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Portraits de platine : l'image d'Elizabeth II

Vivre au Royaume-Uni signifie qu'il est impossible d'échapper à l'image de la reine Elizabeth II. Des billets de banque aux timbres, en passant par les portraits royaux de commande, son effigie fait tout autant partie du quotidien que votre café du matin.

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Le portrait royal s'inscrit dans une tradition politique et historique de longue date, utilisée pendant des siècles pour capturer et immortaliser la monarchie. Au-delà de cela, en tant que modèle, la reine Elizabeth était une figure véritablement fascinante.

Une certaine réserve, un secret empreint de dignité, ont défini sa représentation tout au long de sa vie. Belle et royale, certes, mais ce qui a attiré les artistes et les spectateurs, maintes et maintes fois, c'est l'attrait de ce qui se cache derrière l'image projetée par la reine Elizabeth. C'est le mystère de ce qu'elle semblait nous dissimuler, et la perspective d'entrevoir la véritable personne derrière le titre.

Le visage de la reine Elizabeth fait indiscutablement partie du quotidien des Britanniques, et les innombrables interprétations réalisées par les artistes tout au long du règne de Sa Majesté en ont fait, sans doute, le plus reconnaissable. En mémoire de Sa Majesté, décédée en septembre 2022, et en réfléchissant à son jubilé de platine plus tôt cette même année, nous examinons comment les artistes ont capturé ses traits et explorons l'évolution du marché de ces portraits, tant au lendemain de sa disparition que dans les années qui ont suivi.

Andy Warhol, « Queen Elizabeth II », 1985

Andy Warhol a affirmé vouloir devenir un jour « aussi célèbre que la reine d'Angleterre ». Fasciné par l'attrait du pouvoir et de la célébrité, on comprend aisément pourquoi. Issue de sa série de 1985 Reigning Queens, l'œuvre Queen Elizabeth II a été créée par l'artiste à partir d'un portrait royal de 1977, initialement commandé pour célébrer le jubilé d'argent de la souveraine.

Acquise par la Royal Collection en 2012, cette édition particulière joue sur la palette chromatique du Union Jack, reliant ainsi la monarque à sa nation. Cependant, quatre autres déclinaisons la représentent en rose vif et violet, dans la droite lignée de l'héritage du Pop Art. Ce qui est essentiel ici, c'est que Warhol a essentiellement réservé à la reine Elizabeth le traitement accordé à Marilyn Monroe, la capturant dans un instant de jeunesse suspendue grâce à des méthodes d'impression industrielles, la réduisant ainsi au rang d'image consommable.

Il aborde la reine en tant que célébrité plutôt qu'en tant que monarque de droit divin, choisissant de souligner l'importance de son image et sa reproductibilité plutôt que la personne derrière celle-ci. Et rappelons-le, ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Pour un artiste américain comme Warhol, la reine ne représente guère plus que son personnage public. En tant que figure emblématique, elle est une personnalité publique, une célébrité parmi tant d'autres — stars de cinéma, musiciens ou politiciens — qui mérite un traitement artistique en adéquation avec ce statut.

Magnifique portrait, « The Queen » de Damien Hirst
« Beautiful Portrait, The Queen » © Damien Hirst et Science Ltd. 2014

Damien Hirst, « Beautiful Portrait, The Queen », 2014

Désormais qualifié de portrait « secret », « Beautiful Portrait » (2014) de Damien Hirst offre une ressemblance saisissante avec Sa Majesté, réalisée grâce à la technique de rotation signature de l'artiste. Reprenant une méthode employée dans sa série de jeunesse In A Spin, The Action Of The World Upon Things, Hirst dépeint une reine Elizabeth souriante sur un fond rose et bleu radial. Évoquant légèrement une pièce d'une livre sterling au néon, les dimensions réduites de l'œuvre suggèrent une certaine intimité.

Il est intéressant de noter que Hirst n'a ni enregistré ni rendu public ce portrait, préférant le remettre directement à la Government Art Collection (GAC) depuis son atelier. Si le programme de la GAC visait à acquérir des œuvres au nom de la nation, le budget limité rendait l'acquisition d'un original de Damien Hirst inenvisageable.

