Glossaire des estampes
Épreuve d’artiste (EA)
Une estampe annotée « épreuve d’artiste » ou « EA » correspond à un certain nombre d'exemplaires réservés à l’artiste, en marge de l’édition produite pour la vente. Traditionnellement, ces épreuves constituaient une forme de garantie de qualité, et parfois une rémunération pour l’artiste : provenant du début du tirage, elles étaient généralement d’une qualité supérieure, avec un rendu net et précis. Elles étaient souvent conservées par l’artiste pour ses proches, ou vendues à une valeur plus élevée que l’édition principale. Pour cette dernière raison, les épreuves d’artiste sont traditionnellement limitées à environ 10 % du nombre total d’estampes (édition + épreuves). Souvent, les artistes marquent également ces épreuves d’une manière différente, par exemple en chiffres romains ou par lettres, afin de les distinguer de l’édition principale et de clarifier leur nombre.
À présent que les techniques d’estampe ont évolué, le rôle des épreuves d’artiste est devenu plus formel, bien qu’elles restent un moyen pour l’artiste de créer une version plus exclusive et plus précieuse destinée à la vente. Grâce au perfectionnement technologique du tirage, les éditions sont désormais d’une qualité constante ; pour certains artistes, la seule différence entre leur édition principale et leurs épreuves d’artiste réside dans la petite annotation « EA » — et dans le prix. Les épreuves d’artiste conservent néanmoins une valeur généralement plus élevée en raison de leur exclusivité.
De nombreux artistes renforcent l’attrait de leurs EA en proposant des variations de couleurs uniques. Banksy, par exemple, a su tirer parti de ses épreuves d’artiste pour proposer davantage de déclinaisons chromatiques de ses œuvres. Il produit un nombre d’épreuves d’artiste particulièrement important, dépassant largement les 10 % conventionnels du tirage total. Son œuvre « Gangsta Rat » compte ainsi des épreuves d’artiste déclinées en six variantes de couleurs, pour un total de 257 épreuves (comparé à une édition principale de 500 exemplaires). Mais quelle est l’incidence de ce nombre élevé d’épreuves d’artiste de Banksy sur leur valeur ?
Une part de la pratique de Banksy consiste à tester ses œuvres en situation urbaine — la plupart de ses estampes ont été créées ainsi. Pour cette raison, et en raison des nombreuses variantes de couleurs que présentent les EA de Banksy, ces dernières se rapprochent davantage, par leur fonction, des épreuves d’essai (voir plus loin), malgré leur annotation par l’artiste.
Les artistes peuvent également accroître l’exclusivité et la valeur de leurs épreuves d’artiste en y ajoutant des interventions manuelles, telles que des touches d’aquarelle. L’ajout de détails à la main ne signifie toutefois pas nécessairement qu’une estampe est une EA si elle n’est pas labellisée comme telle.
Bon à tirer (BAT)
Le « Bon à tirer » désigne l’épreuve validée comme conforme par l’artiste. Les estampes « Bon à tirer » sont sélectionnées parmi les nombreux essais réalisés par l’imprimeur au cours du processus de perfectionnement de l’œuvre. Une annotation « BAT » indique que les conditions, l’état et la qualité de l’estampe sont désormais parfaits, et que l’imprimeur ainsi que l’artiste ont convenu que l’édition commerciale peut être tirée. L’imprimeur se réfère également au BAT pour contrôler la qualité des estampes tout au long de la production de l’édition. À ce titre, elles sont souvent considérées comme « la » meilleure épreuve de l’œuvre donnée ; elles sont rares, à raison d’une seule par édition, et très précieuses.
Catalogue raisonné
Il s’agit d’un ouvrage, rédigé par l’imprimeur principal de l’artiste, son agent ou un expert de son œuvre, qui répertorie l’ensemble de ses créations. Ils sont généralement réalisés une fois que l’artiste a atteint une renommée telle qu’il devient nécessaire de lutter contre les contrefaçons, et souvent (pour les moins chanceux) après leur décès. Pour certains artistes prolifiques — nous pensons à vous, Andy Warhol — plusieurs volumes sont nécessaires pour recenser une carrière entière, avec des éditions révisées au gré de la découverte de nouvelles œuvres authentiques ou de la démonstration du caractère frauduleux d’œuvres anciennes.
Vous pouvez en lire davantage sur la création continue d’un catalogue raisonné complet de Warhol ici.
