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Observatoire du marché : rapport de l'éditeur de marché de mai 2024

Sans doute le mois le plus attendu du calendrier du marché de l'art, mai s'avère essentiel pour donner le ton du reste de l'année avec les ventes très attendues de New York. Nous aborderons les questions financières des mois précédents qui ont continué d'imprégner le premier semestre de l'année aux enchères. Sotheby’s continue de faire grand bruit avec des licenciements de grande envergure et l'annonce d'une titrisation de 700 millions de dollars adossée à des prêts garantis par des œuvres d'art. J'offre ici une mise en contexte de cette manœuvre, ce qu'elle signifie pour Sotheby’s et ce qu'elle révèle sur la confiance du marché de l'art observée au cours du premier semestre 2024.

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Confiance dans le marché de l'art

Christie’s annule ses ventes de juin et Sotheby’s entame une période de consultation

La confiance est un moteur essentiel de tout marché, influençant le comportement des investisseurs ainsi que la dynamique globale du secteur. Bien qu’il soit complexe de définir la confiance sur le marché de l’art, certains indicateurs témoignent d’une activité soutenue. Les chiffres de vente en sont l’un des plus évidents. Les investisseurs et les acteurs du marché recherchent généralement des résultats significatifs, reflets d’une croissance et d’une performance durable. Lors des récentes ventes de mai, les chiffres, bien qu’en baisse, sont restés stables. Les ventes ont maintenu des taux de vente satisfaisants, bien que soigneusement orchestrés par les maisons de ventes aux enchères grâce à un nombre important de garanties acheteurs. La vie privée et la confidentialité étant également hautement valorisées, la récente faille technologique chez Christie’s est, pour le moins, préoccupante.

Les investisseurs prêtent également une attention particulière aux dynamiques de marché, qui jouent un rôle fondamental dans le façonnement du marché de l’art, bien qu’elles soient moins visibles que les chiffres de vente. Les événements géopolitiques et macroéconomiques, tels que les élections à venir au Royaume-Uni et aux États-Unis, constituent des facteurs majeurs. Les élections peuvent entraîner des changements réglementaires affectant divers aspects du marché de l’art, notamment l’importation et l’exportation d’œuvres et d’antiquités. Cela génère une vive concurrence entre les nations désireuses d’exercer une influence culturelle. Par exemple, lorsque Donald Trump est devenu président en 2017, il a imposé un droit d’importation de 25 % sur les œuvres imprimées aux États-Unis. De même, le Brexit a eu des répercussions profondes au Royaume-Uni depuis sa mise en œuvre en 2020. Les œuvres d’art et antiquités entrant au Royaume-Uni en provenance de l’UE sont désormais soumises à une TVA à l’importation de 5 % ainsi qu’à des procédures bureaucratiques complexes, entraînant un léger recul du commerce transfrontalier.

Un article entier pourrait être consacré à l’analyse de l’influence des élections sur les marchés et le commerce de l’art, mais nous nous concentrerons ici sur les derniers développements bouleversant le marché : l’actualité des maisons de ventes. Christie’s a récemment fait la une en annonçant l’annulation de ses prestigieuses ventes de juin à Londres. La maison prévoit désormais de concentrer la présentation d’œuvres de qualité sur deux saisons principales : mars et octobre. Parallèlement, Sotheby’s fait sensation avec des annonces de licenciements imminents touchant des dizaines d’employés au Royaume-Uni, et des coupes supplémentaires prévues dans d’autres sites dans le cadre d’une période de consultation. Ces développements coïncident avec l’incursion du milliardaire franco-israélien des télécoms Patrick Drahi dans des projets commerciaux peu conventionnels. Drahi mobilise le portefeuille de prêts de Sotheby’s Financial Services (SFS) pour garantir une obligation de titrisation de 700 millions de dollars. Nous explorerons ici les subtilités de la titrisation de prêts, ses implications pour le marché de l’art et ce qu’elle révèle sur la confiance du marché, avant de dresser un bilan des ventes aux enchères de mai à New York.


