Points clés
Le rapport de la rédaction sur le marché de l'art d'août 2024 examine la performance du secteur au premier semestre 2024, en soulignant les ventes d'estampes majeures, les tendances et les prévisions. Les sujets abordés incluent la résilience des artistes blue chip, l'influence des collectionneurs de la génération Z, ainsi que les ventes notables d'œuvres de Warhol, Hirst et Banksy.
Le marché de l'art au premier semestre 2024
Au cours du premier semestre 2024, les niveaux de performance du marché de l'art ont décliné, le volume des ventes enregistrant une baisse de 27 % chez Christie’s, Sotheby’s et Phillips, ce qui, selon ArtTactic, témoigne d'un affaiblissement marqué du marché global. Les recherches de MyArtBroker sur les ventes aux enchères d’estampes, couvrant ces mêmes maisons ainsi que Bonhams, révèlent une tendance à la baisse similaire sur l'ensemble du secteur par rapport à la même période l'an dernier. Bien que ce premier semestre ait été difficile, le constat demeure : les œuvres d'art restent un actif tangible, même en période de repli. Une approche sélective peut offrir des opportunités d'achat à certains, et si les ventes aux enchères actuelles peuvent laisser présager un sombre avenir, elles ne reflètent pas la réalité dans sa totalité. L'année 2022 a été marquée par des ventes privées importantes, rendant l'année 2023 particulièrement complexe, et en 2024, le marché mondial continue de faire face aux séquelles des tensions géopolitiques et d'une inflation élevée. Toutefois, les ralentissements du marché public favorisent souvent le dynamisme du marché privé, offrant une stabilité lors des phases de correction. Cela permet de protéger la valeur des œuvres lorsque les ventes publiques s'essoufflent et offre de plus grandes opportunités en dehors des périodes de pointe.
Dans cette perspective, j'ai demandé à Jasper de dresser une rétrospective chronologique du marché de l'art, en commençant par les ventes d'estampes.
Ventes majeures d'estampes aux enchères
Janvier
Jasper a débuté en portant son regard sur le début de l'année en janvier, soulignant l'importance de la London Art Fair, qui coïncide avec la première vente majeure de la saison, la Phillips London Prints & Editions. Il a noté que la concomitance entre les foires et les ventes aux enchères constitue une approche stratégique, les collectionneurs et acheteurs présents à la foire étant souvent enclins à participer aux enchères, dans l'espoir d'acquérir des œuvres essentielles dès le début de l'année.
Découvrez le top dix des estampes les plus valorisées au premier semestre 2024
Lors de notre discussion sur les œuvres présentées à la foire et celles adjugées aux enchères, Jasper a souligné les ventes majeures, notant en particulier les estampes emblématiques d'Andy Warhol telles que Superman, Queen Elizabeth et Mick Jagger, qui ont dominé le marché des estampes tout au long de 2023. Nous avons toutefois tous deux observé une tendance intéressante lors de cette vente du début d'année 2024 : bien que ces estampes iconiques aient enregistré de bons résultats, elles n'ont établi aucun nouveau record. Jasper a plutôt mis en lumière une série moins connue, les Renaissance Paintings d'Andy Warhol, qui a suscité un vif intérêt avec plusieurs ventes fructueuses au sein d'une même vacation – un fait rare, les enchérisseurs se retirant généralement après avoir acquis l'une des œuvres. Il convient de noter que quatre différentes épreuves d'artiste (trial proofs ou TP) ont été vendues, le tirage Sandro Botticelli's (Birth Of Venus) (TP) atteignant un peu plus de 230 000 livres sterling et établissant ainsi un nouveau record.
Accéder au rapport Andy Warhol : Séries complètes & épreuves d'artiste
De février à juin
Jasper a mis en lumière d'autres ventes d'estampes remarquables et en vogue, en particulier la popularité soutenue de la série « The Virtues » de Damien Hirst. Bien que relativement récentes, puisqu'elles ont été créées en 2021, ces estampes continuent de susciter une forte demande, ce qui souligne leur désirabilité et leur attrait. Fait intéressant, elles s'avèrent plus recherchées que certaines œuvres d'atelier de grande qualité produites plus tôt par Hirst. Cette tendance suggère que les collectionneurs privilégient de plus en plus les pièces axées sur la production de l'artiste et, du point de vue du marché, elle démontre que, même dans un contexte de ralentissement, certaines œuvres d'artistes blue chip peuvent maintenir, voire accroître leur valeur.
