L'intérêt pour les estampes d'Andy Warhol, tant sur le haut de gamme que sur le bas de gamme, a toujours été manifeste. Toutefois, ce sont récemment les pièces de milieu de gamme qui suscitent un regain d'intérêt particulièrement soutenu. La question qui se pose est la suivante : comment définir une estampe d'Andy Warhol relevant du « marché intermédiaire » ? Pour les besoins de cet article, je définirais cette catégorie comme comprenant les estampes dont le prix de vente se situe entre 25 000 et 75 000 dollars. Le « haut de gamme » pourrait quant à lui désigner les estampes dépassant les 100 000 dollars, tandis que le « bas de gamme » engloberait les œuvres disponibles entre 10 000 et 25 000 dollars.
Que faut-il acheter sur le « marché intermédiaire » de Warhol ?
Cowboys And Indians
Si vous envisagez d'acquérir des estampes de Warhol sur le marché intermédiaire, une stratégie convaincante consiste à acheter une paire de vos œuvres favorites qui entretiennent une relation « spirituelle ». À titre d'exemple, la série Cowboys And Indians a été conçue à la croisée de l'histoire américaine et de l'imaginaire hollywoodien. Ces points de vue divergents se rejoignent au travers de deux estampes : Sitting Bull et General Custer. Comme chacun sait, les deux hommes se sont affrontés lors de la bataille de Little Bighorn (1876). Il est également de notoriété publique que si les Amérindiens ont remporté cette célèbre bataille, ils ont perdu la guerre. Lorsque le gouvernement américain a pris connaissance du massacre, sa politique d'éradication des populations amérindiennes a redoublé de férocité. Dès 1890, les peuples autochtones, vaincus, ont été contraints de vivre dans des réserves. Exposer Sitting Bull et General Custer côte à côte créerait un frisson résonnant tant avec l'histoire de l'art qu'avec l'histoire américaine.
Mao & Vote McGovern
Il existe d'autres associations d'estampes d'Andy Warhol potentiellement fascinantes sur le marché intermédiaire, comme le rapprochement d'un Mao avec un « Vote McGovern » (qui dépeint Richard Nixon, l'homme qui a ouvert le dialogue avec Mao et la Chine). « Vote McGovern » montre Andy Warhol sous son jour le plus audacieux. On raconte qu'après avoir remporté l'élection, Nixon se serait vengé de Warhol en ordonnant à l'Internal Revenue Service (américain) de l'auditer chaque année. Quant aux estampes de Mao, elles ont toujours représenté une combinaison séduisante d'impact visuel et de contenu intellectuel incisif. Elles comptent également parmi les plus belles estampes de Warhol sur le marché intermédiaire. En fait, le portfolio composé de dix images différentes de Mao est sans doute le plus cohérent de tous les ensembles de Warhol ; aucune image ne fait défaut. Au regard de ces éléments, rien ne justifie que les Mao ne puissent pas intégrer le segment haut de gamme des estampes de Warhol.
« The Annunciation, 1472 »
Une autre stratégie de marché intermédiaire, susceptible de s'avérer également fructueuse, consiste à acquérir une paire d'estampes de « The Annunciation, 1472 » issues de la série Details Of Renaissance Paintings. En juxtaposant deux d'entre elles, vous bénéficiez non seulement de l'effet de répétition cher à Warhol, mais vous pouvez également apprécier à quel point Andy était un coloriste sous-estimé. Si les quatre estampes distinctes composant la série Details Of Renaissance Paintings arborent des couleurs particulièrement vibrantes, les diverses palettes de « The Annunciation, 1472 » déploient une intensité réellement remarquable.
La grande variété de couleurs qu'Andy a utilisées dans ses sérigraphies tardives, en particulier celles imprimées par Rupert Jasen Smith, a toujours suscité une vive controverse. Ce dernier présentait à Warhol un large éventail d'épreuves d'essai afin qu'Andy choisisse ses préférées pour l'édition. La rumeur prétendait qu'Andy ne prenait parfois même pas la peine d'examiner les épreuves en personne et se contentait de donner ses instructions par téléphone, laissant ainsi Smith déterminer les couleurs de chaque estampe. L'une des sources de ces rumeurs pourrait être Smith lui-même, connu pour prendre des libertés avec le travail qu'il réalisait pour Andy. Il ne s'agit pas ici de dénigrer Rupert Jasen Smith ; c'était un grand imprimeur qui mérite une reconnaissance considérable pour la haute qualité des œuvres graphiques tardives de Warhol.
Personnellement, je n'ai jamais totalement adhéré à la théorie selon laquelle Smith aurait pris les décisions artistiques concernant les estampes de Warhol. Malgré son image d'homme passant ses soirées à faire la fête au Studio 54, Warhol était un travailleur acharné qui prenait son travail très au sérieux. Smith a peut-être incité Warhol à explorer des couleurs qu'il n'avait jamais utilisées auparavant, mais, en fin de compte, les décisions finales lui appartenaient. L'observation de « The Annunciation, 1472 » offre une perspective claire sur la manière dont le sens de la couleur chez Warhol a évolué entre les années 1960 et 1980, devenant bien plus audacieux. C'est précisément cette audace qu'un collectionneur peut apprécier en faisant l'acquisition d'une paire d'estampes de Warhol issues d'une même série.
La dynamique actuelle du marché de l'estampe, dans son ensemble, montre que les collectionneurs sont en quête de stabilité. En période d'incertitude, ils se tournent traditionnellement vers les artistes présentant les meilleurs résultats historiques. Chaque artiste majeur, de Jasper Johns à Robert Rauschenberg, a produit des estampes exceptionnelles dans toutes les gammes de prix. Toutefois, le triumvirat formé par Warhol, David Hockney et Roy Lichtenstein a constitué un corpus d'estampes particulièrement solide sur le marché intermédiaire. Non seulement ces trois artistes constituent une valeur sûre, indépendamment de la conjoncture économique mondiale, mais leur constance permet au collectionneur d'acquérir leurs œuvres sans risque (ou presque).