Le catalogue raisonné est une source indispensable pour les collectionneurs, qu’ils soient novices ou chevronnés : une estampe n’est susceptible d’atteindre sa juste valeur que si sa provenance est documentée, ce qui implique, entre autres sources, de toujours croiser les informations avec le catalogue raisonné. Il existe des exceptions à cette règle, et les artistes ne sont, par nature, pas réputés pour se rendre disponibles pour une telle bureaucratie taxinomique, mais le catalogue reste le point de référence incontournable pour déterminer le nombre d’épreuves, la taille de l’édition et une multitude d’autres détails relatifs à la production de l’estampe.

Estampes avec dédicace
Il arrive qu’un artiste inscrive un message personnalisé à l’attention d’un ami, d’un amant ou d’un mécène sur une estampe, en particulier lorsque celle-ci est offerte en cadeau. Contrairement à une idée reçue, le caractère hautement personnel de cette dédicace tend à diminuer la valeur économique de l’œuvre.
À l’inverse, bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’une dédicace, l’ajout de la signature de collaborateurs ou d’autres célébrités sur une œuvre — en particulier lorsqu’elle côtoie celle de l’artiste — accroît, lui, la valeur de l’estampe. Le portfolio de sérigraphies « Mick Jagger » réalisé par Warhol en 1975, composé de cinq estampes représentant la rockstar, illustre parfaitement cet effet de double signature qui a rendu ces œuvres exponentiellement plus désirables, les plaçant parmi les estampes de Warhol les plus valorisées sur le marché.
Estampes à numéro double (DN)
Preuve que même les artistes professionnels sont humains, il arrive que des estampes portent des numéros doubles, ou en double exemplaire, suite à une erreur dans la numérotation de l'édition. Une tenue des dossiers approximative étant généralement (quoique pas toujours) le signe d'un artiste en début de carrière, ces erreurs ne sont souvent remarquées que bien des années plus tard, lorsque l'authenticité et la conformité de l'édition de leurs œuvres font l'objet d'un examen plus rigoureux. Dans ce cas, une estampe découverte avec un numéro déjà attribué à une autre sera annotée « DN » (Double Number), ce qui, malheureusement pour le propriétaire de la seconde estampe, en diminue la valeur.
Dans des cas plus rares, l'erreur de double numérotation est découverte par l'artiste ou l'imprimeur alors que l'édition est encore en cours de production. Plutôt que de compromettre une estampe en effaçant le numéro original (ce qui pourrait amener les collectionneurs à s'interroger sur son authenticité par la suite et manque d'élégance), l'artiste et l'imprimeur peuvent annoter l'erreur et omettre un numéro ultérieur de l'édition pour rétablir le total exact.
Preuve que cette erreur est particulièrement courante chez les artistes avant leur notoriété, Banksy est un récidiviste notoire en matière de numéros doubles. Nombre d'estampes de son début de carrière, alors qu'il vendait ses œuvres depuis le coffre de sa voiture, ont été numérotées de manière inexacte — il est aujourd'hui incroyable de constater qu'elles pouvaient mettre jusqu'à un an à s'écouler et étaient donc produites sur une période prolongée —, ce qui a conduit à un grand nombre d'estampes à numéros doubles.
Taille de l'édition
Une édition désigne une série d'estampes d'une même œuvre, réalisées à partir de la même matrice (ou des mêmes matrices si le motif comporte plusieurs couleurs superposées) et mises sur le marché au même prix. Pour les estampes en édition limitée, l'imprimeur réalise un nombre défini d'exemplaires, convenu au préalable avec l'artiste. Il arrive parfois que le nombre d'exemplaires de l'édition change en cours de production, mais le catalogue raisonné permet souvent d'apporter des précisions à ce sujet. Les estampes en édition limitée sont généralement (bien que pas systématiquement) numérotées en fonction de la taille de l'édition, par exemple « 7/100 ». Des éditions plus réduites, rendant l'estampe plus rare, tendent à se traduire par des prix plus élevés, bien que cela dépende évidemment de la popularité de l'œuvre en question.
Les éditions ouvertes (open editions) désignent des estampes dont la taille n'est pas limitée. Elles sont intrinsèquement moins onéreuses car leur rareté n'est pas contrôlée par l'artiste.
Les éditions peuvent être signées ou non signées ; toutefois, à quelques exceptions près, l'artiste signera soit l'intégralité de l'édition, soit aucun exemplaire. Il arrive souvent qu'il produise une édition d'estampes signées et une édition plus large d'estampes non signées, dotées d'une valeur inférieure.
