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Veille du marché : Rapport de l'éditeur du marché d'avril 2025

Les ventes aux enchères d'estampes et multiples d'avril 2025 chez Christie’s, Sotheby’s et Phillips se sont conclues sur une note stable, marquant une entrée en confiance dans le deuxième trimestre en amont des ventes de mai à New York. Alors que le 2025 Art Basel & UBS Market Report souligne une dynamique croissante sur les segments de prix inférieurs, ces enchères ont confirmé l'intérêt soutenu pour les éditions de premier plan.

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Ensemble, Christie’s, Sotheby’s et Phillips ont totalisé un peu plus de 14,3 millions de dollars au marteau en avril, soit une baisse de 20 % sur un an. Ce recul reflète une réduction de 17 % des lots proposés ainsi qu’une prudence généralisée sur le marché de l’art, dans un contexte de nervosité économique et de débats sur les droits de douane suite aux taxes annoncées par Donald Trump dans le cadre de son projet « Liberation Day ». Néanmoins, New York a su maintenir sa position.

Maison par maison : totaux des ventes aux enchères d'avril chez Christie’s, Sotheby’s et Phillips

Christie’s a de nouveau devancé ses concurrents avec un résultat de 6,8 millions de dollars. Bien qu’en baisse de 12 % par rapport aux 7,7 millions de dollars enregistrés l’année précédente, ce montant dépasse de 28 % son estimation basse, témoignant de la confiance accordée aux lots de premier plan. Sotheby’s a déçu en comparaison : malgré le nombre de lots le plus restreint (119), la maison a fixé – peut-être par erreur – une fourchette d’estimations plus élevée que l’année précédente, ne réalisant que 3,7 millions de dollars, soit une chute de 34 % sur un an. Un résultat qui souligne probablement l'hésitation des déposants face aux récents changements internes au sein de la maison de ventes.

Phillips a légèrement devancé Sotheby’s avec 3,8 millions de dollars, en recul de 15 % sur un an, mais a terminé 24 % au-dessus de son estimation basse, portée par une sélection pointue et la demande pour les éditions en vogue.

Sur l’ensemble des ventes chez Christie’s, Sotheby’s et Phillips, 542 lots ont été adjugés sur les 584 proposés, soit un taux de succès de 92 %. Comparé à la saison équivalente de l'an dernier, le nombre de lots invendus a chuté de près de 50 %.

Ventes d'estampes du mois d'avril adjugées à 100 000 dollars et plus.
Ventes d'estampes d'avril : prix supérieurs à 100 000 dollars © MyArtBroker 2025

Ce que le rapport UBS Art Basel 2025 révèle sur la tarification et la demande

À l'approche des ventes d'estampes du mois d'avril, une grande partie du marché de l'art était encore en pleine analyse du 2025 Art Basel & UBS Art Market Report. La conclusion majeure est que si le volume des ventes aux enchères augmente, la valeur globale diminue, sous l'effet d'un pivot marqué vers des œuvres à prix plus accessibles. L'étude montre qu'en 2024, 95 % des lots adjugés aux enchères étaient estimés à moins de 50 000 dollars, représentant 17 % de la valeur totale des ventes, deux indicateurs en hausse sur un an. Dans ce contexte, il n'est pas surprenant d'avoir observé une concurrence vive pour les œuvres se situant dans cette fourchette, une tendance que j'ai suivie de près au cours du premier trimestre. Toutefois, cette tendance ne repose pas uniquement sur l'accessibilité financière, elle témoigne d'un réel discernement de la part des acheteurs.

Pour illustrer ce propos, une estampe en édition limitée atteignant six chiffres pourra être délaissée si la variante, la colorimétrie ou le rapport d'état ne sont pas parfaits, tandis que des œuvres plus abordables du même artiste suscitent une forte demande. Pour replacer les ventes new-yorkaises d'avril dans leur contexte, les estampes de David Hockney situées dans la tranche des 20 000 à 40 000 dollars ont enregistré de bons résultats. Helen Frankenthaler et Louise Bourgeois ont bénéficié d'une activité record, et les éditions signées de Banksy ont montré une tendance à la hausse.

Il est tout aussi important de noter que le segment supérieur du marché reste actif : les acheteurs font preuve d'une approche stratégique, loin d'être passive. Même lorsque des œuvres de haute valeur ont été adjugées en deçà de leur estimation basse, elles ont tout de même atteint des niveaux de prix solides. Les résultats supérieurs à 100 000 dollars obtenus par Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Jean-Michel Basquiat et David Hockney confirment que la confiance des collectionneurs envers les artistes blue chip demeure intacte. Le haut du marché tient ses positions, mais il évolue désormais avec une exigence accrue en termes de qualité et de calendrier.

