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Les techniques de Jasper Johns

Liv Goodbody
écrit par Liv Goodbody,
Dernière mise à jour9 Jan 2026
7 min de lecture
Comment Johns créait-il ses œuvres ?
Des formes abstraites et imbriquées dans différentes couleurs et motifsGreen Angel © Jasper Johns 1991
Jess Bromovsky

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Jasper Johns

Jasper Johns

139 œuvres

Points clés

L'œuvre de Jasper Johns représente une exploration approfondie des techniques artistiques qui ont durablement marqué l'art du XXe siècle. Son usage novateur de la peinture à l'encaustique, associé à des approches pionnières en matière d'estampes et de sculpture, lui a permis de transformer des symboles du quotidien en œuvres complexes et stimulantes. Son art nous invite à explorer l'interaction entre la matière et le sens, remettant en question les processus artistiques traditionnels et offrant des manières uniques d'appréhender des images familières.

Jasper Johns s'impose comme une figure majeure de l'art du XXe siècle, reconnu pour ses contributions au Néo-Dada comme au Pop Art. Apparu à une èpoque où l'l'Expressionnisme Abstrait dominait la scène artistique de New York, Johns a apporté une perspective nouvelle en transformant des symboles du quotidien en déclarations artistiques profondes. Son expérimentation avec différents supports, notamment la peinture et l'estampe, a révolutionné l'art moderne. Johns n'a pas seulement créé des œ;uvres ; il a réimaginé le processus, incitant les spectateurs à regarder le familier sous un angle plus critique et stimulant.

1.

Peinture à l'encaustique : la technique signature de Johns

L'usage innovant de la peinture à l'encaustique par Johns constitue l'une des caractéristiques les plus déterminantes de son héritage artistique. L'encaustique, un médium qui combine le pigment avec de la cire chauffée, a permis à Johns d'explorer à la fois l'immédiateté et la durabilité de la peinture d'une manière que l'huile ou l'acrylique traditionnels ne pouvaient offrir. Le temps de séchage rapide de l'encaustique a préservé la texture des coups de pinceau de Johns, lui permettant de saisir l'acte physique de peindre comme une composante centrale de son œuvre. Cette approche a créé une surface riche et texturée, comme on le voit dans son emblématique Flag (1954-55), où la qualité épaisse et tactile de la cire confère à l'œuvre une dimension sculpturale, faisant de la surface elle-même un sujet de contemplation.

Dans Flag, l'emploi de l'encaustique par Johns n'était pas un simple choix technique, mais un effort délibéré pour mettre en avant la matérialité de son art. En intégrant des bandes de papier journal et de tissu sous les couches de cire, il a accentué la profondeur et la texture de l'œuvre, mêlant l'imagerie familière du drapeau américain à des éléments abstraits de collage et d'assemblage. Les fragments visibles de texte et de matériaux servent de rappels subtils du processus derrière la pièce, encourageant les spectateurs à considérer non seulement l'image elle-même, mais aussi la construction du tableau. La cire, par sa translucidité et son épaisseur, a permis à Johns de révéler les couches situées sous la surface, créant une profondeur visuelle tout en brouillant la frontière entre peinture et objet. La technique de l'encaustique lui a permis de capturer le temps lui-même ; figeant la fluidité de ses coups de pinceau dans la permanence, tout en faisant de la surface une partie active du sens de l'œuvre.

Superpositions et Éléments de Collage

La physicalité des œuvres de Johns, amplifiée par les éléments de collage intégrés, reflétait son engagement envers le monde matériel. En incorporant ces fragments du quotidien – journaux, morceaux de tissu, ou autres objets – il a imprégné ses peintures d'un sentiment d'histoire, de temps et de contexte. Les couches de cire agissaient à la fois comme un voile et une fenêtre, masquant et révélant simultanément les matériaux sous-jacents, ce qui invitait les spectateurs à appréhender l'œuvre à plusieurs niveaux. Cette pratique de superposition servait de métaphore à l'intention artistique plus large de Johns : remettre en question la nature de la représentation et explorer comment les objets, les symboles et les images coexistent dans un espace à la fois abstrait et littéral. En encastrant ces éléments dans la surface, Johns a déstabilisé les notions traditionnelles de ce qui constitue une peinture, transformant chaque œuvre en un jeu dynamique de texture, de symbole et de médium.

