Cette paire de résultats touche au cœur des ventes aux enchères du mois d'octobre. Les ventes de collections ont dominé la période. Christie’s a proposé la collection « Monsoon » de Peter Simon lors de ventes du soir et de ventes en journée, parallèlement à des estampes issues de la collection d'Antonio Homem Sonnabend et des œuvres provenant de l'Estate of Frank Stella à New York. Sotheby’s a présenté des œuvres issues de la collection de Dorothy et Roy Lichtenstein, « Haring’s House » de Kermit Oswald ainsi que les fleurs de Normandie de Hockney. Ensemble, ces sept ventes ont vu 302 lots vendus sur 310, soit un taux de succès de 97 %.
« Monsoon » se distingue par son niveau de prix. La présence d'une collection privée majeure comme point d'orgue des ventes du soir n'est pas une nouveauté, et la vente du soir de Peter Simon, totalisant 86,9 millions de livres sterling, suit ce modèle éprouvé. L'évolution la plus notable réside dans la montée en puissance des ventes dédiées aux collections d'estampes, où l'historique de propriété bénéficie désormais d'une mise en avant habituellement réservée aux peintures majeures et aux œuvres uniques.
Que signifie réellement la provenance pour un acquéreur ? Le mois d'octobre suggère au moins quatre dimensions. Premièrement, la preuve : la trace écrite qui permet d'établir que l'œuvre correspond à sa description au catalogue. Deuxièmement, la proximité : un lien direct entre l'artiste et l'œuvre via un marchand, un ami ou un membre de la famille. Troisièmement, le prestige : l'aura liée à un ancien propriétaire célèbre. Quatrièmement, l'accès : la possibilité d'acquérir des pièces qui, autrement, ne seraient pas disponibles. La preuve constitue la base. La véritable question est de savoir pour lequel des trois autres critères les collectionneurs sont prêts à payer un supplément, et s'ils continueront à le faire une fois la vente dédiée terminée, lorsqu'une autre édition de la même image sera mise en vente.
Tous les prix sont des prix marteau, hors frais acheteur, sauf indication contraire.
Les ventes du soir de Christie’s à Londres ont démontré l'attrait d'une collection majeure
La semaine londonienne de Christie's a démontré le poids déterminant d'une collection unique. La vente « 20th/21st Century Evening Sale » de la maison a totalisé 91,4 millions de livres sterling. La vente du soir « Monsoon » a atteint un résultat proche avec 86,9 millions de livres sterling, dont 40 des 41 lots ont été adjugés. La vente de jour « Monsoon » a ajouté près de 8 millions de livres sterling, 28 des 69 lots ayant dépassé leurs estimations hautes et seuls deux lots étant restés invendus.
Par ailleurs, la vente « Contemporary Evening Auction » de Sotheby's a totalisé 36,7 millions de livres sterling, avec 27 lots adjugés sur 37, tandis que Phillips a vendu l'intégralité des 20 lots lors de sa vente « Modern & Contemporary Art Evening Sale » pour 11,7 millions de livres sterling.
La collection « Monsoon » alliait prestige et qualité. Trois éléments ont été mis en avant simultanément : le nom du collectionneur, la qualité des œuvres réunies par Simon, et l'événement organisé autour de cette vente. Pour les estampes, le calcul est moins indulgent. Si un historique de provenance exceptionnel peut distinguer une estampe, les collectionneurs disposent généralement des prix d'autres exemplaires pour étalonner leur jugement.
Les estampes de Lichtenstein chez Sonnabend ont transcendé la provenance de la succession.
La maison Christie’s à New York a adjugé l'intégralité des 52 lots de la Collection of Antonio Homem Sonnabend pour 2,12 millions de dollars. Vingt-cinq d'entre eux ont dépassé leur estimation haute, Roy Lichtenstein représentant à lui seul plus de la moitié du résultat total.
« Crying Girl » a atteint 140 000 dollars pour une estimation située entre 40 000 et 60 000 dollars, tandis que la bannière « Thunderbolt » a dominé la vente avec 240 000 dollars, contre une estimation initiale de 70 000 à 100 000 dollars. Ces deux œuvres avaient été acquises directement auprès de l’artiste par Ileana Sonnabend, dont le rôle dans l'introduction du Pop art américain auprès du public européen inscrit ces estampes au cœur même de l'histoire de la construction de son marché. Le nom d'Ileana Sonnabend incarnait à la fois un lien direct avec l’artiste et le prestige de la marchande qui a contribué à sa renommée. Pour les collectionneurs ayant suivi les mises sur le marché de la succession, cette vente a permis de remonter la trace de la provenance jusqu’aux marchands qui furent ses premiers défenseurs.
