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10 façons de perdre de l'argent sur le marché des estampes

Dans cet entretien exclusif, Charlotte Stewart, directrice générale de MyArtBroker, s'entretient avec Richard Polsky, expert en authentification du Pop Art et auteur de I Bought Andy Warhol et I Sold Andy Warhol (too soon). Ensemble, ils répondent à la question que la plupart des collectionneurs et investisseurs préfèrent éviter : comment perdre de l'argent sur le marché de l'art.

Vous souhaitez acheter ou vendre une estampe ?

Quiconque s'intéresse sérieusement à la collection d'estampes ne peut faire abstraction de la dimension d'investissement. Si vous consacrez 5 000 dollars ou plus à l'acquisition d'une estampe originale, vous attendez logiquement de celle-ci qu'elle conserve sa valeur, voire qu'elle s'apprécie. Personne n'achète une œuvre dans l'optique d'enregistrer une perte. Pourtant, la réalité du marché de l'art impose ce constat : toutes les œuvres ne voient pas leur cote progresser. Certaines subissent une dépréciation, et de nombreux achats finissent par stagner à leur valeur d'acquisition initiale.

Il est important de préciser que les conseils suivants visent la conservation et la valorisation de votre capital. Si votre seule motivation est le plaisir esthétique, achetez ce qui vous plaît : dans ce cas, vous ne pouvez pas perdre.

1.

Richard : Se contenter de moins que l'excellence

Le meilleur conseil en matière de collection que j'aie jamais reçu est d'acquérir ce qu'il y a de mieux, même si cela représente un effort financier. Ce sont généralement les œuvres pour lesquelles il faut « casser sa tirelire » afin de se les offrir qui finissent par prendre le plus de valeur. Les estampes les plus remarquables des plus grands maîtres, tels que Jasper Johns, Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Ed Ruscha et David Hockney, conservent invariablement leur valeur et offrent une trajectoire de valorisation constante. Elles constituent également la meilleure protection financière si le marché de l'art entre en période de récession. En temps de crise, c'est toujours le segment intermédiaire qui est le plus durement touché.

Le deuxième meilleur conseil que j'aie entendu est d'identifier une estampe figurant dans le « top dix » d'un artiste majeur et d'accepter d'en payer le prix actuel du marché ; à long terme, vous vous féliciterez de ce choix. Gardez à l'esprit qu'il n'existe pas d'« aubaines » sur le marché de l'art. Tout le monde sait ce qui constitue une « pièce de choix » et quelle est sa valeur. Soyez prêt à débourser le prix nécessaire pour acquérir ce qu'il y a de mieux.

2.

Charlotte : ignorer les rapports d'état

Lors de l'achat d'estampes, en particulier pour des pièces anciennes ou en édition limitée, il est essentiel d'accorder une attention particulière à leur état. Tout marchand ou galerie incapable de fournir un rapport d'état, ou n'en proposant qu'un sommaire, ne saurait inspirer confiance. Les estampes peuvent se détériorer avec le temps sous l'effet de divers facteurs tels que l'exposition à la lumière, l'humidité, un stockage inadapté ou une mauvaise manipulation. Il n'est pas proscrit d'acquérir une œuvre présentant des altérations, mais cela doit se refléter sur son prix. Se contenter d'une promesse d'« excellent état » ne suffit pas. Ce marché obéit à une échelle de gradation précise ; ainsi, un « bon état » ne signifie pas un « excellent état », et ainsi de suite.

Négliger un examen approfondi des rapports d'état ou faire l'impasse sur des services professionnels d' expertise – que beaucoup, dont nous-mêmes, considèrent comme une étape fondamentale et proposent donc gracieusement pour toute estampe que vous envisagez d'acquérir – peut vous conduire à investir dans des œuvres présentant des dommages ou des imperfections dissimulés, nuisant in fine à leur valeur. Certains problèmes d'état ne sont visibles ni à l'œil nu, ni sur une œuvre encadrée, ni même sur photographie. L'œuvre doit impérativement être décadrée, inspectée, puis faire l'objet d'un rapport détaillé.

