Encadrer l'avenir : les ajustements budgétaires au Royaume-Uni et leur incidence sur le marché de l'art
Tout au long de l'année 2024, les marchés mondiaux ont subi le poids de l'instabilité géopolitique et des taux d'intérêt élevés, le marché de l'art enregistrant un repli notable. Le 30 octobre, la Chancelière Rachel Reeves a présenté le premier budget du Parti travailliste en 14 ans. Cette annonce revêt une importance particulière pour les collectionneurs d'œuvres d'art à plusieurs titres. Le premier concerne le relèvement du taux de l'impôt sur les plus-values (CGT), qui affecte les bénéfices tirés de la vente d'actions et d'autres actifs. Avec effet immédiat, le taux réduit passe de 10 % à 18 % et le taux supérieur de 20 % à 24 %, ce qui signifie que les investisseurs seront davantage imposés sur les bénéfices réalisés lors de la vente d'actions.
Comment ces changements affecteront-ils les ventes aux enchères et les vendeurs envisageant un dépôt-vente ?
Alors que les ventes aux enchères marquent déjà un recul, ArtTactic a récemment rapporté que les ventes du soir à Londres ont totalisé 110 millions de livres sterling, se situant en deçà de l'estimation basse avant-vente et marquant une baisse par rapport à octobre 2023. Bien que le nouvel ajustement de la taxe sur les plus-values soit considéré comme modéré et inférieur à celui de la plupart des autres pays de l'UE, cette mesure affectera directement les vendeurs et les déposants sur le marché de l'art et pourrait potentiellement réduire le volume d'œuvres vendues publiquement.
Les collectionneurs fortunés, les investisseurs et les galeries devraient ressentir l'impact le plus important, ce qui pourrait conduire à une pénurie encore plus marquée d'œuvres de premier plan, risquant ainsi de réduire le dynamisme global du marché et de faire grimper les prix. Les acheteurs pourraient également subir des effets indirects, les vendeurs étant susceptibles de rechercher des valorisations plus élevées pour compenser l'alourdissement de la charge fiscale. Cela pourrait créer des effets d'entraînement dans les secteurs de l'art et de la finance, où les maisons de ventes, les marchands et les galeries travaillent déjà à ajuster leurs évaluations en réponse au climat économique actuel.
Droits de succession
Le budget britannique de 2024 a introduit des changements affectant l'abattement des droits de succession sur les actions de l'Alternative Investment Market (AIM), en particulier pour les investisseurs et les collectionneurs qui utilisent ces titres dans le cadre de leur planification successorale. Auparavant, ces actions bénéficiaient d'une exonération totale, ce qui en faisait un choix privilégié pour les investissements fiscalement avantageux. En vertu de la nouvelle règle en vigueur à partir d'avril 2026, les actions cotées sur l'AIM ne bénéficieront plus que d'un abattement de 50 %, ce qui se traduit par un taux effectif de 20 % de droits de succession sur les actifs AIM hérités.
Pour le marché de l'art, cela signifie que les particuliers fortunés et les collectionneurs qui utilisaient les actions AIM pour atténuer les droits de succession sur leurs domaines pourraient devoir revoir leur stratégie. Étant donné que de nombreux collectionneurs d'art s'appuient sur des portefeuilles d'investissement diversifiés pour gérer la fiscalité liée à leurs collections de valeur, ces nouvelles règles pourraient engendrer une prudence accrue dans leurs dépenses. Bien que le transfert de richesse de 80 000 milliards de dollars à venir de la génération des Baby-Boomers vers les générations plus jeunes puisse soutenir l'activité du marché, la planification successorale sera essentielle, notamment alors que les Millennials et la génération X se préparent à hériter d'importantes collections.
Compte tenu de l'évolution des goûts et des politiques économiques, nous pouvons nous attendre à une modification des habitudes de dépense. Comme le souligne The Art Basel & UBS Survey of Global Spending, la génération X mène les achats d'œuvres de haute valeur comme d'œuvres plus accessibles ; toutefois, la réalité des mutations économiques pourrait orienter les acquéreurs vers des choix plus optimisés sur le plan fiscal. Clare McAndrew, économiste de l'art et auteure du rapport, suggère par ailleurs que les collectionneurs privilégient des œuvres plus abordables, manifestant un intérêt croissant pour les estampes et les multiples, une tendance du marché qui pourrait s'intensifier à mesure que les collectionneurs cherchent à gérer efficacement leur charge fiscale.