La titrisation de prêt de 700 millions de dollars de Sotheby’s

Sotheby’s confirme sa position de force sur le marché de l'art, comme en témoigne la décision de Patrick Drahi de consolider la confiance via une titrisation de prêts gagés sur des œuvres d'art à hauteur de 700 millions de dollars, une opération qui a suscité un vif intérêt dans les cercles financiers. Cette initiative innovante cible les investisseurs – pour beaucoup des financiers et des gestionnaires de patrimoine chevronnés ne possédant pas nécessairement d'œuvres d'art – une tendance marquée dans le secteur des prêts sur actifs artistiques. Depuis 1988, SFS facilite l'octroi de prêts à des clients utilisant leurs collections d'art et leurs objets de collection comme garanties pour obtenir des liquidités immédiates : une méthode permettant de débloquer la valeur de leur patrimoine artistique. Patrick Drahi a orchestré une opération assimilable à une obligation de 700 millions de dollars, fusionnant 89 prêts plus modestes en un portefeuille combiné, lequel constitue le socle de la titrisation, une technique connue sous le nom de mise en commun de prêts.

C'est ici qu'intervient le Sotheby’s ArtFi Master Trust, Series 2024-1 (l'émetteur), qui agit en tant que véhicule de titrisation (SPV) pour recevoir de la part de SFS le transfert du portefeuille de prêts combiné ainsi que les flux de trésorerie associés. Dans le cadre de ses opérations, le Sotheby’s ArtFi Master Trust a été structuré de manière à proposer différents niveaux d'options d'investissement, désignés sous le terme de « tranches », ce qui correspond simplement à une portion de l'investissement titrisé. Morningstar DBRS, agence de notation financière, a classé le portefeuille de prêts combiné du Sotheby’s ArtFi Master Trust en cinq catégories de « tranches » : A-1, A-2, B, C et D. Chaque catégorie correspond à une notation de crédit différente, allant de AAA (la plus élevée) à BBB (la plus basse), validant ainsi la qualité de crédit et le niveau de risque associé à chaque « tranche ». Plus on descend dans l'échelle de notation, plus le niveau de risque augmente. Par exemple, les investisseurs qui acquièrent des titres de la tranche notée AAA sont attirés par la qualité de crédit supérieure et le risque plus faible inhérents à ces titres. Ils escomptent un niveau de sécurité et de fiabilité supérieur quant au remboursement par rapport aux investisseurs des tranches moins bien notées.

La notation AAA couvrirait environ 59 % de la valeur des garanties, estimée à 2,85 milliards de dollars. Ce système de notation est essentiel pour structurer les transactions lorsque des milliards de dollars d'actifs sont en jeu.


Pourquoi titriser 700 millions de dollars ?

La réponse réside dans le remboursement des 89 prêts de moindre envergure, dont SFS tire des revenus par le biais des intérêts. En cas de défaut de paiement de l'emprunteur, Sotheby’s peut couvrir ses pertes en mettant aux enchères les œuvres et les objets de collection, un processus qu'ils effectuent environ 500 fois par an. En termes simples, la titrisation de prêts consiste à regrouper plusieurs petits emprunts en un seul lot, une « obligation ». Chaque investisseur — qu'il s'agisse d'un financier ou d'un gestionnaire de patrimoine — ayant rejoint SFS détient une part de cet ensemble. Pourquoi un investisseur souhaiterait-il obtenir une part de ce regroupement ? Essentiellement, chaque investisseur y voit un potentiel de rendement substantiel, d'autant plus que plus de la moitié de l'opération a reçu une notation AAA (la plus haute note de crédit), ce qui promet des rendements potentiellement plus élevés que d'autres catégories d'investissements titrisés basées sur le système de notation de crédit. Cela découle de divers facteurs, notamment le caractère distinctif des garanties et la rareté des opportunités d'investissement adossées à des œuvres.

Cependant, avec plus de la moitié des investisseurs bénéficiant de notations AAA, synonymes d'un faible risque de défaut, une dynamique intéressante s'installe pour Drahi. L'opération doit donner la priorité au remboursement de ces titres. Néanmoins, avec près de 3 milliards de dollars d'œuvres disponibles à la vente pour une titrisation de 700 millions de dollars, je suis certain que Drahi peut dormir sur ses deux oreilles. Des risques plus larges subsistent, notamment en cas de défaut sur l'un des plus petits prêts.