2.

Estampe : Les innovations de Jasper Johns en lithographie, eau-forte et procédé d'impression en creux

Lithographie

Au début des années 1960, la lithographie est devenue un médium essentiel pour Johns, lui offrant une nouvelle voie pour revoir et réinventer ses motifs emblématiques : les cibles, les drapeaux et les chiffres. La lithographie, un procédé qui consiste à dessiner avec un médium gras sur une pierre ou une plaque métallique, a permis à Johns d'atteindre une précision et une clarté difficiles à obtenir en peinture. Si ses peintures étaient souvent saluées pour leurs surfaces épaisses et texturées, la lithographie a introduit une planéité contrastée qui a permis à Johns de jouer avec la forme et le contenu de manières nouvelles. Ce médium s'est avéré parfaitement adapté à son exploration de la répétition et de la variation, où de subtils changements de tons et de lignes pouvaient modifier radicalement l'impact d'images familières. Pour un artiste si profondément engagé dans la tension entre représentation et abstraction, la lithographie est devenue plus qu'un simple processus technique ; ce fut un outil conceptuel lui permettant de recadrer son langage artistique dans un médium qui excellait dans la précision, l'expérimentation et l'itération.

Série 0 Through 9 (Années 1960)

L'un des exemples les plus emblématiques de l'engagement de Johns avec la lithographie est sa série 0 Through 9. Dans cette série, Johns superpose les chiffres zéro à neuf, créant un jeu dynamique de formes et de transparence. Le chevauchement de ces symboles simples et quotidiens les transforme en compositions abstraites complexes où les frontières entre les chiffres se brouillent et se déplacent. Le processus lithographique a permis à Johns de manipuler ces couches avec une subtilité extraordinaire ; chaque chiffre interagissant avec les autres d'une manière à la fois structurée et chaotique, incarnant la fascination de Johns pour l'équilibre entre l'ordre et la complexité.

Eau-forte et Taille-douce

La maîtrise de Johns en matière d'estampes s'étendait au-delà de la lithographie pour inclure l'eau-forte et la taille-douce, des techniques qui nécessitent de graver ou d'inciser des motifs sur des plaques métalliques. Ces médiums, réputés pour leur précision exigeante, ont permis à Johns d'explorer davantage les nuances de la ligne, de la texture et du ton. L'eau-forte et la taille-douce ont conféré une qualité tactile, presque sculpturale, à ses estampes, où la profondeur de chaque incision et les fines gradations de l'encre pouvaient évoquer un sentiment de tridimensionnalité sur un plan bidimensionnel.

Série Catenary (1999)

La série Catenary illustre l'utilisation de la taille-douce par Johns pour explorer l'abstraction et la géométrie de manière nouvelle et profonde. Le terme « caténaire » fait référence à la courbe formée par une chaîne ou un câble suspendu, et Johns a utilisé ce concept pour créer une tension formelle entre le géométrique et l'organique, le rigide et le fluide. Les lignes précises des courbes caténaires, contrastant avec les textures rugueuses créées par la taille-douce, généraient un rythme visuel qui faisait écho à ses expériences avec le hachurage croisé et d'autres formes de motifs répétés.

Hachurage Croisé

Dans les années 1970, Johns a introduit un nouveau motif visuel dans son œuvre : le hachurage croisé. Ce motif complexe de lignes qui se croisent, d'abord développé dans ses peintures, est également devenu une caractéristique récurrente de ses estampes. La géométrie rigide des lignes créait une structure sous-jacente, mais la manière imprévisible dont elles s'entrecroisaient introduisait un élément d'erratisme.

Le motif du hachurage croisé est devenu un moyen pour Johns d'examiner la tension entre contrôle et spontanéité, un thème central de son travail. La précision des lignes suggère une planification méticuleuse, mais l'effet global semble presque organique, comme si la composition grandissait ou évoluait en temps réel. Cette technique a ajouté à la fois mouvement et texture à ses estampes, créant une profondeur qui transcendait la planéité du médium. Le hachurage croisé a permis à Johns de remettre en question la perception de l'espace et de la structure chez le spectateur, le poussant à naviguer sur la ligne ténue entre abstraction et ordre qui définit une grande partie de son œuvre.

