Marilyn Monroe en est sans doute l'exemple le plus manifeste. Plus de 60 ans après sa disparition, elle demeure commercialement vivante d'une manière que peu de figures égalent. Son visage reste un raccourci pour le glamour, la fragilité, le sexe, la tragédie, Hollywood, l'Amérique, la beauté et l'invention de soi. Elle existe tout à la fois en tant que femme, image, œuvre, marchandise et spectre.
En échangeant avec Margaret Barrett pour No Reserve, il est apparu clairement que la survie posthume de Marilyn est maintenue par les objets. Rouge à lèvres. Carnets d'adresses. Lettres. Crayon eye-liner. Photographies prises par des inconnus. Un soutien-gorge. Une paire d'haltères. Ces reliques sont intimes, parfois jusqu'à l'absurde, et pourtant elles portent en elles la force de la preuve.
Margaret a passé 30 ans dans le secteur des souvenirs du monde du spectacle, évoluant chez Butterfield and Butterfield, Christie’s, Bonhams, Heritage et désormais Julien’s. Elle évoque Marilyn avec le soin d'une spécialiste et la sensibilité d'une amie, ce qui explique précisément le caractère singulier de cet entretien. Les meilleurs spécialistes sur ce type de marché sont à la fois historiens, détectives et gardiens de mémoire.
Son propre cheminement vers Marilyn a débuté avec une paire de boucles d'oreilles des années 1980. Une amie d'école les a remarquées et a supposé que Margaret était une admiratrice. Elle lui a offert la biographie d'Anthony Summers, Goddess. Ce livre a ouvert la voie. Margaret a conservé ces boucles d'oreilles depuis lors.
C'est souvent ainsi que tout commence. Non par l'érudition, mais par une image. Un visage sur une affiche, un t-shirt, un mur de chambre, un dortoir, un produit dérivé bon marché. Marilyn se présente d'abord comme une surface. Ce n'est que plus tard que cette surface commence à se fissurer.
Pour Margaret, la Marilyn des débuts était presque irréelle : le visage, la silhouette, les robes, les strass, le blond parfait des années 1950. Avec le temps, et au fil des lectures, des manipulations et des recherches approfondies, elle est devenue plus humaine. Plus ambitieuse. Plus stratégique. Plus solitaire. Plus intelligente. Plus moderne, en somme, que la culture qui l'a emprisonnée.
Pourquoi Marilyn Monroe demeure-t-elle si prisée des collectionneurs en 2026 ?
L'un des arguments les plus convaincants de Margaret, lorsque je l'interroge sur l'évolution du marché des souvenirs — un domaine qu'elle a vu se transformer de l'ère analogique à l'ère numérique — n'est pas seulement une question d'accessibilité, mais surtout le fait que la recherche universitaire a changé. La Marilyn des anciennes biographies était souvent dépeinte comme une figure passive : victime, sex-symbol, jeune femme tragique. La Marilyn que l'on redécouvre aujourd'hui est bien plus complexe. Elle a façonné son personnage, tenu tête aux studios, s'est cultivée, a pratiqué la musculation à une époque où les femmes n'étaient guère encouragées à développer leur force physique, a suivi une formation d'actrice exigeante et a tenté de reprendre le contrôle sur l'image qui l'avait rendue célèbre.
Sa voix seule raconte une histoire. Margaret souligne que, dans ses premiers films, Marilyn s'exprime comme une « femme adulte normale ». La voix susurrée est apparue plus tard, est devenue célèbre, puis s'est transformée en une prison. Dans le film inachevé Something’s Got to Give, elle retrouve un registre plus naturel. Un aperçu, peut-être, de ce que son avenir aurait pu être.
Cet avenir inachevé nourrit notre obsession. Marilyn est morte à 36 ans. Elle n'a jamais vieilli. Elle n'a jamais eu à subir les affronts d'une célébrité tardive, le déclin physique, l'effondrement potentiel de sa carrière ou la remise en question publique. Tout comme James Dean, JFK, Sharon Tate et la princesse Diana, elle demeure suspendue au point culminant de sa projection. Nous pouvons continuer à nous demander ce qu'elle aurait pu accomplir, car elle n'a jamais eu à y répondre.
