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L'approche évolutive de Yayoi Kusama en matière d'autoportraits : identité, infini et le moi

Liv Goodbody
écrit par Liv Goodbody,
Dernière mise à jour9 Jan 2026
5 min de lecture
Autoportrait abstrait de Yayoi KusamaAutoportrait Kusama 217 © Yayoi Kusama 1995
Jasper Tordoff

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Yayoi Kusama

Yayoi Kusama

290 œuvres

Points clés

Yayoi Kusama, figure visionnaire de l'art contemporain, a redéfini l'autoportrait par son exploration de l'identité, de l'infini et de l'auto-oblitération. Ses Self-Portraits, caractérisés par des motifs répétitifs, des Polka Dots et des environnements immersifs, reflètent sa quête incessante pour fusionner son sentiment de soi avec le cosmos infini. Tirant parti de ses expériences personnelles, y compris ses luttes avec sa santé mentale, Kusama utilise l'art comme un moyen de confronter, déconstruire et redéfinir son identité.

Yayoi Kusama, figure marquante et influente de l'art contemporain, explore depuis des décennies les profondeurs de la perception de soi. Ses œuvres, souvent caractérisées par les motifs répétitifs de ses Infinity Net, ses pois et ses installations immersives, repoussent les limites traditionnelles de l'expression artistique. L'approche évolutive de Kusama en matière d'autoportrait est une exploration profonde de son identité, un médium par lequel elle affronte, déconstruit et redéfinit son sens du moi, de l'infini et de l'auto-oblitération.

Exploration thématique de l'autoportrait chez Kusama

Identité et Auto-oblitérations

Les Self-portraits de Kusama sont une exploration saisissante de la dissolution de l'identité, un thème central de l'ensemble de son œuvre. Son usage emblématique des Polka Dots est plus qu'un simple motif visuel ; c'est une représentation symbolique de son désir de fusionner avec son environnement, d'abolir les frontières entre elle-même et l'univers infini. Ce processus d'auto-oblitérations, où l'identité de l'artiste se dissout dans une mer de motifs répétitifs, trouve son origine dans de terrifiantes hallucinations vécues par Kusama durant son enfance. Elle raconte : « Les pois... ils ont commencé à envahir mon corps, couvrant les murs, le plafond, et finalement la totalité de l'univers. » Kusama se positionne souvent à la fois comme point focal et comme partie intégrante des espaces infinis qu'elle crée, mettant au défi la perception du spectateur sur l'individualité et le moi. En représentant son identité sous forme de Polka Dots, Kusama dépeint simultanément son être individuel tout en effaçant une vision égocentrique de son identité par son interconnexion avec l'univers.

Infini et Moi

L'obsession de Kusama pour l'infini est intimement tissée dans ses autoportraits. Ses œuvres placent fréquemment son image au centre de la composition, le regard fixé sur le spectateur, entourée par les vastes environnements apparemment sans fin de ses Infinity Nets. En créant des autoportraits résolument abstraits, Kusama devient une partie du cosmos, son image se dissolvant dans l'infini, reflétant non seulement son désir de « s'unir » à l'univers, mais offrant également une méditation paisible et structurante à travers laquelle elle peut explorer son identité.

Santé Mentale et Identité de l'Artiste

Les luttes constantes de Kusama avec sa santé mentale, notamment ses expériences d'hallucinations et ses pensées obsessionnelles, ont profondément façonné sa représentation de soi. Le travail de Kusama reflète souvent ses tentatives de donner un sens à son agitation intérieure, créant des autoportraits qui ne sont pas seulement des reflets de son apparence physique, mais aussi des expressions de son état psychologique fluctuant. En particulier, son Self-portrait, Kusama 221 révèle un état d'esprit plus sombre et plus tumultueux ; le réseau d'ombres sombre et enveloppant, ainsi que l'absence de sujet humain, offrent une auto-représentation plus inquiétante que dans d'autres pièces. Ces couches de complexité au sein de ses autoportraits confrontent l'instabilité de son identité, créant des œuvres qui portent autant sur l'auto-oblitérations que sur la découverte de soi.