Épreuve d'artiste (EA)
Il s'agit du terme français pour « artist proof ». Vous le verrez fréquemment sur les œuvres d'artistes ayant travaillé avec des imprimeurs français tels que Pablo Picasso, Marc Chagall, Salvador Dalí et Jean-Michel Basquiat. De même, l'« Épreuve de collaborateur » désigne soit des exemplaires réservés à un artiste secondaire, soit des épreuves d'imprimeur.
Épreuve finale
Équivalent anglais du « B.A.T. » (Bon à tirer), ce terme est moins souvent utilisé pour annoter une estampe, le terme français faisant autorité, mais il est employé dans le jargon artistique pour désigner la même pièce. Pour mentionner d'autres termes moins courants pour l'épreuve B.A.T. : elles peuvent également être étiquetées « Ready to Print » (RTP) ou « Master Print ».
Hors-commerce (HC)
Destinées aux galeries en tant qu'exemplaires d'exposition et marquant les estampes qui ne sont pas destinées à la vente primaire, ces pièces sont souvent conservées dans leurs portfolios et servaient à promouvoir le portfolio complet ou des œuvres individuelles. Comme elles étaient souvent distribuées sous forme de séries complètes — les portfolios —, lorsqu'elles sont conservées au sein de ces ensembles lors d'une vente ou d'un achat, elles peuvent atteindre une valeur supérieure en raison de cet état. Étant donné que les galeries possèdent généralement l'expertise et la volonté de préserver leurs exemplaires avec soin, ces estampes se trouvent souvent dans le meilleur état de conservation sur le marché.
Hors édition
Si une estampe est qualifiée de « hors édition » (out of edition), cela signifie soit qu'elle n'est pas numérotée alors que l'édition produite l'était, soit qu'elle ne correspond pas aux spécifications consignées dans le catalogue raisonné. Pas d'inquiétude toutefois, cela ne signifie pas automatiquement que l'estampe n'est pas authentique. Il existe plusieurs raisons pour qu'une estampe soit hors édition, comme une tenue des dossiers imparfaite de la part de l'artiste ou de l'imprimeur, ou le fait qu'il s'agisse d'une épreuve d'essai non étiquetée. Les maisons de vente aux enchères désignent couramment ce dernier cas de figure en décrivant une estampe comme « proof aside » (hors édition), sans pour autant qu'elle soit annotée comme un type d'épreuve spécifique. Il convient d'effectuer des recherches, car il arrive que ces estampes soient répertoriées dans le catalogue raisonné comme des exceptions connues, ou non. Les épreuves hors édition ont généralement une valeur inférieure et, dans le dernier cas — lorsqu'elles ne peuvent être recoupées avec le catalogue raisonné —, elles sont les moins chères et peuvent s'avérer difficiles à authentifier sans autres sources de provenance solides. Concernant les estampes de Warhol, il est bien documenté que son studio, la « Factory », était si fréquenté que de nombreuses estampes furent dérobées ou récupérées dans les poubelles par des visiteurs ou des employés mécontents, avec ou sans autorisation. Pour les estampes hors édition dans ce cas précis, la provenance sera très floue et leur valeur s'en trouvera diminuée.
Matrice
La matrice est la base de toutes les estampes d'art, à l'exception des tirages numériques. C'est elle qui permet de dupliquer une image à de nombreuses reprises, sans variation notable sur le résultat final.
Généralement, une fois la taille de l'édition convenue atteinte, l'imprimeur est contractuellement tenu de détruire la matrice ou de la rendre à l'artiste, afin d'éviter qu'il ne puisse tirer profit d'éditions supplémentaires non autorisées. Dans des circonstances exceptionnelles, lorsqu'un conflit survient entre l'artiste et l'imprimeur, ou qu'un imprimeur cesse son activité, cette destruction n'a pas lieu, ce qui peut expliquer la présence de nombreuses estampes hors édition. Celles-ci sont généralement moins onéreuses car non autorisées, bien que cela puisse être perçu comme un moyen d'accroître l'accessibilité aux œuvres d'artistes ou d'estampes très demandés. Il arrive très rarement que la matrice elle-même soit proposée à la vente, atteignant alors généralement des prix impressionnants.