La série complète la plus performante de cette collection a été adjugée lors de la vente de février chez Phillips, atteignant 121 083 livres sterling frais inclus, tandis que l'estampe individuelle ayant obtenu le meilleur résultat, « Loyalty (H9-7) », a atteint 35 280 livres sterling, soit près de trois fois son estimation haute. De même, « H9-8 Control » a été vendue lors de la vente d'avril chez Sotheby’s pour 22 543 livres sterling frais inclus, soit 2,3 fois son estimation haute.
Enfin, Jasper a évoqué le succès de Bridget Riley, une artiste que nous considérons tous deux comme sous-évaluée sur le marché. Malgré la rareté de ses œuvres, Riley propose une large gamme de prix, avec des estampes disponibles entre 10 000 et 80 000 livres sterling. Jasper a souligné que les estampes de Riley deviennent non seulement de plus en plus rares, mais qu'elles voient également leur valeur progresser. Lors des premières ventes d'estampes cette année, trois œuvres de Riley ont établi de nouveaux records lors d'une même vacation : « Untitled (Rose) » a été vendue 13 970 livres sterling, tandis que « Two Blues » et « Leap » ont toutes deux atteint 10 160 livres sterling. Plus tard, lors de la vente de juin chez Phillips, Riley a brillé avec son estampe « Untitled, Oval Image », une sérigraphie monochrome extrêmement rare qui, après une intense bataille d'enchères, a été adjugée 82 550 livres sterling frais inclus, établissant un record pour l'œuvre de Riley la plus chère jamais vendue sur le marché public. Jasper a souligné que cette estampe, l'une des premières œuvres monochromes de Riley, illustre parfaitement la façon dont, même dans un marché en phase de ralentissement, une pièce rare et majeure peut susciter une vive compétition entre collectionneurs, propulsant ainsi les prix bien au-delà des attentes.
Ventes dédiées à une collection privée
Jasper et moi avons également abordé les ventes privées, notant un recul des collections présentées en vente unique, avec seulement deux vacations au premier semestre 2024 contre trois au premier semestre 2023. Cette période a toutefois vu l'adjonction de deux ventes majeures d'estampes, issues d'une collection d'entreprise et de la succession de Mark Lancaster. La diminution du nombre de collections en vente unique au premier semestre 2024 a contribué au ralentissement actuel du marché, ces ensembles générant habituellement des volumes de vente élevés grâce à leur prestigieuse provenance, ce qui leur confère un impact particulier.
La collection d'Elton John, mise aux enchères par Sotheby’s en février, illustre parfaitement ce point. Jasper a évoqué des lots remarquables, notamment l'œuvre de Banksy, « Flower Thrower (Triptych) », qui a établi un record à 1,9 million de dollars (USD) frais compris – un résultat exceptionnel pour le marché de Banksy. Une autre vente majeure a été celle de l'œuvre de Keith Haring, « Best Buddies », issue de la série Pop Shop, qui a atteint plus de 50 000 dollars (USD), établissant un nouveau record d'adjudication pour cette pièce. Jasper a souligné l'influence de la provenance Elton John, en précisant que comme « Best Buddies » est une réplique d'une estampe Pop Shop porteuse d'un message philanthropique, elle atteint généralement un prix plus élevé. Toutefois, l'association avec la collection d'Elton John a suscité une vive concurrence parmi les collectionneurs, faisant grimper sa valeur.
Accéder au Banksy Report : Sept années sur le marché de l'estampe
Prévisions du marché de l'art pour le second semestre 2024
Au-delà des ventes majeures d'estampes du premier semestre, Jasper et moi avons échangé nos prévisions pour la seconde moitié de l'année, en nous fondant sur les résultats enregistrés jusqu'à présent. Nous anticipons tous deux un recul des chiffres de fin d'année par rapport à l'exercice précédent, bien que nous espérions une amélioration des résultats du second semestre 2024 par rapport au premier. Plusieurs facteurs clés pourraient y contribuer, notamment l'impact des ventes de novembre, pour lesquelles les œuvres de premier plan sont généralement réservées, ainsi que la tendance persistante des enchères irrévocables et des garanties des maisons de ventes, qui continuent de dynamiser et de soutenir le marché, en particulier pour les œuvres originales.