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3.

Sculpture et techniques mixtes : les œuvres tridimensionnelles de Johns

Bien que Johns soit souvent célébré pour ses contributions à la peinture et à l'estampe, ses incursions dans la sculpture et les techniques mixtes témoignent d'un niveau d'innovation et de profondeur conceptuelle tout aussi impressionnant. Johns abordait la sculpture avec la même curiosité et la même rigueur qui définissaient ses autres pratiques, utilisant le moulage et l'assemblage pour explorer les thèmes de la réplication, de la matérialité et de la perception. Johns employait fréquemment des matériaux tels que le plâtre, le métal et des objets du quotidien pour créer des sculptures qui faisaient écho à ses œuvres bidimensionnelles, mais avec une insistance accrue sur la physicalité. Ce faisant, il questionnait l'authenticité et l'originalité de l'art, s'engageant dans un dialogue avec des mouvements artistiques antérieurs comme le Dada et le Surréalisme, qui interrogeaient également le rôle des objets reconnaissables et des processus mécaniques dans l'art.

L'assemblage, une technique qui consiste à rassembler et à agencer des matériaux disparates, est devenu un autre aspect clé de la pratique sculpturale de Johns. Tout comme dans son utilisation du collage dans les œuvres bidimensionnelles, l'assemblage permettait à Johns de juxtaposer des éléments d'une manière qui créait de nouveaux sens par leur combinaison. Les objets du quotidien étaient transformés par leur inclusion dans un contexte artistique, et en intégrant des éléments familiers tels que des boîtes de conserve, des drapeaux ou des outils, Johns jouait avec les attentes du spectateur, transformant des objets ordinaires en sujets artistiques. Ses sculptures existent donc à l'intersection du personnel et de l'universel, du fonctionnel et du symbolique.

Bronze peint (1960)

L'une des sculptures les plus emblématiques de Johns, Bronze peint (1960), illustre son approche du moulage et son engagement conceptuel avec les thèmes de la réplication et de la réalité. L'œuvre se compose de deux moulages en bronze peints de boîtes de bière Ballantine, placés côte à côte. En surface, la sculpture semble être un hommage simple, presque ludique, aux objets du quotidien, mais elle fonctionne à plusieurs niveaux conceptuels. En moulant ces boîtes en bronze, un matériau traditionnellement associé à la sculpture monumentale et au « high art », Johns élève un article humble et produit en série au statut de belle œuvre d'art. L'acte de peindre les boîtes pour qu'elles ressemblent à leurs homologues réelles brouille davantage la frontière entre représentation et réalité. Dans le même temps, Bronze peint s'inscrit dans le contexte historique dans lequel Johns travaillait. La sculpture peut être considérée comme un commentaire sur l'héritage des « readymades » de Marcel Duchamp, qui prenaient de manière similaire des objets du quotidien et les recontextualisaient en tant qu'art.

Dans Bronze peint, Johns commente la commercialisation de l'art. Les boîtes de bière Ballantine, symboles de la culture de consommation américaine, sont placées dans l'espace feutré de la galerie, suscitant des questions sur la valeur, la marchandisation et la relation de l'art à la vie quotidienne. En coulant un article produit en série dans un médium très traditionnel et exigeant en main-d'œuvre comme le bronze, Johns attire l'attention sur les contradictions inhérentes à la fois à l'art et au commerce.

Le parcours artistique de Johns témoigne du pouvoir de réinventer ce qui est familier. Grâce à son utilisation novatrice de la peinture à l'encaustique, de l'estampe et des techniques mixtes, Johns a mis les spectateurs au défi de regarder au-delà de la surface des symboles et des matériaux quotidiens, les transformant en déclarations provocatrices sur la perception, le temps et le processus créatif. Ses œuvres, qu'il s'agisse de peintures, de lithographies ou de sculptures, révèlent une curiosité durable pour le monde qui l'entoure et les manières dont nous l'interprétons. En superposant le sens, littéralement et figurativement, Johns nous invite à considérer comment l'art existe non seulement comme un objet, mais comme une conversation continue entre l'artiste, le matériau et le spectateur. Son héritage réside dans sa capacité à brouiller les frontières, repoussant les limites de ce que l'art peut être et de la manière dont il peut être expérimenté.