3.

Richard : Acheter des estampes sur eBay

L'une des grandes tentations sur le marché de l'estampe consiste à « tenter sa chance » sur eBay. On qualifie souvent les maisons de ventes aux enchères de casinos du monde de l'art. Si Sotheby’s et Christie’s sont un casino, alors elles sont Monte-Carlo, et eBay ressemble à une croisière bon marché. Le manque de professionnalisme d'eBay et son mépris total pour les transactions scrupuleuses sont un spectacle en soi. À titre d'exemple, le nombre de faux « Subway Drawing » de Keith Haring listés sur la plateforme pourrait remplir un stade. Apparemment, eBay traite les réclamations des clients en proposant occasionnellement un remboursement, en promettant de « faire mieux la prochaine fois », pour ensuite revenir aux mêmes pratiques. Se faire prendre est tout simplement considéré comme un coût opérationnel.

Tapez simplement Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat ou Keith Haring, et vous serez stupéfait par les milliers d'offres pour chaque artiste. Bien que la majorité d'entre elles soient des reproductions ou des affiches (présentées à tort comme des estampes originales), vous trouverez également une poignée d'œuvres graphiques authentiques. Si par hasard vous tombez sur une estampe authentique d'Andy Warhol, par exemple une « Diamond Dust Shoes », attendez-vous à payer environ le double du prix du marché. Comme Nancy Reagan l'a célèbrement déclaré dans ses messages anti-drogue pendant la présidence de Ronald Reagan : lorsqu'il s'agit d'acheter des estampes pour votre collection sur eBay, « dites simplement non ».

« L'une des grandes tentations sur le marché des estampes consiste à tenter sa chance sur eBay. On a souvent comparé les maisons de vente aux enchères aux casinos du monde de l'art. Eh bien, si Sotheby’s et Christie’s sont un casino, alors elles sont Monte-Carlo, et eBay n'est qu'un bateau de croisière bas de gamme. »
Richard Polsky
4.

Charlotte : Négliger l'édition et l'authenticité

La compréhension du tirage et de l'authenticité d'une estampe est essentielle pour en déterminer la valeur. Les estampes en édition limitée, pour lesquelles seul un nombre défini d'exemplaires est produit, conservent généralement une valeur supérieure aux éditions ouvertes. Toutefois, même au sein des éditions limitées, il existe des variantes telles que les épreuves d'artiste, les épreuves d'imprimeur, les épreuves d'essai ou les versions rehaussées à la main, qui influencent considérablement la rareté et la valeur de l'œuvre. Investir dans des estampes sans en vérifier le tirage, l'authenticité ou la provenance peut conduire à surpayer des pièces produites en masse ou des contrefaçons.

Le seul moyen d'appréhender réellement ce qui vous est proposé est de consulter un spécialiste ; ces derniers disposent d'une expérience du marché que vous ne pouvez aisément consulter ou comparer en ligne. Faire appel à un marchand d'estampes spécialisé constitue par exemple une excellente méthode de vérification. Posez des questions, n'hésitez jamais à poser toutes les questions, même les plus élémentaires, qui vous semblent nécessaires. Soyez pleinement conscient de ce que vous acquérez et des raisons qui justifient le prix demandé.

5.

