Né à Londres en 1958, Julian Opie a accédé à une renommée internationale en 2000. Mandaté pour concevoir la pochette du « best of » des légendes de la Britpop, Blur, Opie — et son style visuel singulier et épuré — est rapidement devenu un élément déterminant de la culture visuelle et populaire britannique à l'aube du nouveau millénaire.
Aux côtés d'artistes tels qu'Anish Kapoor, Anthony Gormley et Rachel Whiteread, Opie est souvent considéré comme l'un des représentants du mouvement New British Sculpture de la fin des années 1990.
Expérimentant les médiums traditionnels, tels que la peinture et l'installation, tout en explorant les possibilités créatives du numérique et de la conception assistée par ordinateur, Opie est surtout connu pour ses nus minimalistes et ses scènes de marche. La fascination de l'artiste pour le mouvement l'a conduit à utiliser des écrans LED comme support pour exposer ses œuvres dynamiques.
Dans cet article, nous nous penchons plus attentivement sur les paysages d'Opie et sur la réflexion qui les sous-tend.

Pourquoi le paysage ?
Évoquant sa pratique artistique centrée sur le portrait, Opie a un jour déclaré : « Je dessine des gens depuis assez longtemps, et j'en ai dessiné un nombre considérable, sans pour autant bien comprendre pourquoi. Il m'arrive de réagir contre cela ; je rentre de vacances et je me dis : "ah, ça suffit, tous ces gens". Je pourrais certainement explorer d'autres éléments, non ? »
Pour Opie, ces « autres éléments » marquent une rupture avec le portrait.
Dès 1997, l'artiste a commencé à produire des œuvres paysagères minimalistes, sobres et contemplatives, cherchant à traduire à la fois la nature et sa confrontation dramatique avec les constructions humaines.
Landscape? (1997-1998) constitue un exemple frappant des premières incursions d'Opie dans le paysage, et l'une de ses toutes premières sérigraphies. Simplifiée et déconstruite, l'œuvre s'attache à une représentation graphique et tranchée de l'un des motifs les plus importants de l'histoire de l'art : l'arbre. Cette pièce a été réalisée à partir de pochoirs découpés à la main, sur la base de photographies personnelles de l'artiste, altérées numériquement par ordinateur.
Davantage de paysages
En 2000, Opie renoue avec la peinture en créant des paysages pour sa série Eight Landscapes. Dans ces œuvres, Opie aborde une variété de terrains, urbains comme ruraux, ainsi que plusieurs scènes d'intérieur.
Dans la vaste œuvre Cowbells Tractor Silence (2009), par exemple, un premier plan pastoral et bucolique cède la place à l'imposante présence de montagnes enneigées, imitant la vision humaine.
Dans Rain Footsteps Siren (2000), à l'inverse, l'obscurité profonde de la nuit est percée par la présence troublante de l'éclairage public anthropique ; le sol froid et humide d'une rue citadine scintille avec un réalisme saisissant.
Lors de leurs expositions, ces œuvres bidimensionnelles étaient accompagnées de systèmes sonores diffusant les sons ambiants décrits par leurs titres. Ces derniers étaient présentés aux côtés des œuvres sur des panneaux LED réalisés sur mesure.
La série Eight Landscapes d'Opie a ouvert la voie aux Japanese Landscapes, que l'artiste a achevée près d'une décennie plus tard, en 2009.
Cette série comprend six estampes inspirées par un voyage au Japon.
Des œuvres telles que « View Of The Mountains From The Nihon Alps Salada Road » (2009) font des références à peine voilées à l'histoire de l'art japonais, notamment au genre ukiyo-e et à des maîtres comme Hiroshige et Hokusai.
Dans la lignée de ces œuvres canoniques d'origine japonaise, les Japanese Landscapes d'Opie jouent avec la perspective ; rappelant les Trente-six vues du mont Fuji d'Hokusai, elles visent à offrir une meilleure compréhension visuelle du territoire qu'elles cherchent à représenter.
Plus précisément, toutefois, elles s'inscrivent dans une démarche philosophique singulière à l'égard du paysage naturel, qu'Opie a cherché à développer.
Dans ces œuvres, Opie souhaite « voir comment il serait possible de dessiner un paysage qui ne serait pas un paysage, mais une période de paysage, une journée de paysage peut-être ».
Cet objectif – représenter un sujet à la fois spécifique et universel – a atteint son apogée avec les séries Winter (2012) et Cornish Coast (2017).
Son approche unique, soutient Opie, exige un ensemble de règles rigides :
Opie a décrit son processus de création comme une démarche additive. Débutant toujours par une surface vierge, il superpose des aplats de couleurs dans le but de capturer l'« essence » de la scène qu'il cherche à dépeindre. Cette méthode permet de contrer ce qu'il nomme la « domination » de l'appareil photo et du médium photographique.
Marchandisation
Cette approche « fourre-tout » est liée à ce que l'artiste a décrit comme une « marchandisation ».
Plutôt qu'une traduction visuelle d'une quelconque expérience subjective et personnelle, les images d'Opie sont délibérément « dépersonnalisées » ; rendues « accessibles » à tous et ainsi dépourvues de spécificité, elles prennent la forme d'une marchandise — un « produit » qui permet au spectateur de s'engager dans son propre voyage imaginaire unique.
Une partie de l'inspiration derrière la théorie de la « marchandisation » d'Opie provient d'une source inattendue : les circuits de train miniatures pour enfants.
Dans leur simplicité, les paysages de l'artiste imitent les décors flous que les propriétaires de trains miniatures pouvaient autrefois acheter pour servir d'« arrière-plan » à leurs propres créations ferroviaires.
Les nombreux voyages en train effectués en Europe ont servi d'importante source d'inspiration pour les paysages d'Opie qui, confesse-t-il, sont nourris par un « désir d'évasion ».
Dans l'ensemble de l'œuvre d'Opie, toutefois, le portrait n'est jamais bien loin.
Dans la série « Imagine You Are Driving (Fast) », produite en 2002, Opie démontre une approche composite de la création d'images, fondamentale dans sa manière de percevoir et de penser le monde. La nécessité de réunir différents éléments visuels pour former un tout constitue une autre facette importante de la pratique d'Opie.
Au sujet de la création artistique, Opie a déclaré : « Faire une image, créer une œuvre, produire quelque chose à regarder... c'est un peu comme cuisiner, d'une certaine manière. Vous disposez d'une multitude d'ingrédients, et tout réside dans la façon dont vous les assemblez. »