Certaines spécificités liées au médium impliquent que la matrice entretient un rapport différent avec l'image finale. Par exemple, la sérigraphie n'utilise pas de plaque à proprement parler — elle utilise un écran de soie —, mais pour les besoins de cette définition, un écran de soie est essentiellement synonyme de matrice. Il constitue également le point de départ constant qui permet de produire une édition homogène par application directe. En fonction du matériau constituant la matrice — bois, linoléum, métal ou métal cuivré —, la durée de vie des matrices varie. Apprenez-en davantage sur les différentes techniques d'estampe ici.
Épreuve d’imprimeur (E.I.)
Les épreuves d’imprimeur sont analogues aux épreuves d’artiste, à la différence qu’elles sont réservées à l’imprimeur, en tant que copies de référence ou dans le cadre du contrat de production. Elles sont souvent numérotées en chiffres romains ou désignées par des lettres afin de les distinguer de l’édition principale numérotée en chiffres arabes (ou inversement). Les épreuves d’imprimeur peuvent être conservées à des fins de suivi durant le processus d’impression, constituer le portfolio personnel de l’imprimeur, ou être distribuées au personnel ou à des connaissances. Traditionnellement, le nombre d’épreuves d’imprimeur est inférieur à celui des épreuves d’artiste, ce qui accroît leur valeur sur le marché.
États
Lorsqu’une estampe présente différents « états », cela signifie que l’image existe en plusieurs versions, consécutives à des modifications apportées à la matrice (ou aux matrices) entre les tirages.
Parfois, un nouvel état implique l’ajout de matrices, dans la mesure où différentes couleurs nécessitent la superposition de plaques distinctes. Pour Keith Haring, la différence entre les états résidait généralement dans l’ajout de couleurs. Son œuvre emblématique, Growing 1, a été publiée en deux éditions principales : Growing 1 (First State), une édition en noir et blanc limitée à 10 exemplaires, et une édition ultérieure en couleur de 100 exemplaires, Growing 1.
Warhol a également produit des états variant par la couleur, mais contrairement à Haring, ces derniers ne sont pas systématiquement séparés en éditions distinctes. Il arrivait au contraire qu’il diffuse ces estampes variées sous la forme d’épreuves d’essai uniques (Unique Trial Proofs) ou en tant qu’estampe d’édition unique (voir plus loin).
Les états ultérieurs peuvent également modifier la composition d'une œuvre, soit en transformant les marques elles-mêmes — le trait et le modelé de l'estampe —, soit en élargissant le champ et l'échelle de l'œuvre, notamment lorsque l'artiste n'est pas pleinement satisfait du résultat initial. Si l'artiste retravaille la gravure en elle-même, la nature des techniques d'impression étant souvent irréversible, les premiers états présenteront moins de détails, tandis que les états tardifs seront davantage travaillés. Picasso et Chagall ont souvent produit de nouveaux états pour cette raison, insatisfaits du rendu initial de l'estampe.
Il n'existe pas de réponse définitive quant à la valeur des différents états ; tout dépend de la manière dont l'artiste a exploité ces variations, et le choix de la « meilleure » version demeure souvent une question de préférence personnelle. Étant donné que toute estampe correspondant à un état différent de l'édition principale se distingue généralement par la mention AP (épreuve d'artiste), TP (épreuve d'essai) ou PP (épreuve de planche), et qu'elle est produite en quantité plus limitée, posséder une estampe issue d'un état inhabituel est souvent synonyme d'une valeur plus élevée. Les premiers états, et en particulier les « premiers états » d'estampes, peuvent être plus rares s'ils ont été réalisés dans le cadre du processus créatif. À l'inverse, les « états finaux » d'estampes peuvent également détenir une valeur supérieure, car un artiste peut revenir sur une œuvre après l'édition initiale avec l'intention de la retoucher ; souvent, ces révisions ne sont pas intégrées à l'édition principale, soit parce que le public n'est pas aussi exigeant que l'artiste, soit parce que la demande était inexistante à l'époque.