L'influence de la génération Z sur le marché
Concernant le marché des estampes, nous avons tous deux analysé l'impact potentiel de la génération Z, en soulignant la manière dont l'intérêt croissant des jeunes acheteurs pourrait stimuler de façon significative le volume des ventes sur le marché des estampes d'artistes blue chip ; nous espérons voir un nombre croissant de jeunes acquéreurs rejoindre ce marché en 2024.
MyArtBroker a récemment mené une étude sur les collectionneurs de la génération Z, illustrant la tendance de ce groupe à se tourner vers les œuvres d'artistes émergents, parfois sans une compréhension approfondie de l'art en tant qu'investissement. Jasper et moi avons noté que le marché des estampes d'artistes blue chip offre néanmoins plusieurs perspectives attrayantes pour cette génération de collectionneurs, alliant accessibilité pour les nouveaux entrants et fort potentiel d'investissement pour les plus aguerris. La stabilité de la valeur des œuvres d'artistes tels que Warhol, Hirst et Riley — démontrée par les ventes d'estampes cette année — ainsi que la comparabilité inhérente aux œuvres en édition, rendent ce marché particulièrement attractif.
Jasper et moi-même sommes d'accord pour dire qu'il serait encourageant de voir davantage de jeunes collectionneurs participer au marché des estampes d'artistes blue chip et explorer les ventes en ligne comme alternative d'acquisition. Jasper a soulevé un point pertinent concernant l'impact potentiel des acheteurs de la génération Z, soulignant que s'ils s'investissaient davantage dans les estampes et multiples blue chip, cela stimulerait non seulement le volume des ventes au bénéfice de l'ensemble du marché, mais offrirait également, d'un point de vue patrimonial, une alternative plus stable et gratifiante aux risques inhérents aux talents émergents. Une fois introduits sur le segment blue chip, ces collectionneurs pourront découvrir l'étendue des œuvres disponibles et les perspectives stimulantes qu'offre la constitution d'une collection riche et diversifiée.

Le marché de l'art estival
Le « London Zoo » de Banksy
Enfin, Jasper et moi nous penchons sur l'un des événements les plus commentés du premier semestre 2024 : le « London Zoo » de Banksy. Jasper, invité à débattre de ce phénomène sur Sky News, a résumé ces huit jours durant lesquels Banksy a dévoilé une série d'œuvres, tenant le public en haleine. Il a comparé l'expérience à une « pantomime », où chaque jour révélait une nouvelle pièce du puzzle, démontrant l'intérêt mondial que suscite toujours l'artiste.
Malgré l'effervescence, Jasper a souligné que si ce spectacle de street art fut un succès, il ne se traduit pas nécessairement par une corrélation directe avec le marché des estampes de Banksy. Cette période fut toutefois intense pour le monde de l'art, chacun tentant de décrypter le sens caché de ces œuvres. Comme le souligne Jasper : « Banksy laisse toujours planer le doute », ajoutant que la nature ambiguë de son art fait partie de son charme.
Nous avons également abordé l'état des œuvres après l'événement, certaines ayant d'ores et déjà été dégradées ou retirées. Cela a mené à une discussion plus large sur la pérennité et la pertinence du travail de Banksy. Si certains critiques se sont demandé si l'artiste avait « perdu de sa vigueur » en raison de la nature moins politisée des pièces du « London Zoo », Jasper n'est pas de cet avis, saluant la manière dont ces œuvres ont offert une distraction bienvenue face à l'actualité morose de 2024.
Contactez-nous
Alors que nous concluions notre échange pour le podcast, l'anticipation pour le second semestre est palpable et nous sommes impatients de découvrir ce que le marché de l'art nous réserve. Si vous souhaitez acquérir des estampes d'artistes blue chip, explorez notre Trading Floor en direct, qui met en relation plus de 30 000 collectionneurs à travers le monde. Si vous avez des questions sur les sujets abordés dans le podcast ou si vous envisagez d'acheter ou de vendre des estampes d'artistes blue chip, n'hésitez pas à nous solliciter pour toute question relative à une estimation gratuite.













