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Equilibrium

La série « Equilibrium » de Jeff Koons fut présentée lors de sa première exposition personnelle à la New York Gallery. Elle mettait en scène des caissons de verre contenant des ballons de basket immergés qui, défiant les lois de la physique, restaient en suspension au lieu de flotter. Les estampes réalisées après cette exposition témoignent du thème implicite cher à Koons : la mobilité sociale et la hiérarchie de classes.

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Signification et analyse

Cette compilation d’œuvres est intitulée Equilibrium et tire son nom d’un sujet qui a fasciné Jeff Koons dès les années 1980 : le modeste ballon de basket. En 1985, Koons a créé une série d’œuvres pour ce qui fut sa toute première exposition personnelle, Equilibrium, à la New York Gallery. Des réservoirs de verre et d’acier, semblables à ceux que l’on pourrait observer dans le rayon aquariophilie d’une animalerie, étaient équipés de pieds pneumatiques ; à l’intérieur de chaque cuve, un nombre variable de ballons de basket de taille professionnelle (1, 2, puis 3) étaient immergés dans une solution d’eau distillée et de chlorure de sodium. L’effet ? Ce que Koons a baptisé l’« équilibre total ».

Pour réaliser ces œuvres, Koons a sollicité le savoir scientifique de Richard P. Feynman, physicien américain renommé et prix Nobel. Feynman l’a conseillé sur la meilleure manière d’atteindre un état d’équilibre permanent au sein de l’une de ses installations en cuve de verre ; en suivant les recommandations de Feynman, Koons a ajouté du sodium de qualité réactif au réservoir, superposant l’eau salée et l’eau douce afin que chaque ballon semble en lévitation. Suspendus au centre d’une solution aqueuse mystifiante, les ballons confèrent aux œuvres une aura impénétrable. De nombreux spectateurs se demandaient s’il s’agissait véritablement de « vrais » ballons placés à l’intérieur des réservoirs ; certains ne comprenaient pas comment ils parvenaient à demeurer dans une position fixe, sans flotter à la surface ni couler au fond. Dans « One Ball Total Equilibrium » (1995), une estampe lithographique illustrant l’une des installations de 1985 de Koons, nous profitons de l’effet complet de ces œuvres déroutantes, décrites comme comptant parmi les « œuvres les plus influentes de l’histoire de l’art contemporain ». L’estampe lithographique Truck (1985) représente l’une des nombreuses pièces photographiques que Koons a fabriquées en guise d’accompagnement visuel à ces créations semi-illusionnistes sur le thème du basketball. Il s’agit d’une affiche publicitaire créée à l’origine par le géant américain du sportswear Nike, représentant un joueur de basket assis sur le pare-chocs avant d’un gros camion.

Au cœur de ces deux pièces se trouve le thème, quelque peu ténu, de la mobilité sociale. En expliquant les motivations thématiques et conceptuelles complexes derrière ces œuvres, et d’autres pièces de l’exposition Equilibrium originale, Koons a déclaré un jour : « les réservoirs représentaient un état d’être ultime... Les affiches Nike étaient les Sirènes – les grandes séductrices, disant : Lancez-vous ! J’ai réussi. Vous pouvez réussir aussi ! […] Le thème sous-jacent était donc, en réalité, que la mort est l’état d’être ultime. Ce qui faisait écho à ce message, c’est que les enfants de la classe moyenne blanche utilisent l’art de la même manière que d’autres groupes ethniques utilisent le basketball : pour la mobilité sociale. » Bien que l’on puisse arguer que les propos de Koons semblent complexifier davantage ces œuvres en apparence simples, une chose est certaine : elles sont intimement liées à l’essor du consumérisme qui a souvent caractérisé les années 1980. Comme en témoignent ces œuvres, Koons lui-même a été courtier en valeurs mobilières ; en plaçant des objets de consommation sous verre, il les réduit à l’état d’objets fétiches à contempler, mais jamais à utiliser. Cryptiques ou non, Koons affirme – sur ce ton qui lui est propre, mêlant franchise et ambiguïté – que ces pièces traitent simplement « du plaisir de vivre, du plaisir de profiter des opportunités que nous avons d’atteindre notre plein potentiel. »