Épreuve d'essai (TP)
Les épreuves d'essai (Trial Proofs) sont des estampes créées au cours du processus d'élaboration d'une édition ; comme leur nom l'indique, elles servent à tester la plaque d'impression et l'image. Parfois, l'épreuve d'essai répond à des intentions plus spécifiques, comme tester différentes couleurs d'encre ; elle est alors annotée « épreuve de couleur » (CP) ou « épreuve d'essai de couleur » (CTP). Selon divers facteurs, les épreuves de couleur sont souvent très prisées des collectionneurs, leur caractère unique conférant une aura particulière. C'est le cas des estampes de Warhol marquées « TP ». Connu pour la prolifération des estampes issues de son studio et pour avoir été lui-même un maître imprimeur fortement impliqué dans la production de ses œuvres, Warhol aimait expérimenter lors du processus de création, produisant de nombreuses variations de couleurs et de repérages. L'abondance d'épreuves d'essai qui en a résulté s'est avérée très populaire et peut atteindre des sommes importantes. Son estampe « The Marx Brothers » est un brillant exemple de la manière dont Warhol ajustait ses compositions au fur et à mesure de l'impression ; les épreuves d'essai qui en découlent permettent un jeu des différences plutôt évident…

Pour certaines œuvres, Warhol n'a jamais formellement créé d'épreuves d'essai. Pour celles-ci — « Flowers », « Electric Chairs », « Space Fruit: Oranges », « Kiku », « Love », « Martha Graham » —, il existe des estampes correspondantes hors édition qui tiennent lieu d'épreuves d'essai. Warhol constitue ainsi un exemple clé des cas de figure où une estampe hors édition peut présenter une valeur supérieure à celle issue de l'édition principale... veillez toutefois à faire preuve d'une vigilance accrue lors de l'authentification de telles pièces.
Épreuves de travail
Il arrive, de manière confuse, que les artistes produisent également des épreuves de travail. À l'instar des épreuves d'essai, celles-ci jouent un rôle dans le processus décisionnel lié au tirage, mais constituent une catégorie moins formelle ; elles sont donc rarement titrées ou numérotées de manière cohérente. Ce caractère informel tient également au fait que ces estampes n'étaient probablement pas destinées au marché — si elles y parviennent, c'est généralement après le décès de l'artiste. Les épreuves de travail sont souvent artistiquement très abouties, bien qu'elles ne soient pas le produit fini que l'artiste souhaite rendre public : elles peuvent comporter des annotations et des griffonnages de l'imprimeur ou de l'artiste, voire des deux, signalant des modifications à apporter. Ces annotations ne sont pas au goût de tous, dans la mesure où elles peuvent détourner l'attention de l'image originale ; elles apportent toutefois parfois une valeur ajoutée à l'estampe en offrant un aperçu de la pratique de l'artiste, tel un détail historique. Il existe sur le marché des exemples d'épreuves de travail de Harland Miller, portant des annotations de la main de l'artiste.
Éditions uniques
Ce terme désigne des estampes éditées et répertoriées comme constituant une édition unique — signées, numérotées et publiées en tant qu'édition — mais qui, contrairement à une édition standard, se distinguent les unes des autres par certains aspects. C'est un excellent moyen pour les artistes d'offrir à leurs acquéreurs une expérience de possession privilégiée ; posséder une estampe, et a fortiori une estampe issue d'une édition unique, revient à détenir un fragment d'histoire de l'art inestimable et irremplaçable.
Il arrive parfois qu'un portfolio soit publié en tant qu'édition d'estampes uniques. Le portfolio Gems de Warhol, par exemple, a été publié à 20 exemplaires (+ 5 épreuves d'artiste), chacun contenant quatre pierres précieuses différentes ; cependant, les coloris de ces estampes individuelles, ainsi que leurs combinaisons, variaient d'un portfolio à l'autre. Il s'agit d'une approche inventive permettant à l'artiste de maintenir sa pratique expérimentale face aux conventions standardisées des estampes en édition et de la vente commerciale.
Comme mentionné précédemment, de nombreux artistes créent des éditions uniques dont les variantes dépendent de l'état de la plaque.
Dans quelle mesure l'édition influe-t-elle sur la valeur d'une estampe ?
En fin de compte, la valeur d'une estampe dépend de nombreux facteurs ; sa place au sein (ou en dehors) de l'édition n'en est qu'un parmi d'autres. Toutefois, les artistes sont des créatures d'habitude, et font preuve d'une grande constance quant aux paramètres, tels que la rareté, qui viennent accroître la valeur d'une édition particulière ou d'une épreuve d'artiste. C'est pourquoi il est possible d'établir des généralités sur la valeur, par exemple, des épreuves d'essai de Warhol par rapport à son édition principale, ou à celles d'un autre artiste.
Si vous souhaitez échanger avec des experts sur les artistes blue chip dont l'héritage en matière d'estampes est établi, afin de mieux cerner les spécificités de leurs œuvres gravées et leur impact sur la valeur de ces dernières, nous serions ravis de vous accompagner. Nous proposons des conseils personnalisés sur des estampes spécifiques ou une estimation gratuite.