Toutefois, l'acquisition directe n'était pas l'apanage des œuvres de Lichtenstein. Chaque lot provenait directement de l'artiste par l'intermédiaire d'Ileana ou d'Antonio Sonnabend, mais la réponse du marché a été très contrastée. Notre analyse des récents résultats en vente publique place les estampes de Warhol « Chicken Noodle », « Black Bean » et « Cream of Mushroom » dans une fourchette globalement conforme à leurs prix médians, tandis que « Crying Girl » et « Shipboard Girl » ont été adjugées à trois ou quatre fois leur valeur médiane.
En d'autres termes, le nom Sonnabend n'entraîne pas systématiquement une plus-value uniforme. L'état de conservation, les détails de l'édition et la demande pour des images spécifiques doivent également être pris en compte ; la vigueur du marché de Lichtenstein observée par ailleurs en octobre suggère que la collection a rencontré un public déjà réceptif. Ce que cet historique apporte à ces estampes, en revanche, c'est une distinction pérenne. Reste à savoir si les collectionneurs seront prêts à payer un tel prix en dehors d'une vente dédiée à la collection Sonnabend.
La vente de la collection de la famille Lichtenstein chez Sotheby’s ne se limitait pas aux éditions.
La vente en direct de la vacation Sotheby’s Reflections on Pop, issue de la collection de Dorothy et Roy Lichtenstein, a vu 22 des 23 lots trouver preneur. Les collectionneurs habitués aux précédentes ventes d’estampes de la famille ont découvert une offre différente cette fois-ci, les études, un prototype et une sculpture ayant concentré l’essentiel des transactions.
« Interior with Painting of Nude (Study) » est arrivée en tête avec 1,9 million de dollars, suivie de « Entablature » à 700 000 dollars et « Landscape Mobile » à 500 000 dollars. « Glass II (Prototype) » a atteint 320 000 dollars, et même l’œuvre « Reflections on The Scream », adjugée 180 000 dollars, était une étude plutôt qu'une épreuve issue de l’édition.
Les éditions ont également su tirer leur épingle du jeu. « Water Lily » a atteint 42 000 dollars pour une estimation comprise entre 15 000 et 25 000 dollars, « Red Lamps » a été adjugée 110 000 dollars et « Water Lilies with Cloud » s'est vendue à son estimation haute de 600 000 dollars.
Cette mise sur le marché a permis de présenter au public des études et un prototype aux côtés d’éditions achevées, dévoilant ainsi le processus créatif de Roy Lichtenstein. Si cela élargit l'intérêt pour ces ventes, cela complique également les comparaisons avec les adjudications précédentes. Un résultat global plus élevé peut ainsi refléter la nature différente des pièces proposées sur le marché plutôt qu'une appréciation de la valeur des estampes équivalentes.
La vente de la succession de Frank Stella a imposé des prix plutôt que de les suivre
La vente en ligne de Christie's intitulée Graphic Alchemist, composée d'œuvres issues de la succession de Frank Stella, a clôturé le 22 octobre avec 61 lots vendus sur 65 pour 1,40 million de dollars, contre une estimation globale comprise entre 755 000 et 1,09 million de dollars. Trente-cinq lots ont dépassé leur estimation haute, et aucun n'a été adjugé en dessous de son estimation basse.
« Sinjerli Variation Squared with Colored Grounds », un ensemble complet d'épreuves d'artiste composé de six estampes, a pris la tête de la vente à 240 000 dollars pour une estimation de 60 000 à 80 000 dollars. « The Fossil Whale (Dome) », issu de la série « Moby Dick Domes », a atteint 110 000 dollars pour une estimation de 15 000 à 20 000 dollars, tandis que « Stubb » et « Flask Kill a Right Whale (Dome) » ainsi que « Moby Dick » tiré de « The Waves » ont chacun atteint 42 000 dollars.
Plusieurs résultats pour des œuvres de Stella se sont nettement inscrits au-dessus des prix publics antérieurs. Par rapport aux résultats publics précédents, plusieurs images se sont vendues à deux, voire plusieurs fois leur prix d'adjudication antérieur, bien que beaucoup d'entre elles n'aient changé de main qu'à de rares occasions.
Le faible historique de transactions de Stella rend ces résultats plus complexes à étalonner. La provenance de la succession, la qualité des œuvres proposées et des estimations modérées ont pu encourager la compétition. Il s'agissait également de la première vente de succession depuis le décès de Stella en 2024, ce qui a permis d'établir des points de référence utiles, bien que l'ampleur de toute prime liée à la succession demeure difficile à isoler de ces autres facteurs.