La foire d'art Frieze est-elle à vendre ?
Une potentielle transaction
La semaine dernière, les milieux de l'art et de la finance étaient en effervescence suite à l'annonce du géant du divertissement Endeavor, qui étudie la vente potentielle de la Frieze Art Fair. Annoncée le 24 octobre, cette décision s'inscrit dans la stratégie d'Endeavor visant à rationaliser ses activités en se séparant de ses actifs non essentiels. Outre Frieze, l'entreprise s'est déjà délestée d'autres actifs axés sur le lifestyle et la culture tels que Professional Bull Riders, On Location et diverses branches d'IMG, comme l'a rapporté le journaliste de Puck, Bill Cohan. Ces actifs ont été acquis par TKO, une filiale cotée en bourse d'Endeavor, créée suite à la fusion de l'UFC et de la WWE, leaders mondiaux des sports de combat et du divertissement.
Le PDG d'Endeavor, Ari Emanuel, occupe également une fonction exécutive au sein de TKO, et les récentes transactions ont porté la participation d'Endeavor dans TKO à 59 %, lui conférant 3,25 milliards de dollars en actions TKO. Grâce à cette manœuvre financière stratégique, annoncée par Endeavor dans le cadre de sa volonté de renforcer sa position sur le marché mondial du sport, Emanuel et son équipe sont en passe de s'assurer des bonus substantiels en orchestrant la vente et la réallocation d'actifs. Cette approche marque une transition notable pour Endeavor, qui privilégie désormais ses actifs sportifs essentiels tout en positionnant ses principaux dirigeants pour des gains financiers considérables.
Le retrait potentiel d'Endeavor du secteur des foires d'art
La concentration d'Endeavor sur le sport et le divertissement marque un pivot stratégique qui annonce une sortie potentielle du secteur des foires d'art, au sein duquel Frieze occupe une place singulière. Bien que Frieze jouisse d'un prestige certain, son activité s'aligne moins directement avec les sources de revenus principales d'Endeavor.
La vente de Frieze pourrait attirer des investisseurs privés désireux d'étendre leur influence mondiale et, potentiellement, de stimuler la croissance de la foire elle-même. L'expert du marché Marion Maneker suggère qu'Art Basel serait un acquéreur naturel, bien qu'une telle opération soulève plusieurs complexités. Une vente de cette nature pourrait consolider « l'ensemble de l'écosystème des foires », créant de fait un monopole de marché – un scénario dans lequel une seule entité contrôlerait la majorité du marché, limitant ainsi la concurrence et augmentant potentiellement les prix tout en réduisant la diversité pour les consommateurs. Au-delà de cette concentration de pouvoir, cela risquerait également de diluer l'identité de marque unique de Frieze au profit d'un paysage de foires d'art plus homogénéisé.
Sotheby’s pourrait-elle audacieusement acquérir Frieze ?
J'aimerais proposer un autre angle de réflexion : Sotheby’s pourrait-elle être un acquéreur potentiel ? Pour commencer par l'évidence, des défis financiers sérieux doivent être pris en compte dans ce scénario. Avec une dette actuelle de 1,8 milliard de dollars et un investissement d'un milliard de dollars en attente de la part d'ADQ (un fonds souverain d'Abou Dabi), Sotheby’s n'est, sur le papier, pas en position idéale pour une nouvelle acquisition. Acquérir Frieze exigerait probablement de Patrick Drahi qu'il s'endette davantage et qu'il procède à des ajustements stratégiques des ressources, dûment justifiés. Cependant, Drahi a l'habitude des manœuvres financières audacieuses, ayant bâti son empire grâce à des risques calculés ; une telle décision s'inscrirait dans sa logique d'investissement à enjeux élevés et ne serait guère surprenante.