Je lutte chaque jour contre la douleur, l'anxiété et la peur, et la seule méthode que j'ai trouvée pour soulager ma maladie est de continuer à créer des œuvres d'art. Day By Day.
Yayoi Kusama

L'évolution personnelle et artistique de Kusama à travers l'autoportrait

Autoportrait Kusama 9 (Estampe signée)

L'« Autoportrait Kusama 9 » (1982) de Kusama est un exemple saisissant de l'exploration de l'identité et du moi par l'artiste. Dans cette œuvre, Kusama utilise ses motifs emblématiques d'Infinity Net et des couleurs vibrantes pour créer une image introspective et puissante. Les structures complexes et semblables à des toiles d'araignée du portrait semblent envelopper la figure et dissoudre Kusama dans son environnement, reflétant son expérience des hallucinations et sa fascination pour l'infini. L'intensité de la composition évoque à la fois un sentiment d'affirmation de soi et de dissolution de soi, illustrant la relation complexe de Kusama avec sa propre psyché. L'œuvre est emblématique de l'ensemble de la production de Kusama, où l'expérience personnelle, la maladie mentale et l'expression créative s'entremêlent pour produire des œuvres visuellement et émotionnellement captivantes.

Instant Valuation

Self-Portrait Kusama 221 (Estampe signée)

Dans Self-portrait, Kusama 221 (1995), nous observons une transition dérangeante par rapport à Self-Portrait Kusama 9. Au lieu d'une image de Kusama aux couleurs vives et reconnaissable, cette œuvre est constituée d'un ovale vierge, arborant en arrière-plan le motif de filet signature de Kusama, entièrement entouré d'un matage noir dense de ses Infinity Nets. Ici, Kusama utilise son image non pas simplement comme une représentation de son être physique, mais comme un outil pour explorer des thèmes existentiels plus vastes. Cette auto-représentation intensément abstraite évoque un trou noir, une toile d'araignée ou un visage sans traits, suggérant tous l'oblitération totale et complète de soi dans le cosmos. L'utilisation répétée par Kusama des Infinity Nets correspond à son désir de montrer son « unité » avec son environnement, et l'effacement de ses traits faciaux uniques fait allusion à ses tentatives de trouver sa place dans l'univers. Cette pièce témoigne avec force de l'approche singulière de Kusama de l'autoportrait, où l'acte de se représenter devient une exploration de la dissolution du moi.

« Quand nous effaçons la nature et nos corps avec des pois, nous faisons partie de l'unité de notre environnement… et nous nous effaçons dans l'amour ».
Yayoi Kusama

Self-Portrait Kusama 217 (Estampe Signée)

Dans Self-Portrait Kusama 217 (1995), Kusama poursuit son exploration thématique du moi en relation avec l'espace et la répétition, mais elle revient à une représentation moins explicitement abstraite que Self-portrait, Kusama 221. Cette estampe présente son portrait entrelacé de motifs qui dépassent le cadre, suggérant une étendue infinie. Les motifs répétitifs font écho à ses autres œuvres, créant un sentiment de continuité dans l'ensemble de son œuvre. Cette estampe, comme beaucoup d'autres, positionne Kusama au sein d'un environnement sans fin de Dots et de Nets, brouillant les frontières entre le moi et l'infini, et renforçant sa quête incessante de compréhension de sa place dans l'univers.

Cependant, à mesure que la vision artistique et la santé mentale de Kusama évoluent, cela se reflète dans ses autoportraits. L'absence de couleur dans cette pièce suggère une dissolution encore plus profonde dans le cosmos, où la couleur n'est plus un repère identitaire utile, mais Kusama semble avoir retrouvé ses traits faciaux, marquant une étape s'éloignant d'une oblitération complète d'elle-même.