Le marché des estampes de Basquiat affiche un rebond : un mois d'avril record

Basquiat, en particulier, a orchestré un retour spectaculaire. Après une performance discrète en 2024 et un premier trimestre en demi-teinte cette année, ses estampes posthumes ont connu un regain de vigueur en avril. Les cinq œuvres proposées ont toutes été vendues, la plupart avec une prime. Sotheby’s a ouvert la marche avec le « Superhero Portfolio » atteignant 190 500 dollars, tandis que la « Daros Suite » a pulvérisé son estimation haute de 80 000 dollars, établissant un nouveau record d'enchères à 177 800 dollars. Christie’s a enregistré des résultats encore plus probants, avec le « Portfolio I » qui s'est envolé à 403 200 dollars et l'œuvre « Undiscovered Genius » atteignant un nouveau record à 30 240 dollars. Phillips a complété ce tableau en égalant le résultat de Sotheby’s pour le « Superhero Portfolio ».

Il s'agit de chiffres significatifs sur un marché par ailleurs dominé par une demande pour des estampes inférieures à 50 000 dollars. Les 403 200 dollars obtenus chez Christie’s représentent la plus haute valeur pour un lot d'art contemporain lors de cette vente, juste après une suite complète de dessins de Matisse, et ont surpassé tous les lots proposés chez Sotheby’s. Il s'agit d'une performance solide pour Basquiat, qui renforce la dynamique de son marché de l'estampe et attise indubitablement l'impatience autour de « Baby Boom », qui devrait être la pièce maîtresse des ventes de mai chez Christie’s, avec une estimation située entre 30 et 40 millions de dollars.

Un regard nouveau sur l'abstraction dans le marché Warhol : les estampes « Sunset »

Warhol a dominé les ventes d'estampes du mois d'avril - non pas avec ses portraits emblématiques de célébrités ou ses icônes de la consommation, mais avec la série « Sunset », qui a constitué le moment le plus lumineux de son marché en ce début d'année. S'écartant nettement de l'imagerie centrée sur la célébrité propre à l'artiste, la série « Sunset » constitue une rare exploration de l'abstraction et de la théorie des couleurs. Initialement commandées pour un projet hôtelier et frappées du cachet « HOTEL MARQUETTE PRINTS », chaque œuvre de la série présente une colorimétrie unique, ce qui les rend conceptuellement distinctes et hautement collectionnables.

Chez Christie’s, six variations ont été proposées, chacune assortie d'une estimation propre, reflétant probablement l'état de conservation et la demande pour des palettes spécifiques. Le meilleur résultat a atteint 277 200 dollars, suivi de près par une épreuve d'artiste dédiée qui a été adjugée 201 600 dollars, soit 46 % au-dessus de son estimation haute. Plus qu'un résultat solide, les épreuves dédiées offrent un aperçu rare de la main de l'artiste et soulignent l'originalité que peuvent porter les œuvres éditées. Quatre estampes « Sunset » supplémentaires ont dépassé les attentes, se vendant entre 138 000 et 214 000 dollars, incluant une rare épreuve d'essai. Ces œuvres aux teintes uniques confirment que, sur le marché actuel, l'individualité au sein des éditions — particulièrement sur le marché de Warhol — continue de susciter une prime.

Parmi les autres résultats marquants pour Warhol, citons une rare édition de « Double Mickey Mouse » chez Phillips, qui s'est imposée comme l'œuvre la mieux valorisée parmi les trois ventes. Vue pour la dernière fois en 2024 — et avant cela en 2022, lorsqu'elle avait établi un record à 819 000 dollars — l'œuvre a été adjugée 500 000 dollars en avril pour atteindre 635 000 dollars frais inclus, un résultat solide dans le marché actuel, plus mesuré. Chez Christie’s, « Chanel » a atteint 226 800 dollars frais inclus, tandis que « Tree Frog », issue de la série « Endangered Species », a dépassé son estimation haute pour s'établir à 157 500 dollars. « Marilyn (F. & S. II.30) » n'est pas passée inaperçue non plus, établissant un nouveau record à 139 700 dollars, soit 75 % au-dessus de son estimation de 80 000 dollars.

Hockney sous les projecteurs

Avec Hockney au cœur de l'actualité suite à son exposition événement à la Fondation Louis Vuitton à Paris, le marché de ses estampes demeure essentiel à suivre, tout particulièrement après un net ralentissement observé en 2024. Comme l'ont montré les ventes du premier trimestre, le segment supérieur du marché Hockney s'est légèrement refroidi, témoignant du climat actuel marqué par une sélectivité accrue des acquéreurs. Cela ne traduit toutefois aucun désintérêt, bien au contraire : nous assistons à une évolution du comportement des collectionneurs qui soutient la liquidité des éditions de Hockney sur le milieu et le bas de gamme. Lors des ventes d'avril, plusieurs estampes ont été adjugées pour moins de 50 000 dollars, dont « White Porcelain », qui a établi un nouveau record à 25 200 dollars, et « Celia in a Polka Dot Skirt », vendue 16 380 dollars, toutes deux chez Christie’s.