Pour explorer cette hypothèse, un tel partenariat pourrait créer des synergies de marque convaincantes, élargissant la base de clients et les canaux de revenus de Sotheby’s au-delà des ventes aux enchères traditionnelles. Cette acquisition ne se contenterait pas de diversifier la démographie des clients de la maison de ventes, elle renforcerait également la position de Sotheby’s sur le marché de l'art contemporain, augmentant ainsi son influence et sa compréhension des dynamiques et des tendances du marché.
Il est intéressant de noter que si cette acquisition devait s'aligner sur une future introduction en bourse de Sotheby’s ou sur la vente d'une participation minoritaire, intégrer Frieze à son portefeuille pourrait devenir un argument de poids pour les investisseurs. Cela injecterait des capitaux précieux, allégeant potentiellement (une partie de) la charge de la dette de Drahi, et pourrait même concrétiser la prédiction émise en début d'année par Tim Schneider concernant la vente par Sotheby’s d'une participation minoritaire à des investisseurs privés, bien qu'un peu plus tard que l'échéance du 1er octobre initialement prévue.
Ventes aux enchères d'octobre
Le mois d'octobre a inauguré les ventes d'estampes à New York, totalisant 16,2 millions de dollars lors de trois vacations majeures (Christie’s, Sotheby’s et Phillips). Ce résultat, en retrait de seulement 9 % par rapport aux ventes équivalentes de l'an dernier malgré 118 lots de moins, témoigne de la vive concurrence et de la résilience observées sur ce segment du marché. Pour une analyse approfondie, consultez nos rapports sur les ventes de Phillips et Christie’s, ainsi que les résultats détaillés de Sotheby’s ci-dessous.
Prints & Multiples chez Sotheby’s
La vente « Prints & Multiples » de Sotheby’s, organisée en ligne du 15 au 22 octobre, a généré un prix marteau total de 4,8 millions de dollars. Bien qu'il s'agisse du résultat le plus bas parmi les trois grandes maisons de ventes aux enchères ce mois-ci, Sotheby’s est la seule à avoir dépassé son total de l'année précédente (4,7 millions de dollars) avec un nombre de lots comparable, marquant ainsi une progression là où ses concurrents ont enregistré de légers reculs.
Andy Warhol
Le lot phare de la vente Sotheby’s fut le portfolio « Ten Portraits of Jews (complete set) » d’Andy Warhol, adjugé frais compris à 312 000 dollars, soit dans la fourchette estimée – un prix très attractif pour un jeu complet d’épreuves d’artiste (EA).
L’œuvre « $ (9) (F. & S. II.285-286) » a enregistré une performance notable, dépassant son estimation haute de 150 000 dollars pour atteindre 192 000 dollars frais compris.
Parmi les autres points forts de Warhol, citons la série « Myths » : « Superman (F. & S. II.260) » et « The Witch (F. & S. IIB.261) », une épreuve d’essai (TP), ont surpassé leurs estimations en atteignant respectivement 228 000 et 66 000 dollars, signant ainsi les deuxièmes meilleurs résultats pour ces œuvres.
Bien qu’aucun nouveau record n’ait été établi, deux estampes de Mick Jagger ont répondu aux attentes : « Mick Jagger (F. & S. II.145) » adjugée 90 000 dollars et « Mick Jagger (F. & S. II.146) » pour 108 000 dollars.
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David Hockney
Les estampes de David Hockney ont établi plusieurs records. « An Image of Celia, State I », issue de la série Moving Focus, a atteint un nouveau record, se vendant 132 000 dollars lors de sa troisième apparition seulement en salle des ventes. « Wind », tirée de The Weather Series, a également enregistré un nouveau record à 31 200 dollars, dépassant le précédent sommet de 25 400 dollars établi en 2023. Un autre résultat notable a été enregistré pour « Panama Hat On A Chair With A Jacket », qui a atteint 48 000 dollars pour une estimation haute de 30 000 dollars, établissant ainsi une nouvelle référence pour cette œuvre.
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Ed Ruscha
L'œuvre « Hollywood » d'Ed Ruscha continue de susciter un vif intérêt, dépassant les estimations pour atteindre un prix final de 120 000 dollars.