Parmi les autres risques à prendre en considération figurent les fluctuations de la valeur des garanties, évaluées en interne par l'équipe d'experts de Sotheby’s, et probablement par une partie externe supplémentaire. La valeur des objets de collection peut être influencée par les conditions du marché, et une baisse significative de leur valeur pourrait ne pas suffire à couvrir le solde restant du prêt. Le risque de liquidité est également une préoccupation, les œuvres et objets de collection étant généralement considérés comme des actifs illiquides. De plus, il existe un risque de concentration : la performance de la titrisation pourrait être affectée si la garantie n'est pas suffisamment diversifiée. Ces risques ont toutefois été soigneusement évalués par Barclays Plc, BNP Paribas SA et Morgan Stanley qui, selon Bloomberg, agissent en tant que chefs de file de la transaction et sont parfaitement équipés pour prendre des décisions éclairées.

Dans l'ensemble, cette titrisation illustre le niveau significatif de confiance des investisseurs envers SFS. Grâce à cet apport de fonds (700 millions de dollars), SFS peut poursuivre l'expansion de ses activités de prêt et renforcer son activité. Cette stratégie semble logique pour plusieurs raisons. Premièrement, Sotheby’s est gagnant quel que soit le résultat. Si les emprunteurs remboursent leurs prêts, SFS perçoit des revenus d'intérêts. En cas de défaut, Sotheby’s peut vendre les œuvres, percevoir des commissions avantageuses sur les ventes et protéger la garantie adossée à l'obligation.

Cette approche constitue une méthode traditionnelle pour Sotheby’s afin de diversifier son portefeuille, particulièrement dans un contexte d'activité de marché incertaine. En théorie, consolider de nombreux petits prêts au sein d'une unique titrisation rend l'ensemble moins vulnérable à la volatilité que la gestion individuelle de 89 petits prêts. La principale préoccupation des investisseurs surviendrait si les 89 petits prêts faisaient défaut simultanément, à l'instar de la crise financière de 2008. Toutefois, la probabilité d'un tel scénario est minime, ce qui se traduit par des marges bénéficiaires solides et une réduction des risques pour SFS.

En quoi consiste le collatéral de Sotheby’s dans cette opération de titrisation de 700 millions de dollars ?

Dans le cadre de cette opération de titrisation, Sotheby’s utilise 89 « petits prêts » comme collatéral, garantis par 2 484 œuvres d'art et objets de collection. Selon Bloomberg, il a été révélé que les cinq principaux peintres dont les œuvres serviront de garantie pour cette dette appartiennent principalement aux catégories de l'art moderne et contemporain. Parmi eux figurent des noms illustres tels que Pablo Picasso, Frida Kahlo, Andy Warhol et Basquiat. Toutefois, l'identité des propriétaires de ces œuvres, au sein de l'un des petits prêts, demeure confidentielle.

Pour appréhender la liquidité de ces artistes, examinons les valeurs de revente lors des dernières ventes aux enchères de mai. Sotheby’s a proposé une œuvre collaborative sans titre de Warhol et Basquiat qui a été adjugée 19,3 millions de dollars, une hausse notable par rapport à son précédent record de 2,6 millions de dollars. Ces artistes ont atteint d'autres valeurs de revente solides individuellement. Vous pouvez consulter nos rapports de ventes aux enchères – Sotheby's, Christie's et Phillips – qui offrent une analyse complète des valeurs de revente de leurs œuvres respectives.

Sotheby’s manifeste-t-elle ainsi sa confiance dans le marché de l'art ? Les investisseurs dans cette titrisation semblent le penser, comme en témoigne la hausse de la demande pour participer à cette obligation. Initialement fixée à 500 millions de dollars, la demande a atteint 700 millions de dollars. Il convient également de noter que, bien que la majeure partie soit garantie par des œuvres d'art, la valeur de 2,85 milliards de dollars inclut également d'autres objets de collection. Notre rédactrice en chef, Erin Atlanta-Argun, donne son point de vue sur les objets de collection et les actifs de luxe sur le marché de l'art en 2024 dans « Old Masters are Out, Luxury Collectibles & Editions are In ».