Richard : s'engager trop fortement dans des sujets atypiques

Bien qu'il puisse être gratifiant sur le plan personnel de posséder une pièce quelque peu atypique d'un artiste, cela s'avère rarement payant d'un point de vue purement financier. Il existe une raison pour laquelle certains artistes rencontrent un succès majeur. En général, cela tient à leur capacité d'innovation et à leur contribution inédite à l'histoire de l'art. Cette contribution peut être rattachée à un ou plusieurs corpus d'œuvres spécifiques. Chez Andy Warhol, on citera les « Campbell’s Soup Cans » et la série des célébrités. Pour David Hockney, il s'agit des portraits et de toute œuvre représentant une piscine. Avec Roy Lichtenstein, ce sont ses premières images inspirées de bandes dessinées qui s'imposent. Par la suite, chacun de ces artistes a réalisé des estampes capturant l'essence même de leurs toiles historiques. Ce sont naturellement ces estampes qu'il convient de privilégier. Lorsqu'un visiteur chez vous peut immédiatement identifier une « Marilyn » de Warhol, un portrait de « Celia » par Hockney, ou l'œuvre « The Melody Haunts My Reverie » de Lichtenstein, vous savez que vous avez fait le bon choix.

À l'inverse, tout ce qu'un grand artiste produit n'est pas nécessairement exceptionnel. Même Picasso a connu des moments de moindre inspiration ; probablement 20 % de sa production n'a que peu de conséquence. Il en va de même pour les artistes contemporains. Si vous acquérez le « Fiesta Pig » d'Andy Warhol, vous aurez peut-être rempli votre objectif de posséder une œuvre de Warhol, mais vous aurez échoué à acquérir une pièce qui témoigne de l'importance historique de l'artiste.

6.

Charlotte : Négliger les tendances du marché et la réputation des artistes

Le marché de l'art est dynamique, influencé par l'évolution des goûts, les tendances et la réputation des artistes. Négliger de se tenir informé des tendances actuelles du marché ou faire abstraction de la notoriété des artistes peut conduire à l'acquisition d'estampes dont la valeur ne progressera pas comme escompté. Si les artistes émergents ou les styles de niche bénéficient parfois d'une demande limitée, les artistes établis, dont l'attrait est pérenne, offrent généralement un potentiel d'investissement plus solide. Analyser la dynamique du marché et la réputation des artistes permet d'éviter d'investir dans des estampes à la liquidité restreinte.

Vous pouvez suivre ces évolutions via MyArtBroker en consultant nos rapports d'investissement consacrés à chaque artiste ; et si vous êtes prêt à vous lancer, n'hésitez pas à solliciter nos équipes. C'est précisément leur mission première auprès de nos clients.

7.

Richard : acquérir une œuvre de « seconde zone » d'un artiste de premier plan

N'achetez jamais une œuvre de second ordre d'un artiste de premier plan. Par exemple, la « Fertility Suite » compte parmi les plus belles estampes de Keith Haring. Ces sérigraphies capturent l'essence même de l'artiste : un graphisme superbe, des couleurs Pop éclatantes et un contenu porteur d'un message positif.

Certes, les estampes de cette série sont onéreuses et difficiles à trouver sur le marché. Mais pourquoi diable céder à la tentation d'acquérir une pièce pour laquelle il est à peine connu ? Il ne s'agit pas nécessairement d'œuvres médiocres, mais les créations marginales d'un artiste, peu documentées, tombent indéniablement dans la catégorie des œuvres « B » d'un artiste « A ».

8.

Charlotte : Sous-estimer la liquidité du marché

La liquidité du marché désigne la facilité avec laquelle un actif, tel qu'une estampe, peut être acheté ou vendu sans affecter de manière significative son prix. Les estampes dotées d'une forte liquidité font l'objet d'une demande constante et peuvent être rapidement négociées sur le marché sans fluctuations de prix majeures. À l'inverse, les estampes présentant une faible liquidité peuvent susciter un intérêt limité auprès des acheteurs ou rencontrer des difficultés à trouver preneur, notamment lors de ralentissements économiques ou d'évolutions des préférences du marché. Sous-estimer l'importance de la liquidité du marché peut entraîner des difficultés à vendre vos estampes lorsque nécessaire, menant potentiellement à des périodes de détention prolongées ou à une vente avec décote, ce qui impacte in fine le rendement de l'investissement.