Pablo Picasso
Pablo Picasso a enregistré des résultats impressionnants lors de cette vente, plusieurs œuvres ayant surpassé les attentes. « Figure Composée II » a doublé son estimation haute de 35 000 dollars pour atteindre 72 000 dollars frais inclus. « Tête de femme » a rencontré un succès remarquable, quadruplant presque son estimation de 12 000 dollars pour clôturer à 45 600 dollars.
Roy Lichtenstein
L’œuvre Art Critic de Roy Lichtenstein a établi un nouveau record en vente aux enchères, atteignant 57 600 dollars et dépassant ainsi son estimation haute de 35 000 dollars.
Red Barn, créée en 1969, n’était pas apparue sur le marché des enchères depuis 2021. Cette œuvre rare a été adjugée 50 400 dollars frais inclus, soit plus du double de son estimation haute de 20 000 dollars.
The Solomon R. Guggenheim Museum a établi une nouvelle référence, doublant également son estimation haute pour atteindre 20 400 dollars, témoignant ainsi de la forte demande pour les œuvres de Lichtenstein, indépendamment de leur année de création ou de leur sujet.
Banksy
Les œuvres non signées de Banksy méritent d’être mentionnées. Morons a atteint 33 600 dollars frais inclus, dépassant son estimation haute de 24 000 dollars, tandis que Monkey Queen a doublé son estimation haute de 12 000 dollars pour être vendue 24 000 dollars. Ces deux résultats soulignent l’intérêt soutenu et la valeur marchande des estampes non signées de Banksy.
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Jean-Michel Basquiat
Jean-Michel Basquiat, « Thyroid », issue de sa Anatomy Series, était proposée sans prix de réserve, avec une estimation haute modeste de 12 000 dollars. Cette rare estampe signée a atteint trois fois son estimation, terminant à 33 600 dollars frais inclus, soulignant la valeur de la rareté sur le marché des estampes signées de Basquiat.
Frank Stella
Les œuvres de Frank Stella ont répondu aux attentes, voire les ont dépassées, au cours de cette vente grâce à plusieurs pièces. « Feneralia » a été adjugée 26 400 dollars ; « Moby Dick » a dépassé son estimation haute de 18 000 dollars pour atteindre 24 000 dollars ; « The Hyena » a établi un nouveau record à 26 400 dollars, surpassant l'estimation de 15 000 dollars ; enfin, « Then Came A Fire And Burnt The Stick » a battu les records précédents, atteignant le montant impressionnant de 45 600 dollars.
Ces résultats témoignent d'un vif intérêt pour le travail de Stella et confirment la dynamique haussière de son marché de l'estampe.
Perspectives
Alors que nous nous tournons vers l'avenir, plusieurs évolutions majeures se profilent sur le marché de l'art. Si certaines annonces importantes, telles que la récente publication du budget au Royaume-Uni, peuvent sembler préoccupantes – notamment au regard de leurs répercussions potentielles sur le commerce des œuvres dans un marché déjà en ralentissement – il ne s'agit pas d'une nouvelle inattendue, et celle-ci doit être appréhendée avec recul plutôt que comme une source d'alarme. Cette analyse s'appuie sur les conclusions de rapports récents et détaillés signés Deloitte et ArtTactic, ainsi que sur l'UBS Art Basel Global Survey, afin de corréler les mutations structurelles du marché avec les conjonctures réelles qui, au-delà du seul secteur de l'art, influencent son activité.
Ces rapports constituent des ressources essentielles pour naviguer parmi les changements inévitables qui façonnent le paysage du marché. En jetant un regard rétrospectif sur le mois d'octobre, les ventes d'estampes ont affiché des performances remarquables, témoignant d'un regain d'intérêt pour ce médium établi. La demande pour les œuvres demeure soutenue, le secteur des technologies appliquées à l'art progresse, et les ventes aux enchères du mois de novembre annoncent des opportunités à venir. En exploitant ces perspectives et en préparant nos stratégies en conséquence, nous sommes en mesure d'aborder la nouvelle année avec une compréhension claire des tendances et des facteurs en jeu.

