Exemples extérieurs de l'autoportraiture de Kusama

Art de la performance

L'autoportraiture de Kusama s'étend au-del és des médiums traditionnels pour englober le domaine de l'art de la performance. L'implication de Kusama dans les médias populaires fut souvent critiquée par le monde de l'art pour avoir brouillé les frontières entre l'« art majeur » et la culture de masse. Son engagement constituait une parodie complexe des idées conventionnelles sur l'art et la créativité. Kusama est documentée au cinéma et en temps réel, utilisant des costumes et des accessoires, ou en posant nue sur ses sculptures phalliques couvertes de Polka Dots.

Kusama a également exploré les notions d'identité en faisant appel à des sujets extérieurs. Sa série de Happenings à travers New York dans les années 1960, tels que Anatomic Explosion et Mirror Performance, présentait souvent des corps nus servant de toile, Kusama les peignant de Polka Dots et plongeant ses sujets dans des environnements plus vastes. Ces performances peuvent être considérées comme des autoportraits vivants, où Kusama utilise des toiles physiques comme partie intégrante d'une expérience artistique immersive. Ces actes de représentation de soi brouillent davantage les limites entre le moi et l'environnement, élargissant la définition traditionnelle de l'autoportraiture.

Infinity Mirror Rooms

Infinity Mirror Room - Phalli's Field (Floor Show) (1965) de Kusama est peut-être son exploration la plus emblématique de l'autoportraiture à l'aide de ses Infinity Mirror Rooms innovantes. Ces installations créent des espaces où l'image de Kusama est réfléchie à l'infini, créant une métaphore visuelle de ses thèmes récurrents de l'infini et de l'auto-oblitération. Dans ces pièces, le spectateur est invité à expérimenter la dissolution du moi, reflétant le propre parcours artistique de Kusama. Les miroirs multiplient l'image du spectateur, tout comme ils le font avec celle de Kusama, renforçant l'idée que le moi n'est pas une entité singulière mais fait partie d'un continuum infini.

Autres médiums

Les autoportraits de Kusama au cinéma explorent davantage son identité en tant qu'artiste. Son apparition dans le film Kusama: Infinity (2018) sert de forme d'autoportraiture. Réalisé par Heather Lenz, le documentaire retrace le parcours de Kusama, de son éducation conservatrice au Japon à sa transformation en phénomène artistique mondial. Il met en lumière ses luttes avec sa santé mentale, sa quête incessante d'expression artistique et sa façon de défier les rôles de genre traditionnels dans un monde de l'art dominé par les hommes. Ce film contribue à une compréhension plus complète de l'identité évolutive de Kusama.

L'impact de Kusama sur l'autoportrait contemporain

Influence sur les artistes contemporains

L'approche novatrice de Kusama en matière d'autoportrait a laissé un impact durable sur l'art contemporain. Son exploration profonde du moi à travers différents médiums a influencé d'innombrables artistes, tels que Chiharu Shiota, dont l'installation Who Am I Tomorrow (2023) explore des thèmes similaires d'interconnexion et d'identité. La capacité de Kusama à fusionner sa présence physique avec des thèmes existentiels plus vastes a élargi les possibilités de l'autoportrait, inspirant une nouvelle génération d'artistes à repousser les limites de la manière dont l'identité peut être représentée.

Le moi en constante évolution de Yayoi Kusama

L'autoportraiture de Kusama est une exploration profonde et en constante évolution de l'identité, de l'infini et de l'auto-oblitération. Par son usage novateur de motifs répétés, d'environnements immersifs et de la performance, Kusama reflète ses expériences personnelles et ses luttes en matière de santé mentale, transcendant les limites traditionnelles de l'art et offrant une perspective unique à travers laquelle nous pouvons comprendre les complexités du moi. Les Self-Portraits de Kusama, à la fois obsédants et fascinants, nous invitent à reconsidérer la nature de l'existence et notre place au sein de l'univers infini.