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Damien Hirst et Supreme se retrouvent

Erin-Atlanta Argun
écrit par Erin-Atlanta Argun,
Dernière mise à jour9 Jan 2026
5 min de lecture
Hype, Grand Art, ou juste une autre tentative de faire du profit ?
Un pull orné d'une sérigraphie représentant un requin suspendu dans du formaldéhyde.Image © Supreme / Damien Hirst 2025
Jasper Tordoff

Jasper Tordoff

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Damien Hirst ?

Damien Hirst

Damien Hirst

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S’il est un artiste qui pourrait témoigner du proverbe « toute publicité est bonne à prendre », ce serait bien Damien Hirst. De ses premières œuvres souvent grotesques et cérébrales qui l'ont propulsé vers la célébrité, à ses créations égocentriques comme For The Love Of God, les œuvres de Hirst ont toujours flirté avec la frontière entre génie conceptuel et succès commercial. Aujourd'hui, l'artiste britannique revient pour une nouvelle collaboration avec le géant américain du streetwear Supreme. Alors que ce lancement voit les œuvres animalières emblématiques de Hirst imprimées sur des maillots de football factices, des doudounes, des casquettes et des skateboards, il soulève une question essentielle : s'agit-il d'une recontextualisation innovante de son art, ou simplement d'un nouvel exemple d'artiste capitalisant sans relâche sur ses succès passés ?

Un pull avec un requin imprimé dessusImage © Supreme / Damien Hirst Jumper 2025

L'ensemble de la collaboration du printemps 2025 repose sur deux des sculptures les plus célèbres de Hirst : The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living(1991) et Black Sheep with Golden Horns(2009). Ces œuvres, acclamées par la critique alors et aujourd'hui comme des symboles de l'existentialisme et de la fragilité de la vie, sont maintenant imprimées et fabriquées en série pour l'entourage dévoué de Supreme que l'on nomme les « hype beasts ». Hirst a toujours joué avec l'idée fluctuante de la valeur dans le monde de l'art — qu'est-ce qui fait qu'un objet est de l'« art » et qui ou quoi en détermine le prix ? — mais lorsque ses pièces les plus conceptuellement audacieuses deviennent des marchandises que l'on peut porter, cela augmente-t-il l'accessibilité de son art, ou diminue-t-il sa portée ?

On ne peut nier que Hirst a, à bien des égards, saturé son propre marché. Sa production prolifique, allant des innombrables tableaux à pois créés par ses assistants aux NFT en édition limitée, a conduit certains collectionneurs à se demander si sa marque n'est pas devenue plus importante que ses œuvres.

Deux chemises suspendues sur lesquelles est imprimé, en motif répété, une œuvre de Hirst.Image © Supreme / Damien Hirst Chemises 2025

La nouvelle collaboration comprend des doudounes, des pulls en laine, des hauts et des jeans « painter », tous ornés d'imprimés intégrals des requins et moutons d'Hirst. Les skate decks, arborant les œuvres sur la face inférieure et imprimés avec la signature de l'artiste et le logo « box » sur le dessus, sont déjà en rupture de stock. La collection entière connaîtra sans aucun doute un succès, reflétant la force de la marque de Hirst associée à l'influence du modèle de rareté soigneusement élaboré par Supreme.

Il est à noter que Supreme a un long historique de récupération des œuvres de grands artistes, de Jean-Michel Basquiat à Takashi Murakami. Mais le lancement avec Hirst semble différent. Contrairement à Basquiat, dont l'héritage a été commercialisé à titre posthume, ou à Murakami, qui opère délibérément à l'intersection de l'art et de la culture de consommation, Hirst était autrefois l'enfant terrible du monde de l'art ; un provocateur lauréat du Turner Prize. Voir ses motifs les plus célèbres réappropriés pour des skateboards et des sweats à capuche soulève la question inconfortable de savoir s'il est en train de « vendre son âme » (selling out), ou simplement d'évoluer avec son temps.

Skateboard Supreme HirstImage © Supreme / Damien Hirst Skate Deck 2025

Une approche warholienne ?

Ce n'est pas la première fois que Hirst collabore avec Supreme. L'artiste a lancé de nombreuses séries de planches de skateboard, mettant en scène des requins dessinés au trait et ses emblématiques Spot Paintings. La dernière collaboration entre les deux marques remonte à 2011, avant que les plateformes numériques, les marchés de la revente et les 'drops' en édition limitée ne commencent à dominer le monde des objets de collection haut de gamme et de luxe. Aujourd'hui, la capacité d'un artiste à susciter l'engouement est devenue aussi essentielle que sa capacité à créer.

Hirst le comprend mieux que quiconque. Son partenariat continu avec HENI imite le modèle que Supreme a perfectionné. À bien des égards, il est devenu le Warhol des temps modernes : il abolit la frontière entre le 'grand art' et la culture de masse, embrasse le commercialisme et remet en question les limites traditionnelles de la valeur artistique.

La capacité de Supreme à transformer des sorties en édition limitée en moments culturels est indéniable. Mais alors que Hirst continue de brouiller les frontières entre l'œuvre d'art et le produit de consommation, on est en droit de se demander : où trace-t-il la limite ? Ou, peut-être plus fondamentalement, cela lui importe-t-il vraiment ? À une époque où l'engouement dicte souvent la valeur, Hirst est peut-être simplement en train de jouer mieux que quiconque.

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