Néanmoins, SFS doit agir rapidement : les 700 millions de dollars devraient être remboursés d'ici mars 2027, et les intérêts d'ici décembre 2031. Pour mettre cela en perspective, lors des seules ventes aux enchères de mai, Sotheby’s a engrangé près de 530 millions de dollars, soit environ 75 % de la somme totale.


Que signifie la titrisation de Sotheby’s pour le marché de l’art ?

Dans son récent article pour The Art Newspaper, Tim Schneider propose un regard fascinant sur l’approche stratégique de SFS en matière de prêts sur œuvres d’art. Il met en lumière la manière dont les maisons de ventes telles que Sotheby’s influencent la circulation des œuvres sur le marché, tout en rappelant qu’elles ne sont pas les premières à titriser une dette. S’appuyant sur les observations de Schneider, je souhaite prolonger cette réflexion en suggérant que cette dynamique engendre une forme singulière de saturation du marché, orchestrée à la fois par les ultra-riches et par les maisons de ventes, qui agissent toutes deux comme acheteurs. Lorsqu’une poignée de collectionneurs fortunés acquiert systématiquement un volume important d’œuvres, ils les retirent essentiellement de la circulation, réduisant ainsi l’accessibilité pour d’autres acheteurs potentiels. Il en résulte une concentration de la propriété qui crée des goulots d’étranglement sur le marché, tirant les prix vers le haut et rendant l’entrée ou la participation de nouveaux collectionneurs de plus en plus ardue dans certains segments.

Cette tendance se reflète dans le nombre croissant de garanties tierces lors des ventes aux enchères, qui, selon ArtTactic, a augmenté de 19 % lors des récentes ventes de mai par rapport à l’année précédente. Il convient de garder à l’esprit que parmi les tiers garants qui sécurisent des œuvres pour les maisons de ventes, certains possèdent effectivement des collections. Toutefois, il est probable que ces collections ne soient pas exposées sur les murs de leurs résidences. Elles sont plus certainement entreposées dans des ports francs et pourraient potentiellement servir de garantie pour un prêt adossé à des œuvres d’art (d’où l’intervention de SFS), où elles demeureront dans ces infrastructures. Citant Barron’s et se référant à la titrisation de 700 millions de dollars de Sotheby’s, il apparaît que plus de 80 % des œuvres sont en stockage, 18,2 % se trouvent dans la résidence ou le bureau d’un collectionneur, et à peine 1 % est exposé dans un musée ou lors d’une exposition.

Je partage l’analyse de Schneider concernant le contrôle significatif exercé sur le haut du marché, où SFS joue un rôle essentiel. Cette influence est largement reconnue, en particulier dans la structuration du marché de prestige pour des acheteurs spécifiques. Cependant, des rapports récents indiquent que le segment supérieur du marché se contracte. Le consensus sur le marché de l’art en 2023 a montré une expansion du cœur de marché, marquée par une hausse du nombre de lots vendus à des prix plus bas. Loin d’être alarmante, cette tendance souligne la croissance observée dans le segment des objets de collection de luxe en 2023, où des catégories comme la joaillerie et l’horlogerie ont représenté 16 % des ventes. De même, on a noté une hausse notable des estampes et éditions limitées, enregistrant une augmentation de 18 % par rapport à l’année précédente.

Valeur en temps réel de « Marilyn » (série complète) – Andy Warhol
Valeur en temps réel de « Marilyn » (série complète) / Andy Warhol © MyArtBroker

Bien que les estampes demeurent souvent dans l’ombre des œuvres originales à haute valeur lors des ventes aux enchères majeures, elles constituent des points d’entrée accessibles sur le marché de l’art, généralement valorisées entre 100 000 et 1 million de dollars. Cet intérêt accru est illustré par des succès récents, tels que la série complète des estampes « Marilyn » de Warhol, adjugée lors d’une vente en journée chez Christie’s pour 3,6 millions de dollars frais inclus, dépassant son prix de vente de 2,9 millions de dollars en 2023. Cet accès restreint au segment supérieur du marché a stimulé une croissance et un intérêt notables pour les estampes, offrant ainsi des opportunités de diversification de portefeuille. Par ailleurs, les valorisations atteignant le million de dollars pour certaines estampes entrent désormais en considération pour les prêts garantis par des œuvres d’art, témoignant de la valeur grandissante des estampes en tant que médium.