Selon la petite histoire, Hirst aurait fait don de ce portrait en signe de soutien au programme. Toutefois, on ne peut s'empêcher de se demander s'il n'a pas également gardé l'œuvre secrète pour préserver sa propre légende : un portrait touchant de la reine ne correspond pas tout à fait à son image de « bad boy » du monde de l'art, n'est-ce pas ? Il y a quelque chose d'assez cocasse à voir l'enfant terrible des YBA faire une pause dans ses dissections de requins et de moutons pour offrir un cadeau à Sa Majesté. Peut-être est-ce, une fois de plus, le témoignage de l'attrait artistique exercé par son image ; un pouvoir d'attraction si puissant que même Damien Hirst n'a pu y résister ?

Chris Levine, « Lightness Of Being », 2004

Créée en 2004, l'œuvre la plus célèbre de Chris Levine, intitulée Lightness of Being, a été qualifiée par la National Gallery de « représentation la plus évocatrice de la royauté jamais réalisée par un artiste », et en bien des points, ce jugement est tout à fait fondé. Loin du regard imposant des portraits royaux d'autrefois, ou de la sérénité mise en scène des séances photo officielles d'Elizabeth, Lightness of Being saisit la Reine dans son humanité la plus authentique.

Levine avait été initialement commissionné pour créer un portrait holographique en trois dimensions d'Elizabeth, intitulé Equanimity, exigeant de la souveraine qu'elle pose pendant des séquences de 8 secondes, tandis qu'une caméra en mouvement capturait 200 clichés de son buste à chaque prise. Entre les poses, Levine l'encourageait à se reposer ; c'est lors de l'un de ces moments, alors que la Reine fermait les yeux pour se recueillir, qu'est né l'heureux hasard que nous contemplons ici.

C'est ce sentiment d'intimité, le fait de voir Elizabeth prise au dépourvu pour une fois, qui a permis à ce portrait de Levine de rester l'un des préférés du public. Cette œuvre ne fait que confirmer notre désir voyeuriste de voir au-delà de l'image officielle pour découvrir la personne qui se cache derrière, ainsi que notre fascination persistante pour la figure de la Reine.

« Queen Elizabeth II » par Lucian Freud
Image ⓒ docnad / Reine Elizabeth II ⓒ Lucian Freud 2001

Lucian Freud, « Queen Elizabeth II », 2001

La commande réalisée en 2001 par Lucian Freud a été qualifiée tour à tour de « plus beau portrait royal depuis 150 ans » ou, à l'inverse, d'œuvre méritant que Freud soit « jeté à la Tour de Londres » pour avoir représenté Elizabeth avec « un cou de joueur de rugby » et « un visage de corgi ». Une sévérité peut-être excessive.

En réalité, cette petite huile sur toile, avec ses coups de pinceau expressifs typiquement freudiens, était l'une des œuvres favorites de la reine Elizabeth. Elle a personnellement remercié l'artiste en déclarant : « J'ai pris beaucoup de plaisir à vous regarder mélanger vos couleurs. »

Malgré ses dimensions modestes, l'artiste a comparé la réalisation de ce portrait royal à une expédition polaire, décrivant la difficulté de vouloir saisir la ressemblance intérieure de la Reine plutôt que sa simple image extérieure. Témoignant une fois de plus du poids que porte l'iconographie de la souveraine, le « Queen Elizabeth II » de Freud trahit une certaine tendresse de la part de l'artiste, ainsi que sa volonté de capturer l'humanité de Sa Majesté, loin d'une représentation superficielle ou enjolivée.

« Comfort Blanket » de Grayson Perry
Image ⓒ Andy Hay / « Comfort Blanket » ⓒ Grayson Perry 2014

Grayson Perry, « Comfort Blanket », 2014

Synthèse parfaite des diverses attitudes que nous entretenons à l'égard de la monarchie et de la Reine elle-même, l'œuvre Comfort Blanket de Grayson Perry suggère que l'image de la reine Elizabeth fait autant partie intégrante de la Grande-Bretagne que Marks & Spencer ou la fracture sociale : que nous l'adulions ou, au contraire, que nous aimions la détester.

Un portrait de la Grande-Bretagne dans lequel s'envelopper, un billet de banque géant ; des choses que nous aimons, et que nous adorons détester.