Les objets de Marilyn Monroe les plus chers jamais vendus
Le mot unique choisi par Margaret pour qualifier Marilyn était « éternel ».
Le marché l'a bien compris. Les costumes portés à l'écran occupent le sommet du marché, car ils offrent le contact le plus étroit possible avec la Marilyn publique : la femme vue, filmée, désirée et gravée dans les mémoires. La robe portée pour le « Happy Birthday, Mr President » a été adjugée chez Julien’s pour plusieurs millions - et demeure l'objet de collection lié à Marilyn le plus onéreux jamais vendu aux enchères - car elle est bien plus qu'un simple vêtement. C’est du théâtre, de la politique, du sexe, de la performance et le mythe américain cousus dans une étoffe.
Cependant, les objets plus modestes se révèlent parfois plus révélateurs. Margaret est moins attirée par les pièces les plus coûteuses que par celles qui apportent une nouvelle information. Une lettre envoyée à une adresse de Stanley Avenue, où l'on ne savait pas que Marilyn avait vécu. Un carnet d'adresses avec des entrées dactylographiées et quelques notes manuscrites. Le brouillon d'une carte d'anniversaire rédigé sur un bout de papier avant que le message définitif ne soit inscrit sur la carte. Ces objets ne sont pas glamour au sens classique du terme. Ce sont les fragments d'une vie en cours de reconstitution sous vitrine.
Comment les maisons de ventes aux enchères authentifient-elles les souvenirs de Marilyn Monroe ?
Interrogée sur la question de l'authenticité, Margaret explique que les carnets d'adresses sont particulièrement éloquents. Ils nous révèlent qui était véritablement présent. Et non ceux qui, plus tard, ont prétendu l'avoir connue, aimée, conseillée ou sauvée. Les noms inscrits dans ces ouvrages constituent une archive plus rigoureuse. Tout comme sur notre marché des estampes et éditions, un marché bâti sur la narration, la traçabilité des pièces est fondamentale.
Cela met également en lumière la fragilité de la mémoire. Margaret souligne la fréquence à laquelle elle doit refuser des objets : photographies avec de fausses signatures, sacs à main d'époque prétendument détenus par Marilyn Monroe, bijoux dépourvus de tout historique autre qu'une anecdote familiale et un vœu pieux. La provenance est capitale. Une histoire plausible peut être présentée comme telle, la responsabilité étant alors honnêtement transmise à l'enchérisseur. J'apprécie cette facette si particulière du marché des souvenirs de célébrités : un domaine qui repose davantage sur une forme d'enquête policière, à laquelle les conservateurs et les collectionneurs peuvent adhérer ou non. Un récit fragile, comme c'est trop souvent le cas pour beaucoup d'œuvres, ne peut suffire à soutenir l'objet.
Cette distinction est au cœur du marché des souvenirs liés au divertissement. Il faut croire en l'objet, mais cette croyance doit être mise à l'épreuve. Le spécialiste sérieux n'est pas là pour dépouiller l'objet de son aura romantique. Il est là pour la protéger de la fantaisie.
C’est précisément là que le marché a le plus évolué. Il y a 30 ans, les souvenirs liés au divertissement étaient souvent perçus comme des objets légers, ludiques, relégués au second plan par rapport aux « beaux-arts ». Je me souviens que cela était encore vrai lors de mes années chez Christie’s South Kensington, en 2012, lorsque la vente « Out of the Ordinary Sale » — l’une de nos ventes les plus réussies, riche en objets et éphéméra humoristiques, remarquables, étranges et merveilleux — était célébrée, mais non « respectée » au même titre que les beaux-arts. Aujourd’hui, c’est l’une des catégories de collection les plus révélatrices dont nous disposions, précisément parce qu’elle est intimement liée au fonctionnement de la culture moderne. Comme l’a souligné Margaret, les stars de cinéma et les rock stars sont désormais nos étoiles de l’opéra et du ballet. La culture populaire n’est pas périphérique à l’histoire culturelle. Elle constitue l’archive que la plupart des gens reconnaissent.