Sur le segment supérieur, les eaux-fortes de la série « Flower » ont confirmé leur élan. « Untitled (No. 852) (Dandelions) » a été adjugée 81 900 dollars, contre 50 400 livres sterling un an auparavant. Les œuvres de la série Moving Focus ont également affiché une belle solidité : « An Image of Celia » a largement dépassé son estimation haute de 100 000 dollars pour atteindre 170 000 dollars au marteau (soit 214 200 dollars frais inclus), battant ainsi son record de 2019, tandis que « An Image of Gregory » suivait la même trajectoire en atteignant 139 700 dollars frais inclus chez Phillips.

Performance à la revente des estampes de la série « Arrival of Spring » de Hockney
Performance à la revente des estampes de la série « Arrival of Spring » de Hockney © MyArtBroker 2025

« Arrival of Spring » atteint 254 000 dollars chez Sotheby's

Mais le lot le plus attendu était Arrival of Spring, 25th March 2011 – une variante inédite issue de la série de 64 estampes de Hockney – proposée chez Sotheby's avec une estimation comprise entre 300 000 et 500 000 dollars. L'œuvre a atteint un prix marteau de 200 000 dollars (254 000 dollars frais inclus), se classant néanmoins parmi les œuvres les mieux valorisées de la saison. À ce niveau de prix, le succès dépend de la rencontre entre une pièce rare et un collectionneur sensible à la rareté, au prestige culturel, et disposant de la liquidité nécessaire pour agir rapidement. Dans ce contexte, un résultat inférieur à l'estimation n'est pas un signe de faiblesse, mais un rappel de la précision désormais requise sur le haut du marché.

Au cours de la dernière décennie, seules 36 des 64 variantes de « Arrival of Spring » ont été présentées aux enchères, ce qui signifie que près de la moitié de la série n'a pas encore été rendue publique ; une rareté qui souligne un fort potentiel pour de futures apparitions. Même sur le plan de la revente, les données demeurent solides : sur les 60 ventes aux enchères enregistrées à ce jour, 16 concernaient des variantes déjà passées sous le marteau, et seules trois d'entre elles ont été revendues en dessous de leur prix d'origine. Il s'agit d'une preuve manifeste que la confiance des collectionneurs dans cette série reste élevée, portée par une demande soutenue, même au sein des cycles du marché secondaire.

L'élan de Lichtenstein

Enfin, Lichtenstein confirme sa montée en puissance, se rapprochant peu à peu du dynamisme annuel de Hockney en termes de valeur de vente. Bien que sa vélocité sur le marché demeure inférieure à celle de Warhol, sa performance lors des ventes d'avril a été marquée par une énergie notable. Sur les 33 œuvres de Lichtenstein proposées chez Christie’s, Sotheby’s et Phillips, plusieurs se sont distinguées tant par leur profondeur que par la demande dont elles ont fait l'objet. Dans les segments de prix les plus accessibles, Christie’s a vu « This Must Be The Place » atteindre 23 940 dollars frais inclus — un nouveau record — tandis que la série Bull Profile a été scindée en lots individuels, avec sept œuvres présentées, dont plusieurs épreuves d'artiste. Chacune a été adjugée au-dessus de son estimation haute, cinq d'entre elles établissant de nouveaux records, soulignant ainsi l'appétit croissant pour les variantes rares.

Pour les œuvres dépassant les 100 000 dollars, Sotheby’s a enregistré un résultat majeur pour Lichtenstein avec « Landscape With Boats », adjugée au-dessus de son estimation haute pour 139 700 dollars frais inclus — un nouveau record en vente aux enchères. Phillips a également proposé deux estampes de la série Reflections : « Reflections On Girl » et « Reflections On Conversation », qui ont atteint respectivement 177 800 dollars et 152 400 dollars frais inclus. Bien qu'elles se soient maintenues près de leur estimation basse, les œuvres de cette série gagnent en importance sur le marché ; visuellement ambitieuses et conceptuellement pointues, elles représentent Lichtenstein dans sa démarche la plus autoréflexive. Superposant sérigraphie, feuille métallique et vernis, ces œuvres sont des prouesses techniques autant que des critiques spirituelles de la culture de l'image, de la reproduction et du moi médiatisé.

Perspectives : tarifs douaniers et orientation du marché

Les ventes d'estampes du mois d'avril ont offert un aperçu nuancé de l'état actuel du marché de l'art : loin d'une envolée spectaculaire, le secteur n'est pour autant nullement stagnant. Si les œuvres de premier plan se sont maintenues à leur estimation, les estampes de moindre valeur ont continué d'établir des records, tirant la moyenne vers le haut et prouvant que la demande n'a pas disparu, mais qu'elle est devenue plus réfléchie.

Sur un marché où les bruits de couloir liés aux politiques publiques se font plus insistants, notamment concernant les tarifs douaniers américains et leur impact potentiel sur le commerce mondial des œuvres, l'appétit des acheteurs reste, pour l'heure, intact. À l'approche des ventes aux enchères majeures de mai, le véritable test consistera à savoir si la confiance des collectionneurs saura perdurer. Pour l'instant, les données indiquent un marché résolument en mouvement, et non en repli.

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