Représentée ici souriante, dominant le reste de la tapisserie, Perry la décrit comme une « tante » qui « pourrait bien avoir cousu l’ensemble de l’œuvre devant son âtre à gaz sifflant… avec Coronation Street à la télévision ». Bien qu’il ne s’agisse pas d’une représentation totalement fidèle de la vie privée de Sa Majesté, Perry ne cache pas son intention de la dépeindre non pas comme une figure de proue distante, mais comme une personne réelle dotée de goûts et d’aversions, partie intégrante de la culture britannique. Une fois de plus, l’artiste suggère un rejet du portrait royal bidimensionnel et distant, au profit d’une évocation spéculant sur ce qui se dissimule derrière l’image projetée.

La valeur de l'image pérenne de la reine Elizabeth II

2022 a indéniablement été l'année la plus marquante de ces derniers temps pour la reine Elizabeth II. Entre la célébration de son jubilé de platine en juin et la triste disparition de Sa Majesté en septembre, l'image de la reine Elizabeth connaît actuellement une diffusion sans précédent.

Les portraits de la reine Elizabeth réalisés par des artistes tels qu'Andy Warhol et Chris Levine, produits en séries d'estampes limitées, figurent désormais parmi les pièces les plus recherchées sur le marché secondaire des estampes. En cette année historique, qui marque la fin du règne de la souveraine, les collectionneurs du monde entier cherchent à acquérir l'une de ces représentations emblématiques de la reine.

Les estampes « Queen Elizabeth », issues de la série Reigning Queens réalisée par Andy Warhol en 1985, sont des œuvres extrêmement prisées sur le marché. Il n'est pas rare de voir des estampes individuelles proposées entre 150 000 et 200 000 livres sterling. Ces prix les situent dans le haut du panier de l'œuvre graphique de Warhol, mais à la lumière des événements récents, la valeur des estampes « Queen Elizabeth II » a connu une ascension fulgurante.

Que s'est-il passé en 2022... et après ?

« Queen Elizabeth II » de Warhol

Avant septembre 2022, les estampes de la Royal Edition de « Queen Elizabeth II » ont connu une augmentation de valeur globale de 437,6 %. Six jours après le décès de Sa Majesté, ce chiffre a atteint une hausse vertigineuse de 639,2 %, lorsque deux exemplaires de « Queen Elizabeth II » issus de la Royal Edition ont été adjugés pour des prix records de 529 200 livres sterling et 554 400 livres sterling lors d'une vente chez Sotheby's à Londres.

« Queen Elizabeth II (F. & S. II.336a) », adjugée 529 200 livres sterling le 14 septembre 2022 chez Sotheby's, a enregistré une augmentation de valeur extraordinaire. Vendue pour seulement 10 800 livres sterling en juin 2005, puis 200 000 livres sterling en mars 2020, la vente actuelle marque une progression de 4 800 % par rapport à son apparition initiale sur le marché secondaire il y a plus de 17 ans.

« Queen Elizabeth II (F. & S. II.337a) » a suivi une trajectoire similaire depuis 2010, année où elle s'était vendue 52 881 livres sterling. Depuis, elle n'a cessé de surpasser ses propres records en vente publique, atteignant 100 000 livres sterling en 2019, 151 200 livres sterling en 2021, puis 554 400 livres sterling en 2022. Cela représente une hausse de valeur considérable de 948 % pour cette estampe unique. Les estampes « Queen Elizabeth II » issues des éditions standard Reigning Queens de Warhol ont également connu une forte augmentation de valeur, progressant de 912,8 % au cours des 10 dernières années.

« Lightness of Being » de Levine

La collection d'estampes « Lightness of Being » de Chris Levine est également à suivre de près sur le marché secondaire dans les mois à venir. Actuellement, ces œuvres peuvent se négocier entre 10 000 et 50 000 livres sterling, selon l'édition, la palette de couleurs et l'état de conservation. Toutefois, compte tenu de ce moment historique, il est fort probable que la demande pour cette édition augmente rapidement.

La valeur de cette estampe a grimpé en 2022, les ventes aux enchères ayant coïncidé avec des événements historiques. En juin 2022, suite au jubilé de platine, une version couleur de 2008 de « Lightness of Being » a été vendue 120 000 livres sterling chez Sotheby's, l'un des prix les plus élevés pour cette édition.

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