à réaliser des images avec ses pouces.
En 2010, Apple a lancé le premier iPad et la technique de création d’images de Hockney a été transformée une fois de plus. À l’aide d’un stylet, Hockney a utilisé l’iPad pour composer des œuvres saisissantes aux couleurs audacieuses. Avec l’iPad, Hockney a créé sa série mondialement célèbre, « The Yosemite Suite ». Malgré sa bidimensionnalité, ce nouveau médium a permis à Hockney de représenter la texture et la profondeur du monde naturel. La série « The Digital Drawings » a également été créée avec l’iPad.
Commentant ce tournant technologique dans sa carrière, Hockney a un jour déclaré : « Ce médium présentait un avantage considérable, car il est rétroéclairé et je pouvais dessiner dans le noir. Je n’avais jamais besoin de sortir du lit ».
En 2020, Hockney a publié ses dessins sur iPhone et iPad dans un livre en édition limitée, My Window, publié par Taschen.