La demande pour les estampes est tout aussi déterminante que leur valeur à l'instant T. Ne vous reposez pas uniquement sur les résultats des ventes aux enchères. C'est précisément pour cette raison que nous avons développé le trading floor ; chaque œuvre présente sur le site reflète la demande au sein de notre réseau. En tant qu'échantillon d'une base de collectionneurs particulièrement dévoués et engagés, cet outil vous permet d'évaluer l'intérêt, la demande, ou à l'inverse l'offre, sur le marché à tout moment.

Sous-estimer l'importance de la liquidité du marché peut entraîner des difficultés à vendre des estampes au moment opportun, conduisant potentiellement à des périodes de détention prolongées ou à une vente avec décote, ce qui impacte in fine le rendement de l'investissement.
Charlotte Stewart
9.

Richard : Acheter une estampe en se basant uniquement sur un certificat d'authenticité

Il va sans dire que l’acquisition d’estampes ne doit se faire que si celles-ci sont authentiques. Certains vendeurs tentent de tirer profit de vos préoccupations en proposant un « certificat d’authenticité » pour chaque achat. Mais, en fin de compte, que signifie réellement ce morceau de papier ? Les vendeurs qui proposent ces certificats agissent depuis une position de faiblesse. Garantir l’authenticité d’une œuvre ne repose pas sur un document certifié par l’organisme même qui cherche à vous la vendre.

Les vendeurs sérieux d’estampes de premier plan ne délivrent pas ces certificats. Ils misent plutôt sur leur réputation pour garantir l’authenticité des pièces. Un marchand d’estampes établi vous remettra une facture, ce qui revient à affirmer : « Nous nous portons garants de cette œuvre. » Il est évident que si vous effectuez des transactions avec des galeries, des marchands privés ou des plateformes en ligne exerçant depuis de nombreuses années — et jouissant d’une réputation irréprochable — ils garantiront l’authenticité de tout ce qu’ils vous vendent.

10.

Richard : Investir dans des parts fractionnées d'estampes

La dernière tendance en vogue sur le marché de l'art consiste en des entreprises qui proposent l'achat de parts fractionnées d'œuvres blue-chip à titre d'investissement. Le concept de base est analogue à celui du marché boursier, qui vend des actions d'une société comme Apple. Ces sociétés de parts fractionnées vous offrent la possibilité de détenir un faible pourcentage d'une peinture onéreuse, telle qu'une toile de Jean-Michel Basquiat. Elles acquièrent l'œuvre, en vendent des parts jusqu'à ce que l'offre soit entièrement souscrite, la conservent pendant une certaine période, puis, dans l'idéal, la revendent au moment opportun. À ce stade, elles distribuent les profits à leurs actionnaires.

En apparence, la proposition est intrigante. Ce concept fondamental permet au petit investisseur de participer à la détention d'une œuvre valant plusieurs millions de dollars, qu'il ne pourrait jamais s'offrir par ses propres moyens. Ce modèle économique est conçu pour séduire l'investisseur le moins averti. Quiconque possède une connaissance du marché de l'art comprend que l'achat d'œuvres relève davantage d'une expérience individuelle et que les profits sont difficiles à réaliser, et loin d'être garantis. Les entreprises de parts fractionnées d'œuvres d'art minimisent leurs frais de gestion élevés (qui leur assurent un profit). Elles formulent également des affirmations grandiloquentes sur la prise de valeur systématique de tout ce qui compose le marché de l'art en présentant des graphiques aux données « orientées ». Ce nouveau modèle économique étant à ses balbutiements, et la plupart des sociétés se trouvant encore en phase d'acquisition, nous verrons ce qu'il adviendra au moment de la revente.

Richard Polsky est le propriétaire de Richard Polsky Art Authentication et Richard Polsky Art Fraud Prevention, qui se spécialisent dans l'authentification des œuvres de sept artistes, dont : Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat, Keith Haring et Roy Lichtenstein — www.RichardPolskyart.com ; vous pouvez le contacter directement ou via MyArtBroker à l'adresse [email protected].

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