Internet a rendu le domaine plus vaste, plus rapide et plus saturé. Il a permis aux collectionneurs d’accéder à des images, des archives, des forums, des photographies anciennes, des photogrammes et des éléments de comparaison. Il a également offert un terreau plus fertile à la propagation d’histoires infondées et de désinformations. Une étole des années 1950 devient « l’étole de Marilyn ». Une paire de boucles d’oreilles devient « portée par Marilyn ». Une signature devient presque convaincante.
C’est pourquoi le rôle de l’expert redevient primordial. Peut-être plus que jamais. Dans un monde où tout peut être passé au crible d’une recherche, la compétence précieuse consiste à savoir ce que le résultat de cette recherche ne prouve pas — un parallèle remarquable avec le marché des estampes.
Il règne également une intimité inhabituelle sur ce marché. Un collectionneur qui mise sur l'eye-liner de Marilyn ne se contente pas d'acquérir des résidus cosmétiques. Il s'approprie son regard. Son expression. Le moyen par lequel elle se projetait dans le monde. Un autre convoite son rouge à lèvres usagé. Un autre encore recherche des photographies inédites. D'autres enfin veulent son carnet d'adresses, car il permet de se rapprocher de la personne réelle bien plus efficacement que n'importe quel portrait de studio.
C'est peut-être ce qui distingue les objets de collection de bien d'autres marchés. C'est un domaine ouvertement émotionnel. Il ne prétend ni à une rationalité pure, ni à un intellectualisme débridé. Sa valeur naît du contact, de l'association, de la survie et, ce qui est sans doute le plus vrai, du désir.
Margaret affirmait qu'en manipulant les objets que les gens ont possédés, touchés, portés ou écrits, on finit par les connaître. Cela semble sentimental, jusqu'à ce que l'on songe à sa propre existence. Le contenu d'une garde-robe, les notes dans un tiroir, les noms dans un répertoire, le rouge à lèvres oublié au fond d'un sac à main. Ces objets révéleraient notre vérité d'une manière que nous ne choisirions peut-être pas.
Avec Marilyn Monroe, les objets accomplissent également une autre fonction. Ils contrent le mythe. Ils montrent une femme qui travaille, répète, lit, tente, s'inquiète, change d'appartement, rédige des chèques, prépare des cartes d'anniversaire, soulève des poids, conserve des adresses, perd des amis, cherche une famille là où il n'en existait aucune.
La théorie la plus émouvante de Margaret est aussi la plus simple : Marilyn Monroe avait besoin d'une vraie amie. Quelqu'un qui ne soit pas sur sa feuille de paie. Quelqu'un qui ne soit pas amoureux d'elle. Quelqu'un capable de décrocher le téléphone, d'écouter ses griefs, de servir un verre, de dire la vérité.
C'est d'une banalité presque douloureuse. Après toutes les biographies, les théories du complot, les records de prix d'adjudication et les œuvres de Warhol, l'une des choses les plus tristes concernant Marilyn Monroe est peut-être qu'elle n'a probablement jamais eu cela.
Et pourtant, le monde continue de chercher. Dans les photographies. Dans les robes. Dans le rouge à lèvres. Dans le visage sérigraphié par Warhol, réalisé l'année suivant sa disparition, qui l'a figée pour l'éternité, à la fois femme et image. Le marché autour de Marilyn Monroe n'est pas seulement un marché de la célébrité. C'est le marché d'une vie inachevée.
C'est pourquoi elle demeure. Non pas parce que nous l'avons résolue, mais parce que nous ne l'avons pas fait.
La vente aux enchères « 100 Years of Marilyn » se tiendra à Beverly Hills le 4 juin 2026. Consultez la vente ici.