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Perspectives

Alors que nous laissons derrière nous l'effervescence et l'agitation du mois de mai, marquées par des annonces majeures des maisons de vente et le spectacle des vacations printanières, nous tournons désormais notre attention vers le mois de juin. Si les résultats des stratégies financières de Sotheby's et de Christie's demeurent incertains, nous ne disposons d'aucune boule de cristal pour les prédire ; seul le temps nous permettra d'en mesurer l'impact. En ce début de mois, la vente « Prints & Editions » de Phillips se profile à l'horizon. Avec une pléthore d'œuvres proposées par des artistes blue chip, nous anticipons la possibilité de nouveaux records d'enchères. Restez à l'écoute pour notre prochain rapport de vente et suivez-nous sur X, @MyArtBroker, pour des mises à jour en temps réel sur les résultats.

Les ventes de mai à New York

Le point d'orgue du mois de mai est immanquablement la saison des ventes à New York. Comme le veut la coutume, les maisons de vente, parmi lesquelles Christie's, Sotheby's, Phillips — sans oublier Bonhams — ont orchestré leurs ventes new-yorkaises du mois de mai, débutant le lundi 13 pour s'achever le samedi 18. Si l'attention se porte traditionnellement sur les lots eux-mêmes et sur les résultats chiffrés, le spectacle de cette année a vu l'attention se détourner, de manière troublante, vers une problématique inattendue : la cyberattaque ayant visé Christie's.

Les chiffres

Commençons d'abord par les chiffres. Cette année, les maisons de vente ont conservé leurs formats traditionnels. Sotheby’s a combiné ses ventes « The Now » et « Contemporary Evening », suivies par les ventes du soir et de la journée consacrées à l'art moderne. Phillips a mené sa vente du soir d'art moderne et contemporain, suivie par une vente de journée organisée en deux sessions. De son côté, Christie’s s'est distinguée en tant qu'unique maison de vente à proposer une collection privée. La maison a débuté avec la vente Rosa De La Cruz, suivie immédiatement par ses ventes du soir dédiées au XXIe siècle et au XXe siècle, les ventes de journée s'intercalant entre ces vacations.

Dans l'ensemble, à travers les ventes du soir et de la journée des trois maisons de vente (incluant les ventes d'impressionnistes), un total de 1 671 lots ont été vendus, hors transactions post-vente. Ces œuvres ont atteint un prix marteau cumulé de 1,15 milliard de dollars. Ce résultat se situe à 3 % en dessous de l'estimation basse globale sur 14 ventes. En incluant les deux ventes de Bonhams, 77 lots supplémentaires ont été vendus, générant un surplus de 8,9 millions de dollars (prix marteau).

En comparaison avec la même série de ventes en 2023, Christie’s, Sotheby’s et Phillips ont enregistré un recul cumulé de 22 %. Il convient toutefois de noter que les totaux de 2023 avaient été soutenus par trois collections privées supplémentaires : celles de Mo Ostin, Si Newhouse et Gerald Fineberg.

Les œuvres

En 2023, le marché de l'art a fait face à des défis, incitant les passionnés et les acteurs du secteur à anticiper des obstacles similaires. Un sentiment général a souligné que, dans des marchés tendus ou stagnants, l'exigence de qualité devient primordiale. Si la qualité et l'état de conservation sont toujours essentiels sur le marché des estampes, pour les collectionneurs et investisseurs fortunés (UHNW) sur le marché des œuvres originales, la recherche ne porte pas sur n'importe quelle œuvre blue chip, mais sur celle qui présente un état de conservation irréprochable et une provenance impeccable.