La maison de Keith Haring a trouvé des acquéreurs pour des objets personnels et inattendus
La vente en ligne « Haring’s House » organisée par Sotheby’s a totalisé 1,76 million de dollars pour 40 lots adjugés, dépassant ainsi l'estimation combinée de 912 000 à 1,34 million de dollars. Vingt-six lots ont surpassé leur estimation haute, portés par la concurrence entre les collectionneurs pour acquérir des pièces conservées par Kermit Oswald, ami d'enfance et collaborateur artistique de Haring.
Une grande partie de la vente était constituée de pièces informelles et atypiques plutôt que d'estampes éditées. Une œuvre intitulée « Untitled ($50 Bill) », estimée entre 2 000 et 3 000 dollars, a atteint 100 000 dollars. « Untitled (Chalk Box) », réalisée avec LA II, a été adjugée 22 000 dollars, pour une estimation identique. Pour ce type d'objets, la traçabilité documentée jusqu'à l'un des amis les plus proches de Haring joue un rôle déterminant dans leur authentification, une assurance qui a permis aux collectionneurs de surenchérir.
Si ces résultats font les gros titres, les estimations font également partie intégrante du récit. Quatorze lots étaient proposés sans prix de réserve, et certains des lots les plus faiblement estimés ont généré les plus gros multiples. L'intérêt des acheteurs n'était pas uniforme. Un dessin intitulé « Untitled », estimé entre 70 000 et 100 000 dollars, a été vendu 45 000 dollars.
La série « 20 Flowers from Normandy » de Hockney a été adjugée dans une fourchette de prix restreinte
Sotheby’s Londres a adjugé l’ensemble des vingt estampes issues de la série 20 Flowers from Normandy de Hockney pour un montant total de 667 000 livres sterling, se situant ainsi dans la fourchette d'estimation de 500 000 à 700 000 livres sterling.
Avant la vente, Yessica Marks, directrice du département Estampes chez Sotheby’s Europe, a confié à MyArtBroker que réunir ces œuvres constituait « une merveilleuse opportunité, notamment en raison de leur provenance exceptionnelle et du fait que chaque estampe est inédite sur le marché. »
Contrairement à Sonnabend ou Oswald, le précédent propriétaire était un collectionneur privé anonyme, soit le même déposant que pour les estampes de « The Arrival of Spring » proposées pour la première fois en octobre 2024. Le catalogue retrace le parcours des fleurs de Normandie directement depuis l'atelier de Hockney en 2022, avant que le vendeur ne les acquière en 2023. Chaque lot faisait l’objet de la même estimation, fixée entre 25 000 et 35 000 livres sterling, laissant aux enchérisseurs la liberté de privilégier leurs favoris, bien que les résultats aient montré peu d’écart entre les pièces. Les vingt estampes ont toutes été adjugées entre 30 000 et 38 000 livres sterling, et seules trois d'entre elles ont dépassé l'estimation haute.
La demande a aisément absorbé l'ensemble, sans qu'aucune image ne provoque une envolée des enchères. Le résultat obtenu chez Phillips six jours plus tard a fourni un point de comparaison utile, une autre estampe de More Flowers on a Table ayant atteint un prix marteau similaire en dehors d'une vente dédiée. Une paire ne suffit pas à trancher la question de la provenance, mais elle indique peu, dans ce cas précis, l'existence d'une prime additionnelle.
Les ventes d'estampes « Various-Owner » chez Christie's et Phillips ont permis de relativiser les résultats de la collection.
La vente « Prints and Multiples » de Christie’s New York du 21 octobre a adjugé 163 lots sur 202 pour un total de 4,79 millions de dollars, 49 d'entre eux ayant dépassé leur estimation haute.
L'œuvre « African Elephant » de Warhol a atteint 190 000 dollars pour une estimation de 100 000 à 150 000 dollars, tandis que « Grevy’s Zebra » et « Giant Panda » se sont toutes deux vendues dans leur fourchette d'estimation. Plus bas dans le catalogue, « Kiku », « Sitting Bull », « Geronimo » et « Northwest Coast Mask » ont toutes terminé en deçà de leurs estimations basses.
La journée a été plus difficile pour Hockney. Quatre de ses dix lots sont restés invendus, notamment « The Blue Guitar » estimée entre 50 000 et 70 000 dollars, et trois des six œuvres vendues ont terminé sous leur estimation. « The Perspective Lesson » et « Green Grey & Blue Plant » ont constitué les points positifs, dépassant chacune leur estimation haute. Chez Phillips, le lendemain, « The Blue Guitar » a trouvé preneur à 40 000 dollars, toujours en dessous de son estimation basse. À deux reprises en deux jours, « The Blue Guitar » a rencontré une résistance au niveau de son estimation, signe que les acquéreurs évaluent davantage des séries spécifiques plutôt que le simple nom de Hockney.
À l'inverse, Lichtenstein a vendu l'intégralité de ses six lots chez Christie’s, aucun ne terminant en dessous de son estimation ; « Imperfect Diptych » a ainsi atteint 70 000 dollars pour une estimation de 30 000 à 50 000 dollars. Chez Phillips, son portfolio « La Nouvelle Chute de l’Amérique » a réalisé 95 000 dollars pour une estimation de 80 000 à 120 000 dollars. Ces résultats démontrent une demande existant au-delà des ventes thématiques dédiées à des collections nommées, rendant plus complexe l'attribution des résultats Sonnabend à la seule provenance.
La provenance est également apparue au sein même de la vente généraliste. Les maisons de ventes aux enchères intègrent souvent des œuvres à l'historique notable dans leurs vacations de propriétaires divers plutôt que de leur consacrer une vente dédiée. C'est exactement ce qu'a fait Christie’s avec quatre livres anciens de Warhol provenant de la collection de Susan et Alvin Chereskin, chacun répertorié comme un cadeau de l'artiste. Proposés dans le cadre de la vente globale, ils ont suscité un accueil mitigé. « 25 Cats Name(d) Sam and One Blue Pussy » et « A Gold Book » ont été vendus à leur estimation basse, tandis que « In the Bottom of My Garden » est resté invendu.
Les résultats des ventes aux enchères de Banksy ont répondu à la fois à l'œuvre et au prix.
Les œuvres uniques de Banksy ont illustré une fois de plus le manque d'homogénéité des enchères selon les segments de prix.
Chez Sotheby’s, « Laugh Now », datée de 2002, a atteint 200 000 livres sterling, dépassant ainsi son estimation de 60 000 à 80 000 livres sterling. « Smiley Copper » a été adjugée à son estimation basse de 80 000 livres sterling, tandis que « Bad Meaning Good », estimée entre 100 000 et 150 000 livres sterling, est restée invendue.
Sur le segment supérieur, les acheteurs ont fait preuve de retenue. « Grannies » n'a pas trouvé preneur entre 1,5 et 2 millions de livres sterling, et une autre version de « Laugh Now », œuvre sur toile de 2001 estimée entre 400 000 et 600 000 livres sterling, n'a pas non plus attiré d'acquéreurs chez Bonhams.
Bien que ces deux œuvres intitulées « Laugh Now » soient des pièces distinctes qui ne sauraient être interchangeables, ces résultats révèlent le fossé qui sépare l'engouement pour un motif de la volonté de s'aligner sur le prix d'un exemplaire donné. Si le motif le plus reconnaissable de Banksy suscite toujours l'intérêt, il reste à déterminer si cet intérêt se traduit par un prix conforme aux estimations.
Ce qu'octobre 2026 a révélé sur la provenance, les successions et les ventes de collections
Le mois d'octobre a démontré de manière convaincante l'intérêt de vendre des estampes dotées d'une histoire particulière. La question de savoir dans quelle mesure les collectionneurs sont prêts à payer un supplément pour ce récit est demeurée plus équivoque. Si le lien avec la collection Sonnabend a accompagné des résultats exceptionnels pour Lichtenstein sans pour autant porter tous les Warhol, les fleurs de Hockney ont trouvé preneurs à des prix qu'une autre estampe aurait pu atteindre hors d'une vente dédiée.
Pour les acheteurs, cela soulève une question plus intéressante que celle de savoir si la provenance « compte ». Quel prix vous demande-t-on de payer pour elle ? Une relation documentée avec l'artiste demeure attachée à l'œuvre. L'attention concentrée d'une vente aux enchères dédiée à une collection est plus difficile à emporter chez soi. Les vendeurs qui analysent ces résultats doivent se poser la même question avant de considérer un prix exceptionnel comme la valeur marchande de leur propre estampe.
C'est ce que nous examinerons dans nos recherches de fin d'année sur les successions et les collections privées. Le mois d'octobre a montré avec quel succès les maisons de ventes peuvent transformer des lots conservés depuis longtemps en un événement majeur. Le prochain test surviendra lorsqu'un exemplaire similaire apparaîtra sans ce battage médiatique. Le catalogue peut préserver l'histoire. C'est à l'acheteur suivant de décider de sa valeur.