Parmi les artistes blue chip majeurs que nous attendions lors des ventes—Keith Haring, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, Yayoi Kusama, David Hockney, Gerhard Richter, entre autres—un artiste s'est distingué de manière notable : Jean-Michel Basquiat. En observant les ventes de 2023, l'influence de Basquiat s'est révélée tangible, Christie’s et Sotheby’s ayant mis en lumière « The Battle of the Basquiats », totalisant 95,6 millions de dollars pour deux œuvres, El Gran Espectaculo (The Nile) et Now’s The Time. Bien que ces œuvres aient obtenu de bons résultats, les ventes de cette année ont démontré un impact plus prononcé, avec une tactique stratégique consistant à proposer davantage d'œuvres dotées d'historiques d'exposition prestigieux et issues de collections privées—ce qui est précisément déterminant dans un marché exigeant, bien que dynamique.

Par ailleurs, plusieurs artistes modernes et d'après-guerre ont enregistré des accomplissements notables au cours de ces ventes. Artsy a mis en exergue l'établissement de dix nouveaux records d'enchères, avec une performance particulièrement impressionnante de Leonora Carrington. Cependant, ce qui s'est avéré particulièrement intrigant fut la présence (ou l'absence) des œuvres de Hockney, qui se sont faites rares, s'écartant des pièces habituelles rencontrées lors des ventes majeures. Nous observons cette tendance de près depuis les ventes aux enchères de Londres en mars et continuons de la surveiller attentivement. Dans notre dernier podcast sur MyArtBrokerTalks, je m'entretiens avec Jasper Tordoff et Louis Denizett pour explorer la performance remarquable de Basquiat et la présence perplexante et atténuée de Hockney. Pour une analyse approfondie, abonnez-vous à notre podcast, MyArtBrokerTalks, et partagez votre avis en nous laissant une note.

Lire le rapport des ventes de Sotheby’s
Lire le rapport des ventes de Christie’s
Lire le rapport des ventes de Phillips

L'incident et ses conséquences plus larges

Comme prévu, le marché de l'art continue de faire face aux répercussions de la cyberattaque subie par Christie's et de surveiller la situation de près. Dès la détection de l'incident, Christie's a fait le choix de maintenir ses ventes tout en laissant son site Internet hors ligne, une décision justifiée par le risque de compromettre la confidentialité et les données de ses acheteurs. Si Christie's a reconnu par courriel un « problème de sécurité informatique », les enchères se sont déroulées comme prévu, avec un niveau d'activité soutenu. Toutefois, cette intrusion soulève des enjeux plus larges, notamment concernant la sécurité des informations sensibles de la clientèle UHNWI de la maison.

Tout au long des vacations, Christie's a gardé le silence, une posture compréhensible compte tenu de la valeur considérable des œuvres en jeu, qui dépassait les 800 millions de dollars. Ce n'est que le mardi 28 mai que The Art Newspaper a révélé que les pirates informatiques, identifiés sous le nom de RansomHub, revendiquaient l'attaque et menaçaient de divulguer des données privées. Les détails restent rares, mais il est rapporté que le groupe détiendrait désormais les noms complets, numéros de documents, nationalités et dates de naissance des clients de la maison de ventes, menaçant de rendre ces informations publiques. Nous pouvons supposer que Christie's prend les mesures nécessaires pour limiter l'exposition des données privées, bien que la nature précise de ses actions n'ait pas été communiquée.

Le déroulement de cette affaire suscite de vives inquiétudes, non seulement pour Christie's, mais pour l'ensemble du marché de l'art. La confiance est un élément fondamental de tout marché, et des incidents de cette nature peuvent gravement ébranler ce baromètre chez les acteurs du secteur. Christie's n'est cependant pas le seul acteur dans ce domaine ; Sotheby's s'est également lancé dans des manœuvres financières majeures, dont les conséquences (ou les bénéfices) restent incertaines. En fin de compte, des personnalités telles que Guillaume Cerutti chez Christie's et Patrick Drahi chez Sotheby's sont des figures clés du marché de l'art, agissant autant en tant que rapporteurs qu'en tant que collectionneurs, marchands ou galeristes. Le premier semestre a été marqué par une tournure inattendue, déjouant tous les pronostics. Il ne nous reste qu'à observer et suivre l'évolution de la situation, tout en continuant d'apprécier les œuvres de nos artistes renommés favoris.


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